Hugo Chavez embaumé, ou le culte de la personnalité à l'excès

La dépouille de l'ancien chef d'Etat vénézuélien va être présentée de manière permanente au public dans un mausolée transformé en musée.

Hugo Chavez lors de la cérémonie du bicentenaire de l\'indépendance du Venezuela, le 19 avril 2010 à Caracas.
Hugo Chavez lors de la cérémonie du bicentenaire de l'indépendance du Venezuela, le 19 avril 2010 à Caracas. (JORGE SILVA / REUTERS)

Les funérailles d'Hugo Chavez, vendredi 8 mars, ne se termineront pas par une simple crémation ou inhumation. "Il a été décidé de préparer le corps du Comandante, de l'embaumer, pour qu'il reste visible éternellement, pour que le peuple puisse l'avoir avec lui", a annoncé à la veille des obsèques Nicolas Maduro, vice-président du Venezuela.

La dépouille du chef d'Etat sera présentée de manière permanente au public dans une caserne qui sera par la suite transformée en "musée de la Révolution bolivarienne".  Pourquoi a-t-on décidé d'exposer le corps de Chavez, et quelles sont les conséquences de cette décision ? Francetv info fait le point.

Des motivations politiques

Hugo Chavez va rejoindre le cercle plutôt fermé des embaumés. Parmi les dirigeants dont la dépouille est accessible au public, on trouve ainsi Lénine, Mao Zedong, Hô Chi Minh ou, plus récemment, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il.

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"Même s'il y avait un certain culte de la personnalité autour de Chavez, en Amérique latine, une telle pratique n'est pas commune", explique à francetv info Renée Fregosi, directrice de recherche à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine (Paris-III). Elle n'est toutefois pas surprise. "Tout cela s'inscrit dans la mise en scène un peu morbide qui a caractérisé les derniers mois de sa vie. Le gouvernement affichait le combat du président contre la maladie, publiait des photos où on le voyait sur son lit d'hôpital... Il y a là une certaine forme de continuité."
 
Une femme éclate en sanglots devant le cercueil d\'Hugo Chavez, le 7 mars 2013 à Caracas (Venezuela).
Une femme éclate en sanglots devant le cercueil d'Hugo Chavez, le 7 mars 2013 à Caracas (Venezuela). (EFRAIN GONZALEZ / PRESIDENCIA / AFP)
 
Les ambitions présidentielles du dauphin de Chavez, Nicolas Maduro, ne seraient pas non plus étrangères à cette décision. "Il se réclame de l'héritage de Chavez, et cherche à récupérer les retombées de son charisme et de son influence", analyse Renée Fregosi, qui juge "excessif de personnaliser la politique à ce point".

L'entretien du corps s'annonce compliqué

Reste qu'embaumer un cadavre pour le montrer au public pendant des années est bien plus complexe que de pratiquer des soins funéraires classiques, qui préservent la dépouille seulement jusqu'aux obsèques. Dans un article publié en décembre 2011 à l'occasion de la mort de Kim Jong-il, la BBC expliquait le processus (article en anglais).

On y apprend que les veines et les artères les plus importantes sont ouvertes. Le sang – qui peut être un nid à bactéries – est complètement évacué du corps. Un mélange d'alcool, de glycérol et de formol est ensuite injecté dans l'organisme. Cette mixture, à laquelle est ajouté un colorant rosé pour teinter la peau, permet d'éliminer les bactéries et de garder la peau hydratée.

La dépouille de Lénine, exposée dans un mausolée sur la place Rouge à Moscou (Russie), le 1er octobre 1993.
La dépouille de Lénine, exposée dans un mausolée sur la place Rouge à Moscou (Russie), le 1er octobre 1993. (OLEG LASTOCHKIN / RIA NOVOSTI / AFP)

La conservation du corps est encore plus compliquée, explique dans le même article une spécialiste de l'embaumement : "Si vous utilisez beaucoup d'alcool, il peut s'évaporer et le corps risque de s'assécher. Pour éviter ce problème, il faut un environnement humide. Mais pas trop, car cela pourrait provoquer l'apparition de moisissures, de spores ou de champignons. Certaines mouches peuvent par ailleurs survivre dans le fluide d'embaumement."

Dans un entretien à la BBC datant de 1999, un des responsables de l'entretien du corps de Lénine (mort en 1924), expliquait à quel point le maintien en bon état de la dépouille est contraignant : "Deux fois par semaine, nous devons tremper le visage et les mains [du défunt] dans une solution spéciale. (...) Une fois par  an, nous fermons le mausolée et immergeons le corps dans un bain rempli de cette fameuse solution." Selon le média britannique, le costume du fondateur de l'Union soviétique est en outre changé tous les trois ans. Le repos éternel est bien loin.