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Woodhull, Smith et Chisholm, ces pionnières qui ont rêvé de la Maison Blanche

Hillary Clinton, Victoria Woodhull, Margaret Chase Smith et Shirley Chisholm appartiennent à un club très fermé, celui des quatre Américaines qui sont devenues des pionnières en tentant d'occuper le Bureau ovale.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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«C'est la première fois dans l'histoire de notre pays qu'une femme est investie par l'un des grands partis», a déclaré Hillary Clinton mardi 7 juin 2016 en revendiquant l’investiture démocrate pour la prochaine présidentielle américaine. 

La sénatrice démocrate rejoint d'autres pionnières qui se sont lancées à la conquête de la Maison Blanche. Avant elle, Victoria Woodhull (1870), Margaret Chase Smith (1964) et Shirley Chisholm (1972) ont tenté d'occuper le Bureau ovale et son rentrées dans l'Histoire. 



Victoria Woodhull: pionnière avec un grand «P»
Victoria Woodhull (née Claflin, 1838-1927) a 32 ans en 1870 quand elle s'engage dans la course présidentielle, sous les couleurs du Equal Rights Party, mouvement qui milite en faveur des droits des femmes et dont elle est l'instigatrice. 

«A cette époque, le mouvement des suffragettes commençait à réclamer (…) le droit de vote pour les femmes. Victoria Woodhull apparaît au milieu de ce débat et se dit : “Pourquoi ne pas se porter candidate à la présidentielle moi-même? Je peux incarner le combat des femmes pour l’égalité des droits"», explique l’historienne américaine Ellen Fitzpatrick, auteure de The Highest Glass Ceiling: Women’s Quest for the American Presidency dans une émission de la chaîne publique américaine PBS.

Spiritiste, notamment guide spirituelle du magnat américain Cornelius Vanderbilt, femme d’affaires à la tête d'un groupe de presse et politicienne, Victoria Woodhull est décrite par tous ceux qui lui ont consacré une biographie comme une pionnière à plus d’un titre. Elle a été, avec sa sœur Tennessee dont elle est inséparable, la première femme à être agent de change, la première femme à s’exprimer devant un comité du Congrès américain et la première Américaine à briguer un mandat présidentiel. 

Partisane de l'amour libre (à savoir le fait qu'une femme a le droit de se choisir un compagnon), elle paiera le prix fort pour avoir tenté de donner corps à ses ambitions politiques. Victoria Woodhull est vilipendée par la presse qui lui prête parfois les traits du diable. Son engagement la prive d’un toit et provoque le renvoi de l’école de sa fille Zula, à la demande des parents de ses camarades de classe qui craignent sa mauvaise influence.  



Le 5 novembre 1872, le jour de l’élection, Victoria Woodhull est emprisonnée à New York sous l'accusation fallacieuse d’envoi d’objets obscènes par courrier. Son nom ne figure pas non plus sur les bulletins de vote car elle n’avait pas les moyens d’acquitter les sommes réclamées, raconte Kate Havelin dans Victoria Woodhull: Fearless Feminist

Après la prison, ruinée et discréditée, Victoria Woodhull tente de reconstruire son existence tant bien que mal. Elle finit par émigrer en Angleterre où elle refait sa vie. C’est loin de l’Amérique qu’elle finira ses jours, le 9 juin 1927. Mais ses cendres sont répandues dans l’Océan Atlantique, entre les deux pays qu’elle chérissait. 

Dans Notorious Victoria: The Life of Victoria Woodhull, Uncensored, son auteure Mary Gabriel note que cette figure exceptionnelle du mouvement féministe sera longtemps ignorée des livres d'histoire. La raison? Victoria Woodhull l'avait elle-même donnée : elle était «trop en avance sur son temps»

 


Margaret Chase Smith: déclarée incompétente du jour au lendemain
Il faudra atteindre le siècle suivant avant qu’une autre femme ait le courage de se risquer dans une course présidentielle. A la convention républicaine de 1964, elle devient la première femme à être en lice pour une investiture républicaine pour la présidentielle.

Pour John F. Kennedy, la sénatrice républicaine du Maine, Margaret Chase Smith (1897-1995), était une «formidable figure politique». Elle est la première femme à avoir décroché un siège aussi bien au Sénat qu’à la Chambre des représentants. Elle s’engage dans la course présidentielle en janvier 1964. «J’ai quelques illusions et pas d’argent mais je reste pour le finish», confie-t-elle alors, selon une biographie officielle.

