"Il y a sept jours dans une semaine, nous en passons quatre à attendre" : au Venezuela, la pénurie d'essence mine le quotidien des habitants

Dans certaines régions du pays, il faut patienter plusieurs heures pour faire le plein, conséquence d'une industrie pétrolière en chute libre.

Une file d\'attente pour acheter de l\'essence à San Cristobal, au Venezuela, le 21 septembre 2018.
Une file d'attente pour acheter de l'essence à San Cristobal, au Venezuela, le 21 septembre 2018. (OSCAR DUQUE / AFP)

Au Venezuela, l’industrie pétrolière, autrefois vrai porte-monnaie du pays, s’effondre désormais chaque jour un peu plus. Dans certaines parties du pays, cela entraîne des pénuries d’essence qui rendent la vie des Vénézuéliens particulièrement difficile, comme dans cette région frontalière avec la Colombie, où Albert et Fredo jouent aux dominos, assis sur des chaises pliables posées sur le trottoir. Leurs deux taxis attendent au milieu d'une file d'autres véhicules qui s'étend à perte de vue dans les rues de la ville. Fredo regarde sur sa montre : 15 heures. "Je suis arrivé à 21 heures hier soir, j'ai dormi dans la voiture en faisant la queue."

La station n'a pas encore été approvisionnée et il y a encore du monde devant, rappelle Edgar : "On va faire un calcul : il y a 200 voitures devant, deux minutes par voiture pour faire le plein, il nous reste donc au moins trois heures d'attente."

Effondrement de l'économie et contrebande

Edgar dirige la compagnie de taxi pour laquelle il travaille, ces pénuries lui mènent la vie dure. "Il y a sept jours dans une semaine. Nous en passons quatre à attendre, parce qu'un plein ne dure qu'une seule journée." Pour lui, la pénurie s'explique par l'effondrement de l'industrie, mais pas seulement. "Ce dont on est sûr, c'est que les camions citernes n'ont plus de pneus. Ce sont les chauffeurs qui nous l'ont dit. Donc il y en a de moins en moins pour remplir les stations. L'autre problème ici, c'est qu'il y a beaucoup de contrebande d'essence."

Vu qu'elle ne coûte rien, l'essence est détournée vers la Colombie où elle est vendue à prix d'or. Avec les sanctions américaines, rien ne devrait s'arranger.