Présidentielle américaine : pourquoi Hillary Clinton a mis le cap à gauche

Le programme de la candidate à la présidentielle américaine est bien moins centriste que celui de 2012. Au-delà de l'influence de Bernie Sanders, ce virage est aussi dû à la transformation de son parti.

La candidate démocrate à la Maison Blanche, Hillary Clinton, durant sa campagne à Fort Pierce (Floride), le 30 septembre 2016.
La candidate démocrate à la Maison Blanche, Hillary Clinton, durant sa campagne à Fort Pierce (Floride), le 30 septembre 2016. (MATT ROURKE / AP / SIPA)

Après des mois d'une primaire disputée, l'annonce doit montrer l'unité du parti. "Les démocrates viennent d'adopter le programme le plus progressiste de leur histoire", claironnait Hillary Clinton le 25 juillet sur son site officiel (en anglais), alors que s'ouvrait la convention du parti démocrate qui devait l'investir officiellement candidate à la Maison Blanche.

Des propositions détaillées dans un document de 51 pages (PDF, en anglais), et dont les démocrates peuvent "être fiers, surtout en comparaison du programme clivant et rétrograde approuvé par les républicains".

Mouvement vers la gauche

Difficile de nier le mouvement vers la gauche, commente le site Vox (en anglais). En 2012, le parti démocrate se bornait à réclamer la hausse du salaire minimum, sans trop s'engager : aucun chiffre n'était donné. "Les Américains devraient gagner au moins 15 dollars de l'heure", peut-on désormais lire dans la bible du parti. En 2012, le parti démocrate se contentait de se prononcer en faveur de la lutte contre les inégalités dans le système pénal. A l'heure du mouvement Black Lives Matter, il appelle désormais le ministère de la Justice à enquêter sur toutes les fusillades suspectes dans lesquelles la police est impliquée. En 2012, le cannabis n'était même pas mentionné. Désormais, une possible "légalisation" est sérieusement envisagée.

L'influence de Bernie Sanders

Ces évolutions, de nombreux médias américains les mettent sur le compte de l'influence de Bernie Sanders, rival malheureux d'Hillary Clinton durant les primaires, qui avait su mobiliser les jeunes progressistes. L'autoproclamé "démocrate socialiste" a obtenu "au moins 80 %" de ses demandes, triomphe l'un de ses proches interrogé par la chaîne NBC (en anglais) : "Si vous lisez le programme, vous comprendrez que la révolution politique [prônée par Bernie Sanders] est bien vivante."

L'explication est tentante. Effectivement, au cours de la campagne, Hillary Clinton semble avoir rallié son adversaire sur certains thèmes, reconnaît le Washington Post (en anglais). Le journal américain cite les questions du commerce et de la Sécurité sociale, sur lesquelles l'ancienne sénatrice était plutôt considérée comme centriste jusqu'alors. Mais l'effet Sanders n'explique pas tout. En réalité, le bouleversement est bien plus profond.

Les démocrates ont changé, Hillary les a suivis

Car durant ce dernier quart de siècle, le fossé idéologique s'est creusé entre démocrates et républicains, comme l'a constaté le Pew Research Center (en anglais), à l'occasion d'une étude publiée en juin 2014. Les républicains sont de plus en plus conservateurs, les démocrates de plus en plus libéraux. En 1994, Bill Clinton en était encore à son premier mandat. A l'époque, seuls 30 % des démocrates pouvaient être considérés comme "libéraux" sur le plan politique. Vingt ans plus tard, au moment où sa femme s'apprête à se relancer dans la course à la Maison Blanche, ils sont désormais majoritaires, avec 56 %.

Hillary Clinton n'a donc fait qu'accompagner un mouvement de fond au sein de son parti et, plus généralement, du paysage politique américain. Ses positions n'ont plus rien à voir avec celles, centristes, prônées par son mari lors de sa première campagne présidentielle, en 1992, analyse The Hill (en anglais).

Là encore, la comparaison est éclairante. Quand son mari soutenait l'Alena, l'accord de libre-échange nord-américain, Hillary Clinton préconise désormais,dans son livre de campagne, de "revoir" ces protocoles. Quand le premier promettait de mettre "davantage de criminels derrière les barreaux", la seconde souhaite désormais mettre fin à l'ère de "l'incarcération de masse". Face à Donald Trump, le virage à gauche est d'autant plus net.