Plan de relance de Joe Biden : "Les États-Unis font un pas en direction du modèle européen", analyse l'économiste Jean Pisani-Ferry

Jean Pisani-Ferry salue le "remarquable démarrage" de la présidence Biden "après le chaos des derniers mois de la présidence Trump, et la présidence Trump en général". Le démocrate s'affiche "plus radical" qu'Obama et Clinton en proposant de rompre "avec un certain nombre de tabous" qui s'étaient instaurés aux États-Unis.

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L'économiste Jean Pisani-Ferry, le 11 janvier 2019 sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Cent jours après son arrivée au pouvoir, Joe Biden a présenté sa feuille de route fiscale hier, devant le Congrès. Le président américain souhaite notamment taxer les plus riches et les entreprises pour relancer l'économie. "Les États-Unis font un pas en direction du modèle européen", analyse jeudi 29 avril sur franceinfo, Jean Pisani-Ferry, économiste, chercheur et architecte du programme économique d'Emmanuel Macron.

franceinfo : Joe Biden va donc effacer les baisses d'impôts pour les plus riches, décidées par son prédécesseur Donald Trump. Il augmente leurs impôts. Il promet de doubler également la taxation du capital. Est-ce que la France doit s'en inspirer ?

Jean Pisani-Ferry : D'abord, il ne revient pas totalement sur les mesures de Trump. Il rehausse l'impôt sur les sociétés mais ne revient pas complètement sur les baisses d'impôts.

"Joe Biden cherche à trouver un point d'équilibre."

Jean Pisani-Ferry, économiste

à franceinfo

Les États-Unis font un pas ou quelques pas en direction du modèle européen, quand il dit par exemple que l'on va développer les congés payés, que l'on va s'assurer que l'éducation sera accessible à partir de 3 ans. Mais aussi, quand il dit qu'on doit pouvoir aller à l'université sans payer. Bon, tout cela est très en retard par rapport au modèle européen. Donc, nous ne croyons pas quand même que tout ce que fait Biden est un exemple à suivre.

Est-ce qu'il faut tout de même ouvrir le débat sur une taxation plus forte sur les hauts revenus en France ?

Oui. Je pense que ce débat est tout à fait nécessaire sur la question de savoir qui a subi les effets de cette crise et qui devra payer le moment venu, parce que cette crise était extraordinairement inégalitaire.

"Les hauts revenus, de manière générale, ont été beaucoup mieux préservés. Donc, c'est parfaitement normal de se demander comment est-ce qu'on répartit la charge."

Jean Pisani-Ferry

à franceinfo

Simplement, je pense que ce sera un débat de la campagne présidentielle. On est encore aujourd'hui dans la question immédiate de la sortie de cette crise et le soutien à l'économie, etc. Et que effectivement, les sujets fiscaux en France sont un peu prématurés.

Joe Biden veut également la création d'un impôt mondial pour les multinationales. Aucune des entreprises qui ont des ramifications sur la planète ne pourrait payer moins de 21% d'impôts. Vous venez de signer Jean Pisani-Ferry avec d'autres économistes dans le journal Le Monde au gouvernement Français de reprendre cette mesure. Est-ce qu'elle signerait la fin des paradis fiscaux ?

Elle pourrait, oui. C'est bien pour cela qu'il faut la soutenir. C'est très important. Ce que dit l'administration Biden est que vous pouvez loger vos profits où vous le voulez mais que de toute façon vous serez taxés à 21 %. Je pense que d'abord, c'est une question européenne. C'est quelque chose qui se négocie à l'OCDE. En France, on ne pourrait pas faire la même chose. Mais il faut absolument que les pays européens s'unissent pour un accord international.

On dépeignait pendant la campagne présidentielle, Joe Biden, comme quelqu'un d'un peu mou. Il est finalement plus radical que cela ?

Il est plus radical et remarquablement organisé. En cent jours, il a fait déjà énormément de choses et il a fait énormément d'annonces. Donc, c'est remarquable comme démarrage après le chaos des derniers mois de la présidence Trump, et la présidence Trump en général. Alors oui il est plus radical car par rapport à ses prédécesseurs démocrates, c'est-à-dire Obama et Clinton, il prend ses distances avec le centrisme. Il rompt avec un certain nombre de tabous qui s'étaient instaurés aux États-Unis sur la question de la fiscalité, sur la question du rôle de l'Etat, il est beaucoup plus radical aussi sur les questions de transition écologique, même s'il n'en fait pas assez. Au fond, il veut faire oublier Trump. Il veut montrer que les démocrates sont capables de prendre en charge toutes les frustrations, tous les dommages de la classe moyenne.

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