VIDEO. Présidentielle américaine : on a regardé la première émission de la "télé" de Donald Trump

Le candidat républicain à la Maison Blanche a repris les codes des chaînes d'information pour lancer une émission quotidienne sur sa page Facebook. Une façon de contourner les grands médias pour délivrer son message, sans les questions gênantes.

La première émission de \"Trump Tower Live\", l\'émission quotidienne diffusée par Donald Trump sur son compte Facebook, le 24 octobre 2016.
La première émission de "Trump Tower Live", l'émission quotidienne diffusée par Donald Trump sur son compte Facebook, le 24 octobre 2016. (DONALD TRUMP / FACEBOOK)

On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Cet adage, Donald Trump l'a bien compris. Son équipe de campagne a lancé, lundi 24 octobre, "Trump Tower Live", une émission quotidienne, diffusée en direct sur le compte Facebook du candidat à 18h30. A l'heure des journaux télévisés, le candidat républicain à la Maison Blanche propose son propre rendez-vous à ses supporters. Le début d'une future carrière ?

"Contourner" les médias, mais en reprenant leurs codes

Au premier coup d'œil, on se croirait sur une chaîne d'information en continu, les moyens en moins. Dès l'habillage, la copie est presque parfaite : "Alerte : Trump tient bientôt un meeting à Tampa", peut-on lire au-dessus du traditionnel bandeau déroulant, où défilent des informations sur Donald Trump – toutes favorables, évidemment. A l'écran, trois présentateurs installés autour d'une table : Cliff Sims et Boris Epshteyn, conseillers du milliardaire, et Kellyanne Conway, sa responsable de campagne. Le candidat républicain ne révolutionne pas la bonne vieille télévision, mais compte bien se passer d'elle.

C'est une façon pour nous de vous atteindre, de vous donner le message de la campagne sans passer par le filtre des médias et leur baratin. Vous pouvez l'entendre directement.Cliff Sims, conseiller de Donald Trumpdans "Trump Tower Live"

L'objectif est simple : "contourner les médias de gauche", trop diserts sur ses mauvais sondages ou les accusations d'agressions sexuelles qui visent Donald Trump. A la place, le candidat républicain tape sur sa meilleure ennemie, Hillary Clinton, et ses alliés. Sur le banc des accusés pour la première : Terry McAuliffe, le gouverneur de Virginie. Son comité politique a donné 500 000 dollars pour financer la campagne de Jill McCabe, la femme d'un responsable du FBI, chargé de superviser l'enquête du bureau d'investigation dans l'affaire des e-mails de Hillary Clinton.

C'est pourtant un média traditionnel qui a sorti l'affaire, le Wall Street Journal (en anglais), et toute la presse américaine a suivi. En réalité, Terry McAuliffe a soutenu Jill McCabe bien avant que son mari ne soit chargé du dossier Clinton, selon le Washington Post (en anglais) : le "complot" n'en est donc visiblement pas un, à en croire le journal. Sur le plateau de Donald Trump, en revanche, pas de doute : c'est le signe d'un "système truqué", dénonce Kellyanne Conway. "C'est ce que fait la mafia, tente même Boris Ephsteyn. La mafia paye des enquêteurs, des jurés, des juges."

Près de 1,4 million de vues

Le discours est rodé, répété après des mois de campagne, mais la technique pêche encore pour cette première. Magie du direct, un échange est par exemple interrompu par le bruit caractéristique de Skype. Le logiciel sert visiblement à établir la connexion avec une animatrice de The Blaze, un site conservateur. Le duplex sert à marteler une fois de plus le même message. "Les médias dominants ne vont pas nous donner [la victoire], les démocrates ne vont pas nous la donner et les 'Never Trump' ne vont pas nous la donner, explique Tomi Lahren. C'est à nous de le faire, à nous les électeurs américains, à nous les déplorables, comme Hillary nous appelle."

Après 37 minutes d'émission, les présentateurs lancent le clou du spectacle : le meeting de Donald Trump à Tampa, en Floride. L'occasion, malgré l'image floue, de voir le milliardaire entrer en scène et enlacer un drapeau américain, après que les notes de I Want It That Way, la chanson des Backstreet Boys, ont résonné dans la salle. Sur scène comme sur Facebook, le candidat républicain parle à un public acquis à sa cause. Certainement pas suffisant pour remporter l'élection, comme le laissent entendre les sondages, mais peut-être assez pour lancer un empire médiatique.

Plusieurs médias, dont Vanity Fair et le Financial Times (en anglais), ont laissé entendre que le magnat de l'immobilier pourrait se reconvertir dans la télévision en cas de défaite. Cette quotidienne est-elle la première étape de cette future carrière ? "Ce n'est pas Trump TV, prévient l'un des présentateurs. C'est notre campagne qui parle directement aux électeurs." Donald Trump aurait pourtant tort de ne pas considérer cette option, car les chiffres sont là. Avec près de 1,4 million de vues et plus de 200 000 commentaires sur cette première émission, il y a visiblement un marché pour que le show Trump continue après la campagne.