Pourquoi Donald Trump a de quoi s'inquiéter des déboires judiciaires de Michael Cohen et Paul Manafort

Les déboires judiciaires de l'ancien avocat personnel de Donald Trump et de son ex-chef de campagne renforcent la légitimité de l'enquête du procureur spécial Robert Mueller, au grand dam du président américain.

Le président américain Donald Trump descend de son avion Air Force One, à son arrivée à la Andrews Air Force Base, située dans le Maryland (Etats-Unis), le 21 août 2018.
Le président américain Donald Trump descend de son avion Air Force One, à son arrivée à la Andrews Air Force Base, située dans le Maryland (Etats-Unis), le 21 août 2018. (MANDEL NGAN / AFP)

Donald Trump plus que jamais acculé ? Le président des Etats-Unis a essuyé mardi 21 août un double coup dur judiciaire. Son ancien avocat l'a personnellement impliqué devant un juge et, simultanément, son ex-chef de campagne a été déclaré coupable à son procès. Deux juridictions différentes pour deux affaires distinctes, mais où une même ombre planait : celle du milliardaire, dont le mandat à la Maison Blanche est empoisonné par les affaires judiciaires qui impliquent plusieurs de ses proches et menacent de l'atteindre directement. On vous explique pourquoi Donald Trump a de quoi s'inquiéter de ces deux décisions.

Parce que ces affaires concernent des personnalités proches de lui

A New York, devant un juge fédéral de Manhattan, Michael Cohen a plaidé coupable de huit chefs d'accusation, dont fraude fiscale et bancaire et violation des lois sur le financement des campagnes électorales. Il a été l'avocat de Donald Trump pendant plus de dix ans et un personnage clé de sa campagne électorale victorieuse en 2016. Cette proximité l'a mené à déclarer qu'il était prêt à "prendre une balle" pour défendre son client.

Le même jour, un tribunal a reconnu Paul Manafort coupable de fraude bancaire et fiscale. L'homme a dirigé pendant quelques mois la campagne de Donald Trump, avant d'être contraint de démissionner à la suite de révélations sur ses activités pour l'ancien président pro-russe de l'Ukraine, Viktor Ianoukovitch, rappelle Le Monde. "Il était un ancien consultant très réputé, qui avait travaillé pour Gerald Ford et Ronald Reagan, précise Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des Etats-Unis, sur franceinfo. Il a été embauché par Donald Trump pour professionnaliser sa campagne et pour lui permettre de passer la Convention sans encombre à l'été 2016. (...) Pendant ce laps de temps, (...) il a été la tour de contrôle de la campagne Trump et à ce titre, il pourrait avoir des billes bien compromettantes pour Donald Trump."

Parce que son ex-avocat l'implique désormais directement

D'une fidélité sans faille à Donald Trump pendant des années, Michael Cohen a envoyé début juillet des premiers signaux montrant que sa loyauté avait des limites. "Je placé ma famille et mon pays en priorité", avait-il expliqué à la télévision. Quelques jours plus tard, le New York Times révélait qu'il avait enregistré une conversation à l'insu de Donald Trump, dans laquelle les deux hommes évoquaient un paiement à une ancienne playmate avec laquelle le président des Etats-Unis aurait eu une liaison.

Cette fois-ci, devant un juge fédéral de Manhattan, il a reconnu avoir versé 130 000 et 150 000 dollars à deux femmes affirmant avoir eu une liaison avec Donald Trump en échange de leur silence, et ce "à la demande du candidat". Objectif : éviter l'ébruitement d'informations "qui auraient porté préjudice au candidat". Cet aveu est une réelle bombe pour Trump car cela sous-entend qu'il pourrait avoir lui-même commis un délit. Le locataire de la Maison Blanche a jusqu'ici nié tout acte contraire à la loi dans ces affaires.

Si ces versements constituent un crime pour Michael Cohen, pourquoi ne constitueraient-ils pas un crime pour Donald Trump ?Lanny Davis, avocat de Michael Cohendans un communiqué

Parce que l'enquête de Robert Mueller gagne en légitimité

Au même moment, le tribunal d'Alexandria, près de Washington, a reconnu Paul Manafort, un ancien directeur de campagne de Donald Trump, coupable de fraude bancaire et fiscale, pour des faits non liés à la dernière campagne. Le jury n'a prononcé qu'un verdict partiel, ne parvenant pas à s'accorder sur dix des 18 chefs d'accusation pesant contre l'ancien sulfureux lobbyiste.

Mais cette décision est symbolique, car il s'agissait du premier procès émanant de l'enquête russe, cette tentaculaire investigation conduite par le procureur spécial Robert Mueller sur l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016 et sur des soupçons de collusion entre l'équipe de campagne de Donald Trump et le Kremlin. Quant au plaider-coupable de Michael Cohen, il concerne là aussi des faits débusqués par l'enquête de Robert Mueller mais sans lien avec la Russie.

Tout cela met à mal la défense de Donald Trump, qui a toujours nié farouchement les accusations de collusion avec les responsables russes et dénoncé l'enquête de Robert Mueller. "Jusqu'à présent, l'argument central de Donald Trump, c'est que l'enquête du procureur Mueller, c'était du vide, c'était une pure cabale politique", explique Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des Etats-Unis, à franceinfo.

A partir de maintenant, Donald Trump ne peut plus parler d'une simple chasse aux sorcières.Corentin Sellin, spécialiste des Etats-Unisà franceinfo

Selon Michael German, un ancien agent du FBI désormais membre du Brennan Center for Justice, le verdict contre Paul Manafort marque une étape importante pour Robert Mueller. "Chaque victoire est un élément majeur vers l'aboutissement ultime de l'enquête, estime-t-il auprès de l'AFP. Il est plus facile d'obtenir la coopération de témoins ou des accords de plaider-coupable si vous affichez une liste de succès." La pression s'accentue donc, même si la Maison Blanche persiste à minimiser l'enquête du procureur spécial.