"Si ça continue Maduro va se retrouver tout seul dans son pays" : avant les élections, des milliers de Vénézuéliens fuient leur pays

La tension monte au Venezuela alors que de nouvelles violences post-électorales sont à craindre après le scrutin dimanche. Des milliers de Vénézuéliens fuient le pays pour échapper à la faim, aux violences, et parfois à l’oppression.

Le pont Simon Bolivar à l’extrême ouest du Venezuela, désormais le plus usité pour fuir vers la ville colombienne de Cucuta.
Le pont Simon Bolivar à l’extrême ouest du Venezuela, désormais le plus usité pour fuir vers la ville colombienne de Cucuta. (GEORGE CASTELLANOS / AFP)

Les élections présidentielles ont lieu dimanche 20 mai au Venezuela. Le président Nicolas Maduro, élu en 2013, se représente contre quatre candidats quasiment inconnus, sauf un Henri Falcon, faisant planer la crainte de nouvelles violences post-électorales. Pendant ce temps, des milliers de Vénézuéliens continuent de fuir le régime de Maduro, la faim et la répression pour certains.

Situé à l’extrême ouest du pays, le pont Simon Bolivar, surnommé par certains le pont rouge, est désormais le plus usité pour rejoindre la ville colombienne de Cucuta. Chaque jour, depuis quelques semaines, ils sont ainsi des milliers d’exilés vénézuéliens à y franchir la frontière, selon les autorités colombiennes.

Le retour de la grande pauvreté

Ils sont pourtant, pour la plupart, d’anciens électeurs d’Hugo Chavez, le leader charismatique décédé en 2013. Ils viennent des quartiers pauvres des grandes villes. Beaucoup portent encore le t-shirt rouge de la révolution. Parmi eux, il y a Mildre, qui a fait des heures de bus. Cette jeune femme de 30 ans vient de Ciudad Caribia, une cité de logement sociaux près de Caracas, construite par Chavez en 2011 et alors fierté du régime. "On s’est vraiment trompés avec eux. On pensait que ça serait un bon gouvernement pour le Venezuela, même après Chavez, mais voyez par vous-même, il n’y a plus rien à y faire", explique la jeune femme qui se définit comme une ancienne chaviste, mais certainement pas comme une maduriste. 

Ils disent que ce n’est pas de leur faute. Moi je n’en sais rien sincèrement. Ils disent que c’est l’économie qui va mal, mais en réalité c’est nous qui payons, faute de travail.Mildre, exilée vénézuélienneà franceinfo

La grande majorité de ces exilés quitte la ville frontalière de Cucuta direction Bogota. Ceux qui ont encore un peu d’argent ou de la famille rejoindront ensuite le Pérou, pays en pleine croissance économique. C’est le cas de Jose. Ce mécanicien originaire de Caracas voyage avec sa mère et sa sœur. "Moi je réparais les pneus. Mais il n'y avait même plus de boulot et à peine de quoi manger. Heureusement, mon père habite le Pérou, alors il nous envoyait de l’aide pour manger un peu, raconte-t-il. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Si ça continue, Maduro va se retrouver tout seul dans son pays."

Trois millions de Vénézuéliens auraient quitté leur pays depuis 2013, selon des chiffres de l’opposition. Dimanche prochain, une grande majorité d’entre eux ne votera pas lors du scrutin présidentiel vénézuélien. Beaucoup de ces exilés refusent de cautionner une élection, qu’ils considèrent jouée d’avance. Surtout parce qu’on ne peut voter à l’étranger sans être inscrit dans un consulat local.

Reportage, dans la ville frontalière de Cucuta, de François-Xavier Freland.
--'--
--'--