Révocation du droit à l'IVG aux États-Unis : "Les pays qui sont religieux sont un danger pour les libertés féminines", dénonce Élisabeth Badinter

"Désespoir", "indignation"... La philosophe féministe Élisabeth Badinter réagit avec révolte à la décision de la Cour suprême des États-Unis de révoquer le droit constitutionnel à l'avortement .

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Radio France
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La philosophe féministe Élisabeth Badinter. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

"Un sentiment de désespoir et une indignation sans précédent", réagit Élisabeth Badinter samedi 25 juin 2022 sur France Inter, après la décision de la Cour suprême américaine de révoquer l'arrêt Roe vs Wade de 1973 vendredi. Cet arrêt avait ouvert la voie à la légalisation de l'avortement aux États-Unis. "C'est un retour, non pas seulement de 50 ans mais de 150 ans en arrière, et c'est insupportable", s'insurge la philosophe et féministe Élisabeth Badinter.

>> Reportage. Fin du droit constitutionnel à l’avortement aux États-Unis : "C'est ridicule que neuf individus puissent déterminer nos droits humains fondamentaux"

franceinfo : Que vous inspire cette révocation du droit à l'avortement aux Etats-Unis ?

Élisabeth Badinter : Un sentiment de désespoir. Comme on ne peut pas révoquer une décision de la Cour suprême américaine comme ça, ce sera extrêmement difficile pendant des années. 

"Si le pays qui semble être la tête des démocraties occidentales fait ça, nous sommes en grand danger."

Élisabeth Badinter

à franceinfo

Je dois dire que c’est à la fois un désespoir et une indignation sans précédent. Les femmes sont mises dans un état de dépendance épouvantable par le politique. Chaque État américain décidera de ce qu’une femme doit faire de son corps, c’est absolument insupportable. Ça me fait penser que les pays qui sont religieux, qu’ils soient musulmans ou l’Amérique en l’occurrence, sont un danger pour les libertés féminines.

Qu’est-ce qu’une religion qui enferme ainsi les femmes dans leur seul rôle de procréation ?

Je ne sais pas répondre à cette question. Mais je dirais que l’Amérique qui se dit un pays laïc a une laïcité qui ne ressemble pas du tout à la nôtre. En France, nous devons tenir. On ne peut pas ne pas se poser la question ‘et si ça nous arrivait à nous, Françaises, que faire ?’ C’est bien la laïcité qui nous protège de tout ça. Dieu ne légifère pas. Les êtres humains sont ceux qui décident de leur sort. Je n’ai jamais autant remercié la loi de 1905, parce qu’on a remis à sa place, c’est-à-dire dans le privé, la religion. Quand on ne fait pas ça, comme M. Trump l’a dit, ‘c’est Dieu qui l’emporte’. C’est un retour en arrière, non pas seulement de 50 ans, mais de 150 ans et c’est insupportable.

"Il faut tout faire pour garder le cap de la séparation entre l’Église et l’État."

Élisabeth Badinter

à franceinfo

Ne plus avoir le choix de disposer de son corps, c'est bien ça qui est le plus grave ?

Absolument. On peut très bien ne pas vouloir d’enfant, faire une vie sans enfant. Par conséquent c’est un droit incroyable qu’on a enlevé aux femmes. On n’est plus au temps jadis. Il me semble qu’il y a un contradiction dans ce qui est en train de se passer en Amérique. 50% des femmes vivent sous le seuil de la pauvreté et ne pourront plus avorter. Ce qui signifie pour des milliers, voire millions, de femmes une vie ratée, fichue. Même si en ce moment les États démocrates font tout ce qu’ils peuvent pour pallier ceci, en augmentant les possibilités de faire avorter les femmes, en augmentant l’argent qu’elles peuvent gagner pour venir faire le voyage. Malgré toutes ces décisions, je pense que ça va être extrêmement difficile.

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