Assemblée générale de l'ONU : Donald Trump va défendre "le rapport de force permanent dans les négociations"

Donald Trump prononcera un discours mardi devant l'assemblée générale des Nations unies. Selon Corentin Sellin, professeur agrégé d'Histoire et spécialiste des États-Unis, le président américain va défendre sa "méthode du rapport de force permanent dans les négociations".

Donald Trump signe un accord commercial avec le président sud-coréen Monn Jae-in, le 24 septembre 2018, à la veille de l\'ouverture de la 73e assemblée générale des Nations unies.
Donald Trump signe un accord commercial avec le président sud-coréen Monn Jae-in, le 24 septembre 2018, à la veille de l'ouverture de la 73e assemblée générale des Nations unies. (NICHOLAS KAMM / AFP)

Dans son discours devant l'assemblée générale des Nations unies, le président américain Donald Trump va défendre, mardi 25 septembre, sa "méthode du rapport de force permanent dans les négociations", a expliqué lundi 24 septembre sur franceinfo Corentin Sellin, professeur agrégé d'Histoire, spécialiste des États-Unis.

Selon lui, le chef de la Maison Blanche est dans la "recherche du rapport de force dans le bilatéral". Corentin Sellin rappelle également que cela fait "trente ans" que Donald Trump dénonce le fait que "les États-Unis servent de banque sans esprit et sans cervelle au monde entier".

franceinfo : Comment expliquer le changement d'attitude de Donald Trump depuis l'année dernière vis-à-vis notamment de la Corée du Nord, ennemie hier, amie aujourd'hui ?

Corentin Sellin : C'est un point que Donald Trump va souligner dans son discours demain. C'est le succès de la méthode Trump. Il va vouloir l'appliquer à autre chose. "J'ai parlé fort et voyez : Kim Jong Un est quelqu'un de formidable et qui veut bien traiter avec moi". C'est le fil qu'il veut tirer autour de deux axes. D'une part la défense de cette méthode du rapport de force dans les négociations, de rapport de force permanent, de recherche du rapport de force dans le bilatéral. Et il y a par ailleurs la défense des intérêts américains et uniquement américains par rapport à des intérêts multilatéraux ou alliés. Depuis un an, l'administration Trump a multiplié les signes de mépris à l'égard des Nations unies. Aujourd'hui, il est un peu maître de cérémonie, il préside le Conseil de sécurité, il accueille les chefs d'Etat à New York. Mais sur le fond, c'est une institution qu'il déteste.

Donald Trump est dans une guerre commerciale permanente avec les autres Etats. C'est dans ses convictions les plus profondes ?

Il ne faut jamais oublier qu'avant d'entrer en politique, la première incursion dans le champ public de Donald Trump, c'est en 1987. Il achète une page de publicité dans le New York Times où il publie une tribune dans laquelle il dénonce les excédents commerciaux que le Japon entretenait aux dépens des États-Unis. Il y a chez lui cette idée très instinctive, presque animale, que les partenaires commerciaux, grâce au libre-échange, s'enrichissent aux dépens des États-Unis, et que les États-Unis servent de banque sans esprit et sans cervelle au monde entier. Et il veut que cela cesse. Cela fait trente ans qu'il dit cela. Aujourd'hui, il est aux manettes et il applique cette doctrine-là. Aujourd'hui, le rival commercial, ce n'est plus le Japon, c'est la Chine, mais il y a cette conviction qui est ancrée chez lui.

Le premier interlocuteur, c'est le Japon, avec qui il va parler de commerce. Avec tous ces interlocuteurs, c'est la première chose qui est abordée ?

Le Japon craint énormément le rapprochement en cours entre la Corée du Sud et la Corée du Nord et craint un désengagement militaire des États-Unis en Asie de l'Est. Donald Trump a souvent répété qu'il ne voyait pas pourquoi les États-Unis continueraient à payer aussi cher la défense du Japon qui était un partenaire commercial et stratégique adulte. Il y a chez Donald Trump cette idée, "je prends chaque interlocuteur l'un après l'autre et je lui présente ce que je pense être, ce qu'il doit aux États-Unis et ce que les États-Unis estiment devoir payer".