Comment Donald Trump s'est fâché avec le Royaume-Uni en partageant des messages d'extrême droite sur Twitter

Le président des Etats-Unis a retweeté des vidéos antimusulmanes postées par une responsable du parti nationaliste britannique. Ce que le 10 Downing Street a déploré.

Le président Donald Trump à la Maison Blanche à Washington, le 29 novembre 2017.
Le président Donald Trump à la Maison Blanche à Washington, le 29 novembre 2017. (SAUL LOEB / AFP)

Il est 6h30 du matin aux Etats-Unis, mercredi 29 novembre. Donald Trump se réveille et relaie trois vidéos antimusulmanes publiées par la Britannique Jayda Fransen, une responsable du parti d'extrême droite Britain First. Ces trois vidéos non sourcées, montrent de présumés délits commis par des personnes présentées comme musulmanes, sans aucun contexte.

Des messages partagés par le chef d'Etat américain et qui ont provoqué l'indignation de la classe politique au Royaume-Uni. De nombreux députés ont condamné l'écho apporté à des tweets "haineux" et "colporteurs de mensonges". Certains élus ont demandé au gouvernement d'annuler la visite du président des Etats-Unis, prévue en 2018. Le 10 Downing Street a répondu que le président américain avait commis "une erreur". Franceinfo raconte ce faux pas diplomatique.

Donald Trump partage trois vidéos sur Twitter

Les trois vidéos, publiées et republiées depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, ont été tweetées par Jayda Fransen, vice-présidente du parti d'extrême droite Britain First et sont respectivement intitulées : "Un immigré musulman tabasse un Néerlandais en béquilles !", "Un musulman détruit une statue de la Vierge Marie !" et "Foule islamiste pousse un adolescent du toit et le bat à mort !"

La dernière vidéo date de 2013 et a été filmée en Egypte durant des manifestations contre l'ex-président Mohamed Morsi ; elle a été utilisée dans le procès d'un homme ayant participé aux violences. Sur les réseaux sociaux, elle circule surtout sur les comptes de partisans d'extrême droite et est montrée sans aucun contexte. L'origine des deux autres séquences reste floue. La porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a estimé que leur véracité n'était pas le sujet : "La menace est réelle, c'est ce dont parle le président : le besoin de sécurité nationale et de dépenses militaires. Ce sont des choses très réelles, il n'y a rien de faux à ce sujet".

La responsable du parti d'extrême droite Britain First, Jayda Fransen, s'est félicitée de ce relai apporté à ses messages : "Que Dieu vous bénisse Trump ! Qu'il bénisse l'Amérique", a-t-elle écrit avant d'assurer qu'elle "risquait la prison pour avoir critiqué l'islam" et que "la Grande-Bretagne est conforme à la Charia".

Fondé en 2011 par d'anciens membres du Parti national britannique (BNP), Britain First n'a gagné aucun mandat électoral et a fait des musulmans l'une de ses principales cibles. Sur son site (en anglais), le parti demande l'expulsion du Royaume-Uni de tous les immigrants illégaux et propose d'offrir des bourses "généreuses" aux Britanniques d'origine étrangères souhaitant quitter le pays.

Downing Street condamne "une erreur"

A Londres, la classe politique a réagi jusqu'au 10 Downing Street. Le président américain a commis "une erreur", a déclaré un porte-parole de la Première ministre Theresa May. "Britain First cherche à diviser les communautés en usant de propos haineux qui colportent des mensonges et attisent les tensions."

Indignation également chez les travaillistes, dont beaucoup regrettent que le dirigeant américain ait offert une tribune mondiale au parti d'extrême droite. "Trump a légitimé l'extrême droite dans son propre pays, maintenant il essaie de faire de même dans le nôtre", a dénoncé Brendan Cox, mari de la députée travailliste Jo Cox, assassinée en 2016 par un extrémiste. L'homme aurait crié à plusieurs reprises lors du crime "Britain First".

Les retweets "sont abjects, dangereux et une menace pour notre société", a déclaré Jeremy Corbyn, le chef du parti travailliste.

Jo Swinson, le chef des députés du parti libéral démocrate, a dénoncé les "opinions atroces" du président Trump, "incroyablement dangereuses" pour "quelqu'un ayant sa position" et a demandé que le président fasse une "faveur au monde" en supprimant son compte Twitter.

Des élus britanniques demandent l'annulation de la visite de Donald Trump en 2018

Certains élus britanniques vont plus loin et demandent à Theresa May d'annuler la venue de Donald Trump, prévue en 2018. "Le président américain vient juste de retweeter une Britannique fasciste convaincue. Theresa May doit immédiatement le condamner, nous ne pouvons pas rester ainsi et regarder Donald Trump propager sa haine", écrit la députée écologiste Caroline Lucas.

Son confrère travailliste Chuka Umunna renchérit et demande à ce que la Première ministre annule la visite du président américain, qui promeut la "propagande raciste d'extrême droite" du parti Britain First.

Le député écossais du SNP (Scottish National Party) Ian Blackford estime de son côté que ces messages prouvent que le président américain n'a pas à venir au Royaume-Uni.

Dans un communiqué, cité par The Guardian (en anglais), le 10 Downing Street ne répond à cette demande mais rappelle que Jayda Fransen a été reconnue coupable en novembre de harcèlement aggravé pour avoir insulté une femme musulmane qui portait le hijab. La Première ministre a rappelé que Londres s'opposait à cette "rhétorique d'extrême droite (...) à l'opposé des valeurs du pays".

Donald Trump réplique sur Twitter

Donald Trump a sèchement répondu mercredi soir aux critiques de Theresa May. "Ne vous focalisez pas sur moi, focalisez-vous sur le terrorisme islamique radical destructeur à l'intérieur du Royaume-Uni. Tout va bien pour nous !" a tweeté Donald Trump à l'intention de la dirigeante du Royaume-Uni. Il s'y est même pris à deux fois après s'être trompé dans un premier tweet sur l'orthographe du compte officiel de Theresa May.