Pour les jeunes Américains, la banlieue c'est morose

Le rêve américain, imaginé il y a 60 ans, ne se vit plus dans les «suburbs». Fini l'image d'Epinal de la grande maison, la pelouse verte, les enfants et la voiture. Les jeunes trentenaires préfèrent désormais les centres villes réhabilités et plus attractifs.

Bethsada, banlieue de Wahington (janvier 2014).
Bethsada, banlieue de Wahington (janvier 2014). (AFP)
Pour la première fois depuis l'invention de la voiture, 2011 a été une année noire pour les banlieues américaines. 27 des 51 plus grosses villes ont ainsi vu leur population croître au détriment des chics mais trop calmes Suburbs. «Avec l'émergence de la classe moyenne dans les années 50 et 60, le rêve américain a pris la forme d'une grande maison avec un jardin, deux enfants et la voiture», explique Leigh Gallagher dans son livre La fin des banlieues : où le rêve américain se déplace-t-il?

«Chacun s'est installé dans sa petite impasse semblable en tous points à celle de ses voisins, sur des kilomètres et des kilomètres. Pendant des décennies, cela a été notre seul modèle d'urbanisme, jusqu'à très récemment où a commencé à émerger un intérêt pour la vie citadine.» 

Selon un article du magazine italien Il Ghirlandaio, «la hausse du prix du carburant, la fatigue due aux embouteillages, la multiplication des divorces ou la récente crise immobilière poussent de plus en plus d'Américains à opter pour des environnements plus urbains». Ainsi, Justine Poshuszny Bello a décidé, à 30 ans, de quitter la banlieue pour élever son enfant dans le centre de Washington. Un parcours inverse de celui de sa mère. «Le facteur décisif a été la voiture : j'avais horreur de devoir conduire partout, je voulais pouvoir me promener sur les trottoirs, rencontrer des gens dans la rue, me rendre à pied à l'école ou au supermarché.»

Justine est une Millenial, cette génération des 25/35 ans qui est en train de redessiner le paysage américain. Face à ces changements sociaux, certaines banlieues font de la résistance et se lancent dans de vastes projets de réhabilitation. Car les Millenials constituent une véritable manne financière.

A Montgomery, dans le Maryland, les trentenaires ne représentaient plus que 19% de la population de cette banlieue huppée en 2011. Depuis, une «Task Force» s'est mise en place pour éviter que Montgomery ne devienne une banlieue dortoir.
«Le comté a réalisé qu'il lui fallait assurer sa future santé fiscale», explique Heather Dlhopolsky, présidente de cette «Task Force». «Nos Millenials, dont l'éducation a coûté des milliards au comté, déménagent vers des coins plus branchés comme Washington, et emportent avec eux les impôts qu'on aurait pu percevoir sur leur salaire et leurs dépenses de loisirs.»

Pour Alain Pohoryles, propriétaire d'un restaurant situé à Bethesda, l'une des banlieues les plus riches des Etats-Unis, «ces jeunes exilés ont tous un point commun. Ils déménagent car ils veulent sortir à pied dans les quartiers branchés avec des bars et des clubs». Urbanistes, commerçants, responsables locaux des Suburbs commencent à comprendre l'enjeu de cette fuite des jeunes bobos. Ils cherchent à présent à réinventer la banlieue. Leurs propositions sont variées : scènes musicales, élargissement des trottoirs, construction de lieux de rencontre sur les places ou encore pistes cyclables. 

Cela faisait 60 ans que les Américains affluaient vers les banlieues résidentielles. Aujourd'hui, avec la recherche d'une vie plus «cool», on assiste à un retour de balancier. Selon Courrier International, «de nos jours, lorsque Hollywood cherche un décor pour y camper l'inhumanité, le désespoir ou la déchéance morale, c'est souvent vers les banlieues que son regard se tourne. Il suffit pour s'en convaincre de regarder les séries télévisées Les Soprano ou Desperate Housewives