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Primaires à New York : pourquoi tout, ou presque, se joue aujourd'hui

L'Etat de New York est l'un de ceux qui permet de rafler le plus grand nombre de délégués. Une mission indispensable dans cette course à l'investiture qui, pour une fois, ne manque pas de suspense. 

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France Télévisions
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Bernie Sanders donne un meeting dans le Queens avec, dans son dos, la skyline de Manhattan, lundi 18 avril 2016.  (LUCAS JACKSON / REUTERS)

"It's up to you, Neew Yoork, Neeeew Yooooooork", s'époumonait Franck Sinatra dans la chanson éponyme. Mardi 19 avril, c'est effectivement "New York qui décide". Les électeurs démocrates choisissent entre Hillary Clinton, la favorite, et Bernie Sanders, son challenger. Côté républicain, ils devront conforter ou non l'avance de Donald Trump face à Ted Cruz et John Kasich.

Des primaires loin d'être anodines dans cette course à l'investiture pour la présidentielle américaine.

Parce que c'est un Etat qui peut rapporter gros

Pour un Français, le système électoral américain semble très complexe (il l'est !). Mais au-delà des calculs savants, retenez bien que, parmi les Etats qui n'ont pas encore tranché, l'Etat de New York est le deuxième plus important en nombre de délégués, juste derrière la Californie. Les Démocrates y jouent 291 voix et les Républicains, 95. 

Parce que les deux candidats démocrates s'affrontent à domicile

Quoi de plus stimulant qu'une victoire à domicile ? Bernie Sanders, le natif de Brooklyn et Hillary Clinton, sénatrice de l'Etat de New York entre 2000 et 2008, jouent ici un peu de leur crédibilité. Ils ont mis le paquet sur leur appartenance à cet Etat et surtout à la ville qui lui donne son nom : New York City (pour un "camembert bleu" au Trivial Pursuit, sachez que la capitale de l'Etat, c'est Albany). 

Ainsi, l'ex First Lady a installé son QG national à Brooklyn, tandis que Sanders y a triomphé lors de meetings à l'affluence record. Dimanche, 28 000 personnes ont acclamé "the Bern" à Prospect Park.

Dégustation de hot-dogs et montagne russe à Coney Island pour lui, cheesecakes et passage dans le métro (l'aventure !) pour elle : durant ces dernières semaines de campagne, les candidats l'ont joué plus New Yorkais qu'une tortue Ninja.

Hillary Clinton prend le métro, lors de la campagne des primaires démocrates, le 7 avril 2016, dans le Bronx, à New York.  (BRENDAN MCDERMID / REUTERS)

A ce petit jeu, Sanders gagne haut la main, estime The Guardian (et pas uniquement parce qu'il sait manger la pizza comme un New Yorkais). Si le candidat "est New York", explique le quotidien britannique, c'est pourtant Clinton, forte d'un ancrage local incontestable et de la confiance de l'électorat noir, qui arrive en tête des sondages. 

Parce que, pour Sanders, cet Etat est indispensable pour rester dans la course

Avec 1 076 délégués contre 1 758 pour sa rivale, Bernie Sanders ne peut se permettre de la laisser creuser l'écart. Et pour cause, il faut au moins 2 383 délégués pour décrocher l'investiture lors de la convention du parti qui se tiendra fin juillet, à Philadelphie. A l'inverse, en battant le sénateur du Vermont, la candidate reprendrait tranquillement la route d'une victoire quasi-certaine. 

Bernie Sanders devant ses partisans, à Brookly, le 17 avril 2016.  (LUCAS JACKSON / REUTERS)

Or, Bernie Sanders vient de remporter sept Etats consécutifs et reste sur une bonne lancée côté sondages. Relégué fin mars à plus de 30 points dans les intentions de vote des New-Yorkais, il est désormais crédité de 41,4% contre 53,1% pour Clinton dans le dernier sondage Real Clear Politics. De quoi garder espoir : invité lundi sur NBC, il a reconnu que les sondages lui étaient toujours défavorables. Avant d'ajouter : "Attendons le véritable scrutin."

Parce que côté républicain aussi on trouve un New Yorkais qui a soif de victoire

Donald Trump aime New York. Il le martèle. Né dans le Queens, l'un des cinq boroughs ("arrondissements") de New York, il est d'ailleurs le seul candidat à résider dans la Grosse Pomme. Pour marquer son territoire, le magnat de l'immobilier a même érigé en plein Manhattan un building à sa gloire, la Trump Tower

Mais dans une ville construite au gré des vagues d'immigration, le Républicain et son discours teinté de xénophobie, peine à gagner le cœur de ces concitoyens. Régulièrement, ces opposants se rassemblent au pied de la Trump Tower. A l'intérieur, même ses employés lui cassent du sucre sur le dos. Enfin, les milieux d'affaires, à commencer par Wall Street, méprisent cet imprévisible électron libre, explique Libération. Soit, le défi idéal pour le favori que personne n'attendait. 

Parce que c'est le moment ou jamais pour Ted Cruz et John Kasich d'arrêter la machine Trump

John Kasich a-t-il fait mauvaise impression à New York ? Pour résumer, disons qu'il a réussi à se faire filmer dégustant une pizza avec un couteau et une fourchette. A ce compte-là, il aurait aussi bien pu jeter un bébé panda dans l'East River depuis le pont de Williamsburg. Et Ted Cruz ? Pas beaucoup plus fin, il a évoqué avec dédain les "valeurs new-yorkaises".

Bref, les adversaires de Trump se sont tour à tour magistralement grillés auprès des habitants de la ville qui ne dort jamais. Mais il leur reste une carte à jouer : s'ils parviennent à capitaliser sur la faible popularité du milliardaire, ils peuvent l'empêcher de rafler tous les délégués de l'Etat. 

Le calcul est simple. Chez les Républicains, l'Etat de New York représente 95 délégués. Et 81 d'entre eux voteront en fonction des résultats de mardi, lors de la convention républicaine. Si un candidat obtient 50 % des voix, il décroche les 81 votes. 

La mission de Ted Cruz et de John Kasich : empêcher Trump de décrocher tous les délégués de l'Etat et permettre ainsi la tenue d'une "convention contestée". Même s'il termine en tête, Trump pourrait ainsi y être écarté au profit d'un candidat plus en phase avec l'appareil républicain. 

Parce que les règles électorales sont si tordues qu'il y a toujours du suspense

Dans l'Etat de New York, le simple fait de s'inscrire sur les listes électorales relève de la galère. Selon The Nation, 27 % des électeurs pourraient ne pas pouvoir voter lors des primaires de cet Etat qui souffre "d'une des pires lois électorales" des Etats-Unis. 

Par exemple, les jeunes électeurs qui ne sont affiliés à aucun parti devaient s'inscrire sur les listes électorales avant le mois d'octobre. Evidemment, cette règle pourrait réduire au silence de nombreux partisans de Bernie Sanders. Mais pas seulement. Ivanka et Eric Trump, les enfants de Donald, ont eux aussi oublié de s'inscrire. Résultat : ils ne pourront pas voter pour papa. Quand on vous dit que c'est compliqué... 

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