Jérusalem reconnue capitale d'Israël : les Etats-Unis "se sont carrément placés du côté de l'agresseur"

Le diplomate palestinien à la mission de l'Etat de Palestine auprès des Nations unies, Majed Bamya, estime que les Etats-Unis se sont "décrédibilisés" en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d'Israël. 

Donald Trump a reconnu, mercredi 7 décembre, la ville disputée de Jérusalem comme capitale d\'Israël.
Donald Trump a reconnu, mercredi 7 décembre, la ville disputée de Jérusalem comme capitale d'Israël. (SAUL LOEB / AFP)
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franceinfoRadio France

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Les protestations contre la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël se poursuivent. Quatre Palestiniens sont morts dans des heurts ou des raids militaires israéliens ces dernières 24 heures. Pour le diplomate palestinien à la mission de l'Etat de Palestine auprès des Nations unies, Majed Bamya, les Etats-Unis se sont décrédibilisés. Selon lui, ils "se sont carrément placés du côté de l'agresseur".

franceinfo : Le président palestinien Mahmoud Abbas refuse de rencontrer Mike Pence, le vice-président américain, est-ce la seule chose qu'il peut faire ?

Majed Bamya : Nous avons toujours dit qu'Israël devait choisir entre l'occupation et la paix, le même principe s'applique aux Américains. S'ils viennent endosser l'occupation et l'illégalité au lieu d'y mettre un terme, il n'y a pas grand-chose à discuter. S'ils n'ont pas compris que Jérusalem était au cœur du conflit et au cœur de la paix, c'est qu'ils doivent revoir leurs plans et leur idée de la région. Leur décision n'affecte pas le statut de Jérusalem - qui ne changera pas -, mais il affecte le statut des Etats-Unis. La session du Conseil de sécurité des Nations unies a montré que les Etats étaient unanimes dans le rejet de la décision américaine. La Palestine a aussi œuvré pour initier cette réunion et œuvrera pour que le consensus international contre la décision américaine se raffermisse et pour soutenir la résistance du peuple palestinien sur le terrain, pacifiquement, contre cette décision, contre l'illégalité et contre l'occupation israélienne.

Quand Mahmoud Abbas refuse de rencontre Mike Pence, veut-il dire que les Etats-Unis à ses yeux ne sont plus le médiateur principal au Proche-Orient ?

Ce n'est pas seulement à ses yeux, c'est tout simplement impossible. On ne peut pas être médiateur et partie. Les Etats-Unis étaient déjà des soutiens forts des Israéliens, mais là ils se sont carrément placés du côté de l'agresseur et ont contribué à l'agression contre le peuple palestinien. Ils se sont décrédibilisés. Ils ne peuvent plus jouer ce rôle [de médiateur]. Les mots qu'on a entendus d'alliés des Etats-Unis au Conseil de sécurité et partout dans le monde disent que cette décision est tellement toxique que même leurs alliés la rejettent avec force. Les Américains viennent de subir un revers majeur dans la région. Jérusalem n'est pas un sujet avec lequel on se conduit de cette manière. Trump a voulu répondre aux extrémistes des Etats-Unis et d'Israël, mais les modérés dans la région auront beaucoup plus de difficultés à travailler avec lui.

La décision de Donald Trump peut-elle permettre d'unifier les Palestiniens ?

L'unité devient de plus en plus indispensable face à ce qui arrive sur le terrain. Et puis, avec ce contexte international extrêmement difficile, le président palestinien y a fait référence, je pense que toutes les factions ont dit qu'aujourd'hui il fallait s'unir, que l'avenir de la Palestine était en jeu, que notre peuple sur le terrain était uni et que la population s'attendait à ce que le niveau politique le fasse aussi. Nous espérons que c'est une des réponses primordiales à ce qu'il se passe. La deuxième, c'est de bâtir un large front international, contre l'illégalité, pour le respect du droit international. Et pour l'instant, les Etats-Unis ne font pas partie de ce front, nous ne faisons que le constater.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu vient à Paris dimanche, reçu pour un déjeuner de travail par Emmanuel Macron. Qu'attendez-vous du chef de l'Etat et de la France ?

La France peut jouer un rôle. On l'a vu dans d'autres situations dans la région, elle a toujours voulu prendre des initiatives au Proche-Orient. La reconnaissance de l'Etat de Palestine sur la base des frontières de 1967 devient une priorité de plus en plus forte. Les relations avec Israël dépendent aussi du fait qu'Israël respecte le droit international et fasse avancer la paix. Et puis au sein de l'Union européenne et plus largement au niveau international, il faut œuvrer pour des mesures concrètes si Israël persiste dans l'illégalité au lieu de mettre fin à son occupation. La France comprend parfaitement que la paix au Proche-Orient est vitale pour la paix et la sécurité internationale. Elle connaît très bien la région, il faut maintenant qu'il y ait des mesures concrètes qui viennent dire l'importance de mettre fin à la colonisation, à l'occupation.