Qui est Steve Bannon, le bras droit controversé de Donald Trump ?

Ex-officier dans la marine, ancien banquier et producteur de films, le nouveau haut conseiller de la Maison Blanche est décrit comme l'un des agitateurs les plus influents de la sphère conservatrice américaine. 

Steve Bannon répond aux auditeurs lors de l\'émission \"Breitbart News Daily\", sur la radio SiriusXM Patriot, à Cleveland (Ohio, Etats-Unis), le 21 juillet 2016.
Steve Bannon répond aux auditeurs lors de l'émission "Breitbart News Daily", sur la radio SiriusXM Patriot, à Cleveland (Ohio, Etats-Unis), le 21 juillet 2016. (BEN JACKSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Pour certains républicains modérés, c'est "l'extrême-droite raciste et fasciste" qui entre dans le Bureau ovale. Steve Bannon, 62 ans, a été nommé chef de la stratégie et haut conseiller à la Maison Blanche, dimanche 13 novembre, par Donald Trump. Et sa nomination inquiète des associations antiracistes et démocrates.

On imaginait mal cette icône de la droite conservatrice quitter le cercle rapproché de Donald Trump, après avoir été son directeur de campagne pendant les trois derniers mois de la campagne présidentielle américaine. Steve Bannon avait rejoint l'équipe du candidat républicain à la mi-août. Et si Donald Trump est parvenu à rester au centre de l'attention médiatique et à se faire élire grâce à un discours décapant, c'est grâce à celui qui s'est fait connaître pour le site Breitbart, habitué des articles flirtant avec l'antisémitisme, le racisme ou le sexisme.   

Franceinfo vous raconte la vie de celui que Bloomberg (article en anglais) désignait, en 2015, comme "l'homme le plus dangereux de la sphère politique américaine"

Il a été officier dans la marine, puis a financé un film à la gloire de Sarah Palin

Stephen K. Bannon, plus connu sous le nom de Steve Bannon, est né près de la base navale de Norfolk, en Virginie. Après l'université, comme le raconte Bloomberg dans un portrait, il a embarqué pendant quatre ans à bord d'un navire de guerre en tant qu'ingénieur assistant puis navigateur, avant de prendre un poste au Pentagone.

Mais la carrière militaire semble ne pas lui suffire. "Incapable de tenir en place", selon Bloomberg, Steve Bannon décide de se lancer dans des études d'économie. "On m'a dit que si je voulais aller à Wall Street, il fallait aller à la Harvard Business School [l'école de management d'Harvard]", explique Steve Bannon, cité par Bloomberg. Il en sort diplômé en 1983. 

L'ancien officier travaille ensuite dans la banque Goldman Sachs avant de monter sa propre entreprise, Bannon & Co, comme le raconte Time (en anglais). "A travers cette entreprise, il négocie la vente de Castle Rock Entertainment [une société de production de films] à Ted Turner", qui lui a en retour cédé des droits juteux sur la très populaire série Seinfeld

Quand la Société générale rachète sa société, Bannon & Co, le banquier se lance dans une tout autre carrière. Steve Bannon se met en effet à produire des films. Par exemple Titus, avec Anthony Hopkins, sorti en 1999. Il se tourne ensuite vers la réalisation avec des films plus politisés, tels que In the Face of Evil, un documentaire sur Ronald Reagan sorti en 2004, Battle for America, un autre documentaire sur le mouvement ultraconservateur du Tea Party, sorti en 2010, ou encore, la même année, Generation Zero, qui traite de la crise économique. En 2011, il finance The Undefeated, film glorifiant l'ancienne gouverneur de l'Alaska, la républicaine Sarah Palin, d'après le Hollywood Reporter (en anglais)

"Un tyran qui soutient un autre tyran"

Bien avant son ascension jusqu'au plus haut sommet de l'Etat, Steve Bannon était bien plus connu comme patron de média. Il a en effet repris les rênes du site d'information Breitbart News en 2012. Selon une enquête de Vanity Fair (en anglais), le patron exerçait une forte pression sur la rédaction pour maintenir une ligne éditoriale pro-Trump. Plusieurs reporters, excédés, ont fini par quitter le navire en mars 2016.

"Il a transformé Breitbart en véritable journal officiel de Trump", dénonce alors l'un d'entre eux, Ben Shapiro, dans une déclaration reprise par le site BuzzFeed (en anglais). Il dit avoir quitté la rédaction quand il a compris "que la loyauté envers Donald Trump l'emportait sur la loyauté envers les employés."

Bannon n'a ainsi pas hésité à prendre parti pour Trump contre une de ses employées, qui accusait alors le directeur de campagne de Trump de l'avoir agressée. "A mon avis, Steve Bannon est un tyran et a trahi les principes d'Andrew [Breitbart, fondateur de Breitbart News] pour soutenir un autre tyran, Donald Trump", ajoute Ben Shapiro.

Le "Dr Jekyll et Mr Hyde" de la droite américaine

C'est "quelqu'un qui va y aller sabre au clair, il n'hésite jamais à aller au combat et considère qu'en politique, tous les coups sont permis", décrit Corey Lewandowski, ancien directeur de campagne de Donald Trump, devenu commentateur de CNN après avoir été limogé en juin. Steve Bannon a en effet la réputation de ne pas faire de quartier quand il attaque.

Certains anciens rédacteurs du site Breitbart News s'en souviennent : "Beaucoup d'anciens employés de Breitbart News ont peur de lui. C'est une personne vindicative et méchante, tristement connu pour insulter ses soi-disant amis et menacer ses ennemis", écrit Ben Shapiro sur le site Daily Wire (en anglais).

Steve Bannon est également derrière le Government Accountability Institute, l'organisme d'investigation qui a publié le livre Clinton Cash (éd. Harper, 2015) révélant l'origine d'une partie de la fortune de la famille Clinton. L'auteur et président de l'organisme, Peter Schweizer, accuse le couple d'avoir profité de la fonction de secrétaire d'Etat qu'occupait Hillary Clinton de 2009 à 2013 pour récolter de l'argent, comme nous vous l'expliquions dans cet article

"Bannon est une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde" de la droite américaine, résume Bloomberg. "Il allie le journalisme partisan à l'ancienne du site Breitbart News et, à travers le Government Accountability Institute, une approche plus sophistiquée, bâtissant des dossiers très étayés contre des grands noms de la politique."