Mort de Charles Manson : "C'était une sorte d'incarnation du mal" qui "voulait être une pop star"

Le romancier Simon Liberati est revenu, lundi pour franceinfo, sur le personnage du meurtrier américain Charles Manson, décédé, à qui il a consacré un livre intitulé "California girls".

Le meurtrier Charles Manson, le 29 mars 1971, avant d\'entendre sa condamnation à mort, prononcée par le tribunal de Los Angeles (Etats-Unis).
Le meurtrier Charles Manson, le 29 mars 1971, avant d'entendre sa condamnation à mort, prononcée par le tribunal de Los Angeles (Etats-Unis). (UPI)

Le meurtrier américain Charles Manson est mort à l'âge de 83 ans, a annoncé l'administration pénitentiaire de Californie, lundi 20 novembre. L'ancien gourou avait été condamné pour avoir ordonné aux disciples de sa secte, la Manson Family, de commettre des meurtres, dont celui en 1969 de l'actrice Sharon Tate. Le romancier Simon Liberati a consacré un livre, California girls, à cette secte. Il a décrit, lundi sur franceinfo, Charles Manson comme "une sorte d'incarnation du mal", qui "voulait être une pop star".

franceinfo : Qu'évoque Charles Manson aux États-Unis et dans le monde entier ?

Simon Liberati : Manson est la figure du mal depuis la fin des années 1960, depuis le meurtre de Sharon Tate. Il a pris une place assez considérable dans l'imaginaire américain et international. Aujourd'hui, sur Internet, vous avez une pléthore de sites qui sont consacrés à Manson. C'est une sorte d'incarnation du mal. Mais (...) l'affaire Manson repose entièrement sur le travail de Vincent Bugliosi qui était le procureur de l'affaire qui a construit la culpabilité de Manson. Manson a toujours nié qu'il avait donné l'ordre à ces filles de tuer qui que soit. Il est resté enfermé dans une construction perverse. C'est surtout le procès qui a marqué, avec des images d'eux avec les croix sur le front, les crânes rasés, etc.

Il voulait aussi faire assassiner des gens dans le but de provoquer un conflit racial aux États-Unis ?

Le but était de faire accuser les Black Panthers, qui étaient à l'époque des activistes noirs assez violents. Il était très raciste, voulait faire accuser les Black Panthers, et avait laissé des inscriptions avec le sang des victimes sur les murs. Il utilisait le vocabulaire des Black Panthers, comme le mot "pig" pour désigner la police ou les Blancs. Il avait une idée paranoïaque de vouloir déclencher une guerre raciale. C'était par ailleurs un enfant de la prison : à 12 ans, Charles Branson connaît la maison de correction, puis ensuite la prison. Il s'est construit dans une logique paranoïaque très forte.

On l'appelle souvent "le psychopathe". Comment un tel psychopathe a-t-il pu avoir une aura au point d'avoir une communauté autour de lui ?

Il avait un sens de l'image. C'était une pop star. Il voulait être une pop star. Il avait été proche des Beach Boys et de son producteur dont il voulait d'ailleurs se venger quand il a déclenché l'attaque contre la propriété de Cielo Drive, où Sharon Tate a été assassinée. Quand il arrive au tribunal, avec les filles qu'il a enjôlées et entraînées dans son sillage, ils ont un comportement de groupe rock. Forcément, ça a marqué énormément l'imaginaire. Ce qui était considéré comme la jeunesse, qui était innocente et qui faisait des happenings, des choses assez plaisantes, est devenu l'incarnation du mal. Il y a à cet égard un retournement à partir du procès Manson en 1970. Le hippie devient une sorte de criminel. Cela a été un retournement considérable. La culture rock, le punk, se sont beaucoup servi des images de Manson avec sa croix sur le front. Il avait une croix d'abord, il l'a transformée en croix gammée ensuite...