Cet article date de plus de neuf ans.

L'usage des drones selon Obama

L'usage par les Etats-Unis de drones sans pilote dans des opérations d'élimination ciblée est de plus en plus décrié. Victimes civiles collatérales, déni du droit international, l'Amérique d'Obama dans sa lutte effrénée contre le terrorisme a pris bien des libertés. Mais aujourd'hui, Washington annonce un recadrage.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un missile tiré depuis un drone Predator (DR)

En septembre 2011, un imam radical, Anwar al-Awlaqui, était tué dans une attaque de drones, au beau milieu du Yémen. Cet homme était accusé par Washington de diriger une officine islamiste. Comme il était citoyen américain, certains ont dénoncé une exécution arbitraire, sans qu'aucun tribunal ne se soit prononcé sur sa culpabilité. Il ne faisait l'objet d'aucune recherche par la police. Il n'était même pas soupçonné d'avoir pris part à une opération terroriste.

Nos confrères de Radio-Canada sont revenus en détail sur ce dossier dans leur magazine Une heure sur terre de mars 2013. En voici un extrait.


Cette affaire plante le décor. L'usage de drones armés dans des attaques ciblées n’a cessé de croître avec l’arrivée au pouvoir d’Obama. New America foundation établit une liste de 355 frappes sur le Pakistan depuis 2004, dont 122 pour la seule année 2010. Le Yémen est un peu moins touché avec 69 attaques en dix ans. Des attaques qui augmentent et sont de plus en plus dénoncées.

D'une part, les populations victimes de ces attaques ne sont pas toujours, loin s’en faut, des terroristes. Le Pakistan, notamment, s'est plaint régulièrement des frappes sur les zones tribales de la frontière avec l'Afghanistan. 3000 personnes auraient perdu la vie, dont un tiers de victimes collatérales.
 
D'autre part, ces usages d'avions sans pilote se font dans le déni du droit international. L'espace aérien est traversé sans autorisation, et l'exécution d'un homme sur un territoire étranger n'est, ni plus ni moins, qu'un assassinat.
 


Or, Barack Obama vient sensiblement d'infléchir sa position. Jusque là, l'Amérique, au nom de la lutte sans relâche contre le terrorisme, s'accordait le droit de «liquider» qui bon lui semblait.
Dans son discours du 23 mai 2013, le président américain reconnaît qu'il faut sévèrement encadrer cette pratique par un nouveau mémorandum. «Les Etats-Unis n’utilisent pas de frappes lorsque nous avons la possibilité de capturer des terroristes, notre préférence est toujours de les capturer, de les interroger et de les poursuivre en justice», a déclaré Barack Obama.
 


Peut mieux faire, réagit le Pakistan. Partout dans le pays, on considère que les déclarations d'Obama représentent bien peu, et arrivent bien trop tard. Cité par Foreign Policy, le gouvernement pakistanais rappelle qu'il a «toujours considéré que les frappes par drone sont contre-productives. Qu'elles violent les principes de souveraineté nationale et les lois internationales».

De plus, si le recadrage du président américain apparaît comme une réaction à une certaine dérive, il ne répond pas à toutes les problématiques. En particulier, qui donne l’ordre des attaques, la CIA ou l’armée?
Car chacun possède sa flotille. La CIA souhaiterait même l’accroître d’un bon tiers afin, dit-elle, de maintenir son niveau d’attaque au Pakistan et au Yémen, et de couvrir d’autres régions en Afrique.

Or, dans son discours sur le contre-terrorisme, Obama n’a pas parlé de la reprise en main par le Pentagone des opérations de la CIA sur le Pakistan. On imagine la lutte d’influence que doivent se livrer les deux structures afin de conserver leurs prérogatives. 
Au sein même du Parti démocrate, les voix s'élèvent pour demander plus de transparence et l'arrêt de ces exécutions à distance. Ramener la CIA à son rôle de centrale de renseignement, lui interdire l'opérationnel, pourrait apporter un peu de clareté.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Etats Unis d'Amérique

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.