Comment les JO d'hiver ont dégelé les relations entre les deux Corées

La Corée du Nord a annoncé mardi qu'elle allait envoyer des athlètes et une délégation de haut rang aux prochains Jeux olympiques en Corée du Sud, le mois prochain. 

Le stade olympique de Pyeongchang, en Corée du Sud, où se tiendra la cérémonie d\'ouverture des Jeux olympiques d\'hiver.
Le stade olympique de Pyeongchang, en Corée du Sud, où se tiendra la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver. (RYOHEI MORIYA / YOMIURI / AFP)
avatar
franceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

La détente entre la Corée du Nord et du Sud, amorcée depuis quelques semaines, se confirme. Lors des premières discussions bilatérales entre les deux pays en plus de deux ans, mardi 9 janvier, Pyongyang a annoncé qu'elle allait envoyer des athlètes, des supporters et des responsables de haut rang aux Jeux Olympiques d'hiver organisés du 9 au 25 février en Corée du Sud, à Pyeongchang. Sous le coup de sanctions internationales à cause de la poursuite de son programme nucléaire, Pyongyang semble vouloir faire baisser la tension. Retour en six actes sur le dégel entre ces deux voisins.

1La Corée du Sud dans une posture de dialogue

Le président progressiste sud-coréen Moon Jae-in, élu en mai dernier, est un partisan du dialogue et du rétablissement des relations intercoréennes. Il aurait de ce fait poussé à plusieurs reprises pour que la Corée du Nord participe aux Jeux olympiques d'hiver. D'abord pour rétablir les liens avec son voisin, mais aussi pour éviter que les Jeux ne soient troublés par de nouveaux tests nucléaires. 

"Si le Nord se livre à un nouvel acte de provocation au moment où les JO sont imminents, cela pourrait leur porter un coup fatal", avait déclaré le ministre sud-coréen de l'Unification, Cho Myoung-gyon, le 30 novembre dernier, ajoutant : "Il est important que les Jeux olympiques de Pyeongchang aient lieu dans une atmosphère de stabilité." Début décembre, une porte-parole du ministère de l'Unification a déclaré que Séoul était déterminé à aider Pyongyang à participer aux JO. 

Pyeongchang est à 80 kilomètres de la Zone démilitarisée (DMZ), la frontière mal nommée qui divise la péninsule coréenne, et plusieurs pays se sont demandé s'il était bien judicieux d'y envoyer leurs athlètes. Choi Moon-soon, le gouverneur de la province en question, aurait rencontré le 18 décembre un responsable des sports nord-coréen, Mun Woong, en marge d'un tournoi de football auquel les deux Corées participaient, selon le quotidien sud-coréen Dong-A Ilbo. 

2Kim Jong-un annonce vouloir envoyer une délégation nord-coréenne aux JO

Lundi 1er janvier, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un profite de son discours du Nouvel An à la nation pour faire passer un double message. Le plus remarqué a été sa menace envers l'Amérique. "Les Etats-Unis sont à la portée de nos tirs nucléaires. Le bouton nucléaire est toujours sur mon bureau. Les Américains doivent prendre conscience que ce n'est pas du chantage, mais la réalité."

Mais, parallèlement, il tend aussi la main en direction du Sud. "J'espère sincèrement que les Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang seront menés avec succès", déclare-t-il. Avant d'ajouter : "Nous sommes disposés à prendre les mesures nécessaires, y compris à envoyer notre délégation à Pyeongchang. A cette fin, les autorités du Nord et du Sud pourraient se retrouver dans un avenir proche."

Cité par l'AFP, un expert sud-coréen des Affaires étrangères, Kim Hyun-wook, estime que le Nord veut ainsi se servir de la compétition sportive pour améliorer les relations avec Séoul, dans un contexte de fortes tensions avec Washington. "Les Etats-Unis auront du mal à freiner un dialogue intercoréen focalisé sur Pyeongchang", estime-t-il.

3La Corée du Sud répond positivement

Le président sud-coréen, Moon Jae-in, s'empresse de saisir cette main tendue. Il demande à son gouvernement de s'organiser pour permettre la venue d'athlètes nord-coréens.  Mardi 2 janvier, le ministre de l'Unification, Cho Myong-gyon, propose aux Nord-Coréens des discussions, le 9 janvier, dans le village frontalier de Panmunjeom.

