Etats-Unis : quatre questions sur Dominion, l'entreprise à laquelle Fox News va verser 787 millions de dollars

La chaîne de télé conservatrice échappe à un procès après avoir conclu un accord de dernière minute avec la société commercialisant des machines de vote électronique. Au cœur de l'affaire : l'élection présidentielle de 2020.
Article rédigé par franceinfo
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Des machines de vote électronique Dominion installées dans un bureau de vote de Burnsville, dans le Minnesota, en août 2022. (STEPHEN MATUREN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Jusqu'ici habituée des coulisses, elle se retrouve aujourd'hui sur les devants de la scène. La société américaine Dominion Voting System, spécialisée dans la vente de matériel et de logiciel de vote électronique, a signé un accord avec Fox News, mercredi 19 avril. La chaîne de télévision conservatrice s'engage à lui verser 787,5 millions de dollars pour avoir, sans preuve et à tort, affirmé que l'élection présidentielle de 2020 avait été truquée. Dominion réclamait au départ 1,6 milliards de dollars de dommages et intérêts. 

Voici quatre questions sur cette entreprise spécialisée dans le vote électronique qui s'est retrouvée, malgré elle, au centre d'une théorie du complot.

Comment Dominion s'est-elle fait connaître ?

Dominion Voting System est une entreprise canadienne fondée en 2003 et dont le siège social est implanté à Denver, dans le Colorado. Elle a été nommée ainsi en référence au "Dominion election act" adopté en 1920 au Canada. Un texte qui a supprimé les obstacles empêchant jusqu'ici les femmes et les membres de certains groupes raciaux et économiques de voter. Comme le raconte le New York Times, l'ambition de John Poulos, l'un des fondateurs, était de rendre les élections plus accessibles aux citoyens en situation de handicap.  

La société est devenue l'un des principaux fournisseurs de système de vote électronique aux États-Unis - marché dominé par le secteur privé - en vendant des machines de vote à écran tactile, mais aussi des scanners et imprimantes de bulletins. Elle fournit aussi des logiciels pour organiser un scrutin clé en main et assure la maintenance des équipements. Ses clients sont, pour la plupart, des "counties", des gouvernements locaux. Lors de l'élection présidentielle de 2020, Dominion opérait dans 28 États.

Pourquoi Dominion s'est-elle retrouvée au centre d'une polémique ?

Après avoir échoué à se faire réélire en novembre 2020, Donald Trump avait accusé - sans preuve - le camp de Joe Biden de fraudes en tout genre lors du scrutin. Ses conseillers, l'ancien maire de New-York Rudy Giuliani et l'avocate Sidney Powell avaient désigné Dominion comme étant responsable de ce prétendu trucage de l'élection grâce à ses machines de vote sur Fox News. Selon eux, l'entreprise était liée au régime d'Hugo Chavez au Venezuela.

Selon Dominion, Fox News a menti à dessein pour conserver son audience. L'entreprise a versé au dossier des messages de journalistes montrant qu'ils ne croyaient pas réellement à la thèse d'une élection truquée. Le 31 mars dernier, un des juges en charge de l'affaire a déclaré qu'il était "clair comme de l'eau de roche qu'aucune affirmation sur Dominion lors de l'élection de 2020 (n'était) vraie".

Dominion est-elle la seule à avoir été pointée du doigt ?

Malgré l'absence de preuves, la mise en cause de Dominion sur Fox News, a poussé des élus Républicains à défendre le dépouillement du scrutin à la main plutôt que par des machines. Pourtant, selon une étude publiée en 2018 dans la revue universitaire Election Law Journal, le décompte manuel est moins fiable que celui des machines. 

D'autres critiques pointent l'absence de régulation du secteur. Ainsi après les révélations sur des tentatives d'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016, certains élus, comme le démocrate du Maryland Jamie Raskin ont appelé à réformer le système du vote électronique incitant à plus de transparence sur les financements des sociétés privées gestionnaires des machines. 

Au-delà de Dominion, d'autres polémiques sur le vote électronique existent-elles ?

En janvier dernier, après la défaite de Jair Bolsonaro lors de l'élection présidentielle brésilienne, les partisans du président sortant avaient demandé accès au code source des urnes électroniques, contestant le résultat du scrutin. Au Brésil, des urnes électroniques sont utilisées depuis 1996, mais elles ne font l'objet de controverses que depuis peu, notamment depuis que Jair Bolsonaro affirme qu'elles permettent des fraudes.

Les partis politiques, la justice et l'armée ont été autorisés à inspecter leur code source, également testés par des experts et aucun trucage n'a été révélé.

En France, citant les États-Unis et le Brésil, Florian Philippot a estimé en janvier sur Twitter que le vote électronique, "c'est le doute, la fraude, le chaos". Des propos alimentant les théories complotistes qui affirment à tort qu'Emmanuel Macron a remporté la présidentielle de 2022 avec l'aide de bugs dans le vote électronique.

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