«C’est extraordinaire de constater que ce qui a été dit à l’encontre de Margaret Chase Smith, qui était objectivement la mieux préparée de toutes celles qui ont tenté l’aventure présidentielle jusque-là, étaient plus sexistes que ce qui a été dit concernant Victoria Woodhull en 1870», note Ellen Fitzpatrick. «Elle faisait l’admiration de tous», poursuit l'historienne, jusqu’à ce qu’elle rende publiques ses ambitions présidentielles. Ses détracteurs estimeront, entre autres, qu’elle n’est pas à la hauteur de la tâche.  

Margaret Chase Smith perd toutes les primaires mais réussit à engranger 25% des suffrages dans l’Illinois. Seuls 27 délégués voteront pour elle à la convention des républicains

Handicapée par son âge, la septuagénaire Margaret Chase Smith n'arrive pas à renouveler son cinquième mandat consécutif en 1972. Retraitée de la politique, elle retourne dans sa ville natale de Skowhegan (dans le Maine) où elle finira ses jours le 29 mai 1995, pour y superviser la construction de la bibliothèque qui porte son nom et qui est entièrement dédié aux écrits des élues du Congrès.



L'amer constat de Shirley Anita Chisholm: le machisme, une tare unanimement partagée 
En 1972, un siècle après le rendez-vous présidentiel raté de Woodhull, c’est une autre pionnière qui se lance à la conquête du Bureau ovale. Shirley Anita Chisholm est la première femme et la première Afro-Américaine à solliciter l’investiture du parti démocrate pour une présidentielle. Quelques années plus tôt, en 1968, Shirley Anita Chisholm est déjà devenue la première Afro-américaine à être élue à la Chambre des représentants. A la convention, 172 délégués se prononcent pour elle, 10% du total, «un score respectacle au vu de ses modestes moyens financiers», relève une biographie officielle.

Sa campagne présidendielle lui vaudra l’inimitié de ses collègues mâles afro-américains qui estiment qu’elle a trahi les intérêts de son groupe en tentant de créer une coalition constituée notamment de femmes, d’hispaniques et de libéraux blancs. A ce propos, elle dira: «Les hommes politiques afro-américains ne sont pas différents de leurs alter ego blancs. Cette "chose envers les femmes" est profond». Sa campagne n’améliore pas non plus ses relations avec ses congénères qui lui ont préféré un homme, le sénateur George McGovern qui décroche l'investiture démocrate. 

En 1982, après sept mandats au Congrès, elle refuse de briguer un nouveau mandat en évoquant des raisons personnelles. Militante de la cause noire, Shirley Anita Chisholm a toujours cherché à établir le dialogue avec la communauté blanche. Ce qui lui sera reproché par les siens. «Les Noirs ne peuvent pas faire tout tous seuls, de même que les Blancs. Quand vous avez des Noirs racistes d’un côté et des Blancs racistes de l’autre, c’est difficile de bâtir des ponts entre les communautés».

Shirley Anita Chisholm participera activement en 1984 et en 1988 aux campagnes du révérend Jesse Jackson pour obtenir l’investiture démocrate pour la présidentielle. Celle que l’on avait surnommé «Shirley la combattante (Fighting Shirley)» rend l’âme le 1er janvier 2005.



Hillary Clinton: une femme qui a surmonté les préjugés mais demeure impopulaire
«Hillary Clinton est une candidate qui a franchi tous les principaux obstacles rencontrés par les femmes qui l’ont précédé. Mais il n’y a ni succès ni échec dans ce cas de figure parce qu’elle a été capable de réunir beaucoup d’argent. Ce qui a cruellement manqué aux candidates précédentes. Elle bénéficie du soutien massif de son parti. Peu de femmes ont réussi à l’obtenir», souligne l’historienne Ellen Fitzpatrick. 

Et de conclure: Hillary Clinton «a réussi à surmonter tous ces préjugés mais elle est maintenant perçue comme faisant partie de l’establishment ». La candidate démocrate reste largement impopulaire auprès des électeurs américains. D’après un sondage Wall Street Journal/NBC, Hillary Clinton est «à 56% d'opinions défavorables et 32% d'opinions favorables»

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