Ces rencontres, les premières du genre depuis décembre 2015, porteront sur la participation nord-coréenne aux Jeux olympiques d'hiver, mais aussi sur "d'autres questions d'intérêt mutuel pour l'amélioration des relations intercoréennes".  Le ministre ajoute que "le gouvernement est ouvert au dialogue avec la Corée du Nord, quel que soit le lieu, le moment ou la forme."

Sur Twitter, le président américain Donald Trump prend acte : "Rocket Man [le surnom qu'il donne au dirigeant nord-coréen] veut maintenant parler à la Corée du Sud pour la première fois. C'est peut-être une bonne nouvelle, peut-être pas. Nous verrons."

4Le téléphone rouge entre les deux Corées remis en service

Le mercredi 3 janvier, les deux Corées remettent en service leur téléphone rouge transfrontalier fermé depuis quasiment deux ans. Le canal de communication de Panmunjeom est rouvert dans la matinée. "La conversation téléphonique a duré 20 minutes", selon un responsable du ministère de l'Unification sud-coréen, sans autre précision.

La ligne téléphonique de Panmunjeom servait aux deux pays à faire le point deux fois par jour avant d'être coupée en février 2016. La faute à la détérioration des relations bilatérales à cause d'un différend autour du complexe industriel conjoint de Kaesong. Séoul a salué la décision du Nord de la rouvrir comme étant "très significative".

5Washington et Séoul reportent les manœuvres militaires prévues pendant les JO

Nouveau signe de détente, venu cette fois aussi de Washington, le jeudi 4 janvier. Les Etats-Unis acceptent une sorte de "trêve olympique". Washington et Séoul décident en effet de reporter après la compétition leurs manœuvres militaires annuelles, qui coïncidaient initialement avec la période des JO. Or, ces opérations, perçues par la Corée du Nord comme une éventuelle préparation d'invasion, suscitent à chaque fois une aggravation de la tension dans la péninsule.  

"Les deux dirigeants [américain et sud-coréen] ont convenu que les manœuvres militaires communes américano-sud-coréennes n'auraient pas lieu durant la période olympique et que les forces armées des deux pays feraient de leur mieux pour garantir la sécurité des Jeux", annonce Séoul dans un communiqué. Le report de ces manœuvres contribuera au succès des JO d'hiver "dans l'hypothèse où le Nord ne se livre pas à de nouvelles provocations", précise le président sud-coréen, Moon Jae-in.

Cette suspension des manœuvres pendant les Jeux étaient souhaitée par les alliés traditionnels de Pyongyang, Moscou et Pékin. C'est donc un geste en leur faveur, d'autant que la Chine a durci sa position vis-à-vis de la Corée du Nord. Elle a mis en œuvre, samedi 5 janvier, les nouvelles sanctions votées à l'unanimité à la fin décembre par le Conseil de sécurité de l'ONU, et notamment la fin des livraisons des produits raffinés pétroliers à la Corée du Nord. Cet isolement croissant explique sans doute aussi la main tendue de Pyongyang à Séoul.

6Le Nord officialise sa participation aux JO

Une rencontre, la première à ce niveau depuis plus de deux ans, a réuni mardi 9 janvier, à Panmunjom (Corée du Sud), le ministre sud-coréen de l'Unification, Cho Myoung-gyon, chef de la délégation sud-coréenne, et le responsable de la délégation nord-coréenne, Ri Son-gwon. Le ton des pourparlers était apaiséA l'issue des discussions, la Corée du Nord a déclaré qu'elle allait envoyer des athlètes, des supporters et des responsables de haut rang aux JO d'hiver. Les médias sud-coréens ont laissé entendre que Pyongyang pourrait envoyer d'éminents représentants, dont la petite soeur de Kim Jong-un, Yo-Jong, haute dirigeante du parti unique au pouvoir.

De son côté, la Corée du Sud a suggéré que les athlètes des deux Corées défilent ensemble lors de la cérémonie d'ouverture. Séoul envisage également une levée temporaire des sanctions contre la Corée du Nord dans le cas où cela s'avérerait nécessaire pour faciliter la venue de la délégation nord-coréenne aux JO. 

Les discussions sont allées au-delà de la rencontre olympique. Séoul a appelé à la reprise des réunions des familles, à des pourparlers entre Croix-Rouge des deux pays, et à des discussions militaires destinées à éviter les "heurts accidentels".