Après la mort de Chavez, quel avenir pour le chavisme ?

Les obsèques du président vénézuélien se déroulent vendredi, à Caracas, en présence de nombreux dirigeants sud-américains. Que restera-t-il de l'héritage du "Comandante" sur le continent ?

De gauche à droite : le président équatorien, Rafael Correa, l\'ex-président du Paraguay Fernando Lugo, Hugo Chavez, et la présidente argentine, Cristina Kirchner, lors d\'un sommet de l’Union des nations sud-américaines à Georgetown (Guyana), le 26 novembre 2010.
De gauche à droite : le président équatorien, Rafael Correa, l'ex-président du Paraguay Fernando Lugo, Hugo Chavez, et la présidente argentine, Cristina Kirchner, lors d'un sommet de l’Union des nations sud-américaines à Georgetown (Guyana), le 26 novembre 2010. (YURI CORTEZ / AFP)

Le temps est venu de dire adieu à Hugo Chavez, mort mardi 5 mars. Une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus aux obsèques du président vénézuélien, vendredi 8 mars à Caracas, dans un pays toujours en deuil. L'inlassable tribun a su renouveler une variante latino-américaine du populisme et a polarisé l'opinion bien au-delà des frontières du Venezuela. Mais que restera-t-il de son héritage en Amérique latine ? 

Qui assumera l'héritage intellectuel de Chavez ?

On attend de son dauphin Nicolas Maduro qu'il maintienne, s'il est élu, le cap choisi par son mentor, mais son rayonnement sera moindre à l'étranger. "Chavez a fait exister le Venezuela sur le plan mondial. Maduro, qui n'a pas son charisme, aura du mal à porter la voix du pays à l'international", estime Alain Musset, spécialiste de l’Amérique latine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Les dirigeants sud-américains qui voudraient asseoir une influence sur le continent ne manquent pas, mais aucun ne dispose des nombreux atouts du "Comandante". Il faut disposer d'un "pays ayant suffisamment de poids démographique, politique et économique", d'un "puissant charisme" ainsi que d'"une volonté de prendre des risques", énumère le journaliste péruvien Alvaro Vargas Llosa sur Foreign Policy (en anglais).

"Remplacer Chavez en tant que personnage est impossible", poursuit Alain Musset, pour qui "aucun leader de la région ne serait en mesure de porter le drapeau de l’anti-impérialisme et de l'anticapitalisme de la même manière que lui". Le président équatorien, Rafael Correa, ne peut risquer un affrontement direct avec les Etats-Unis, "étant donné que la monnaie de son pays est le dollar". Le chef d'Etat bolivien, Evo Morales, doit faire face aux nombreux problèmes de son pays. Quant à Cristina Kirchner, elle est absorbée par les difficultés économiques et financières que traverse l'Argentine. 

Et il y a l'essentiel : le financement d'une action internationale. Le Venezuela est devenu un acteur de premier plan sur la scène mondiale, grâce aux revenus du pétrole. Or, aucun de ces pays n’a suffisamment de moyens ni d'or noir pour continuer la diplomatie d'Hugo Chavez basée sur les pétrodollars, décrypte Foreign Policy.

Que restera-t-il des institutions régionales qu'il a mises en place ?

Une Amérique latine unie, qui ne serait plus l'arrière-cour des Etats-Unis : telle était la revendication principale d'Hugo Chavez. Pour y arriver, il a créé - ou renforcé - plusieurs institutions régionales : l'Union des nations sud-américaines ; PetroCaribe, alliance permettant aux pays des Caraïbes d'acheter le pétrole vénézuélien à des tarifs préférentiels ; la Banque du Sud, "capable d'appuyer ses initiatives et de s’affranchir de la tutelle du FMI et de la Banque mondiale", explique Euronews ; ou encore l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), créée en 2005 et qui repose sur une "logique coopérative" entre les peuples. Grâce à l'or noir dont regorge le Venezuela, Hugo Chavez a pu arroser généreusement ses alliés. Certains pays payaient la facture en experts, en médicaments, comme Cuba, ou en denrées agricoles, comme le Nicaragua. 

Chavez meurt alors que le bilan des institutions internationales qu'il a utilisées est de plus en plus discuté. "Plus qu’un outil d’intégration, l’Alba est un outil géostratégique au service du Venezuela. Même si le projet a aidé financièrement certains pays, notamment Cuba et le Nicaragua, il les a maintenus dans un état de dépendance", affirme Alain Musset. Il ajoute : "Des pays comme Haïti ou le Nicaragua, grands tributaires des aides du Venezuela, auraient du souci à se faire si ce pays fermait le robinet du pétrole. Idem pour Cuba, qui en dépend pour ses approvisionnements en pétrole subventionné. La Bolivie et l’Equateur seraient également touchés, mais moins durement."

Or, le successeur d'Hugo Chavez va "devoir faire des choix", observe le chercheur. "Continuer à aider les pays voisins ou bien opter pour des investissements à l’intérieur du pays", où l'économie perd sans cesse en efficacité. Le Venezuela souffre "d’un déficit budgétaire approchant 20% du PIB""une dette multipliée par 10 depuis 2003", "l’un des plus forts taux d’inflation au monde" (19,9% en 2012) et "des pénuries sur les matières premières". Pour Michael Shifter, président du think tank Inter-American Dialogue (en anglais), il y a donc lieu de s’interroger désormais sur "le sens que ces institutions ont dans la région".

L'antiaméricanisme va-t-il perdurer en Amérique latine ?

La dynamique régionale dépendra aussi du positionnement du pays vis-à-vis des Etats-Unis. L'antiaméricanisme a été le fil rouge des quatorze années de présidence de Chavez. Le "trublion" parti, les Etats-Unis - premier client du Venezuela en absorbant 75% de ses exportations de pétrole brut - pourraient tenter un rapprochement.

Barack Obama a déjà appelé au développement d’"une relation constructive" avec le Venezuela post-Chavez. Du côté de l’industrie pétrolière américaine, on se montre optimiste. Car s'il était élu, le président par intérim, Nicolas Maduro, pourrait "changer le modèle d’investissements pour attirer davantage d’investissements étrangers", croit savoir Jorge R. Piñon, ancien président de l'entreprise pétrochimique Amoco Oil Latin America, cité par le New York Times (en anglais).

Un rapprochement entre certains pays d'Amérique latine et Washington n'est pas impossible car, comme l'explique Michael Shifter sur Inter-American Dialogue (en anglais),"il y a des divergences considérables" entre les Etats latino-américains en matière de politique économique et commerciale ainsi que sur "la position à avoir vis-à-vis des Etats-Unis".