Révocation du droit à l’IVG : Les États-Unis sont "coupés en deux nations, qui n'ont plus du tout les mêmes lois", analyse Corentin Sellin

Le pays est clairement divisé entre le Sud profond et le Midwest, contre l'avortement, et les grands États métropolitains qui le protègent.

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Le point commun des États qui ont immédiatement interdit l'avortement après l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis vendredi 24 juin est une très forte affluence évangéliste, explique un professeur d'histoire. (MICHAEL A. MCCOY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Les États-Unis sont désormais "coupés en deux nations qui n'ont plus du tout les mêmes règles, les mêmes lois", analyse samedi 25 juin sur franceinfo Corentin Sellin, professeur d'histoire en classes préparatoires au lycée Carnot de Dijon et chroniqueur pour le site lesjours.fr. Vendredi, la très conservatrice Cour suprême des États-Unis a enterré un arrêt qui garantissait depuis près d'un demi-siècle le droit des femmes à avorter, déclenchant immédiatement l’interdiction de l’IVG dans de nombreux États.

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La rapidité avec laquelle certains États ont profité de cette décision pour tout de suite interdire l’IVG est assez impressionnante. L’Alabama, l'Arkansas, le Kentucky, la Louisiane, le Missouri, l'Oklahoma, le Dakota du Sud l'ont déjà fait, et d'autres vont suivre puisque l'on dit que leur nombre va atteindre 25 à 26 États. Pourquoi, et lesquels ?

En fait, il y en a déjà 13, dont beaucoup que vous avez cités qui, en fait, avaient adopté des lois se déclenchant dès que la Cour suprême revirerait sa jurisprudence. Tout était déjà prêt. C'est ce qui explique la vitesse. Ensuite, il y a 13 États susceptibles à leur tour d'adopter des lois d'interdiction de l'avortement. Mais on va dire que 26, ce serait le chiffre maximal. 13 de façon certaine, sans doute six ou sept qui vont le faire très vite, en particulier le grand État de l'Ohio, et il y en a cinq ou six pour lesquels on est dans des situations plus compliquées.

Quels sont ces États et qu’ont-ils en commun ?

On retrouve d'abord les États du Sud profond, qui n'ont jamais accepté la décision originelle de la Cour suprême de 1973 aujourd'hui révolue, la décision Roe vs Wade, et qui avait donc de tout temps essayé de mettre sur leurs tablettes des lois anti-avortement.

"Dans ce Sud profond, l'influence des blancs évangéliques anti-avortement est très forte. Et puis on retrouve également des États du Midwest, là aussi avec une très forte influence évangélique, c'est cela qu'ils ont en commun."

Corentin Sellin, professeur d'histoire

à franceinfo

À l’inverse, sur les littoraux, les grands États métropolitains avaient voté des lois pour protéger le droit à l'avortement et continueront donc de le rendre légal et accessible à toutes les femmes. C'est la première conséquence qui frappe, cette disparité, cette inégalité géographique. On a désormais des États-Unis qui sont coupés en deux nations, qui n'ont plus du tout les mêmes règles, les mêmes lois, et c'est extrêmement impressionnant.

Le président américain Joe Biden regrette fermement cette décision, quelles sont ses voies de recours ?

Pour l'instant, pour Joe Biden, il n'y en a pas. Tout simplement parce qu'il n'a pas les majorités suffisantes au Congrès pour faire voter une loi fédérale d'autorisation de l'avortement ni pour éventuellement élargir le nombre de membres de la Cour suprême et la re peupler de juges plus progressistes. Donc on a cette impression récurrente d'impuissance de Joe Biden, soulignée dans la presse étasunienne. Il vient, après chaque décision de la Cour suprême, acter son désaccord, mais aussi son impuissance.

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