"Il confond météo et climat" : le tweet de Donald Trump sur le réchauffement de la planète fait réagir une climatologue du Giec

Pour la climatologue du Giec Valérie Masson-Delmotte, le tweet ironique de Donald Trump après la vague de froid qui touche l'est des Etats-Unis témoigne d'une volonté de "tromper le public"

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, à la Maison Blanche, le 22 décembre 2017.
Le président des Etats-Unis, Donald Trump, à la Maison Blanche, le 22 décembre 2017. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)
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Donald Trump a ironisé sur le réchauffement climatique dans un tweet alors que l'est des Etats-Unis connaît une vague froid très intense"Dans l'Est, cela pourrait être la veille du jour de l'an la plus froide jamais enregistrée. Peut-être qu'on pourrait utiliser un peu de ce bon vieux réchauffement climatique que notre pays, mais aucun autre pays, s'apprêtait à payer des trillons de dollars pour s'en protéger. Couvrez-vous !", a tweeté le président américain. 

Pour la climatologue du Giec (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) Valérie Masson-Delmotte, interrogée sur franceinfo vendredi 29 décembre, le président américain"confond la météo et le climat". Selon elle,"il y a une volonté de tromper le public".

franceinfo : Comment avez-vous réagi en découvrant ce tweet de Donald Trump ?

Valérie Masson-Delmotte : Quand j'ai pris connaissance de ce tweet, j'ai cru que c'était une caricature et c'est malheureusement le président des Etats-Unis qui s'est ainsi exprimé. Ce qu'il fait c'est qu'il confond la météo, localement et instantanément, et le climat, c'est-à-dire l'évolution à l'échelle de la planète et sur le long terme. Malgré la vague de froid aux Etats-Unis, si l'on prend par exemple l'ensemble des températures à la surface de la terre, aujourd'hui on est à 1°C de plus ponctuellement par rapport aux températures moyennes des 30 ans précédents. On voit qu'il y a vraiment une volonté de tromper le public comme l'avait fait un sénateur conservateur américain il y a quelques années qui s'était filmé jouant avec une boule de neige pour mettre en cause la réalité du changement climatique. 

On peut souligner que le président des Etats-Unis n'a pas fait de commentaires à la suite des incendies qui ont ravagé la Californie jusqu'au mois de décembre.Valérie Masson-Delmotteà franceinfo


Il n'a pas fait de commentaires sur trois études scientifiques américaines qui montrent que par nos rejets de gaz à effet de serre nous avons contribué à renforcer l'intensité des pluies torrentielles de l'ouragan Harvey qui a touché Houston au Texas. Et je souligne que les catastrophes naturelles aux Etats-Unis cette année ont eu un impact financier plus élevé que jamais dans l'histoire.

Pourrait-on avoir des vagues de froid de cette ampleur plus souvent ?

Dans les simulations qui sont faites d'évolution du climat, quand on rajoute des gaz à effet de serre, on a toujours de temps en temps des hivers froids mais qui deviennent de moins en moins froid. C'est d'ailleurs ce qu'on observe aux Etats-Unis. Si on a de temps en temps de records de froid qui sont battus, on a beaucoup plus de records chauds.

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump exprime son scepticisme sur le climat. Cela vous préoccupe-t-il ?

Ce qui est important, c'est de regarder les décisions qui sont prises depuis l'élection de Donald Trump. Il y a un ensemble de décisions qui sont prises pour déréguler la protection de l'environnement aux Etats-Unis, mais aussi pour se retirer des accords internationaux. Il y a un déni par rapport aux constats scientifiques et par rapport à la responsabilité américaine. Aujourd'hui, les Etats-Unis sont le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre et le premier historiquement. Les émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis, par individu, sont deux à trois fois plus élevées qu'en Europe. Il y a un danger très grave pour la démocratie américaine qui est le déni de science, qui s'exprime au plus haut niveau, à la Maison blanche comme dans les nominations qui sont faites à la tête des grandes agences de recherche. C'est quelque chose qui est extrêmement préoccupant.