Etats-Unis : Michelle Carter condamnée à 15 mois de prison pour avoir poussé son petit ami au suicide

Le jour des faits, la jeune femme avait ordonné, par téléphone, à son petit ami, garé sur le parking d'un supermarché, de passer à l'acte à l'aide d'une pompe pour remplir son véhicule de monoxyde de carbone.

Michelle Carter durant son procès, le 3 août 2017 à Taunton dans le Massachusetts (Etats-Unis). 
Michelle Carter durant son procès, le 3 août 2017 à Taunton dans le Massachusetts (Etats-Unis).  (MATT WEST/AP/SIPA / AP)

Ses textos l'ont conduit à se donner la mort. Une jeune américaine de 20 ans qui avait poussé son petit ami au suicide a été condamnée jeudi 3 août à deux ans et demi de prison (30 mois), dont 15 mois ferme, par un juge du tribunal pour enfants de Taunton dans le Massachusetts (Etats-Unis). Michelle Carter effectuera les 15 mois restants de sa peine sous le régime de la liberté conditionnelle, a indiqué le juge Lawrence Moniz. Elle avait été reconnue coupable le 16 juin dernier, mais sans connaître encore la durée de sa peine. 

"Retourne dedans"

Le 12 juillet 2014, son petit ami Conrad Roy, 18 ans à l’époque, est retrouvé mort dans sa camionnette garée dans le parking d’un supermarché, près d’une pompe à eau qu’il a utilisée pour remplir son véhicule de monoxyde de carbone. Lors de l’enquête, il est établi que sa petite amie Michelle Carter, âgée à l’époque de 17 ans, avait encouragé les pulsions suicidaires du jeune homme par de nombreux SMS. Plus grave, alors qu’il était en train de remplir son véhicule du gaz toxique, Conrad Roy sort de la camionnette et téléphone à son amoureuse. Laquelle lui aurait répondu "retourne dedans !" selon une conversation retranscrite par l’accusation. Conrad Roy s’exécutera, tout en restant en ligne avec sa petite amie, qui l’entendra suffoquer. Pour le juge, c’est ce comportement "vicieux et dangereux" qui a "causé la mort" du jeune homme.

La défense comptait beaucoup sur le témoignage du psychiatre Peter Breggin, qui a décrit en détails les médicaments que prenait Michelle Carter, traitée dès l'âge de 14 ans pour dépression. Elle a ainsi pris le célèbre anti-dépresseur Prozac pendant huit mois, avant que la dose ne soit réduite, puis le traitement arrêté et recommencé à nouveau. Selon ce médecin, le traitement l'aurait "involontairement intoxiquée", causant chez la jeune fille des délires mégalomanes qui l'incitaient à penser qu'elle seule pouvait mener Conrad Roy vers la mort. Mais le juge Moniz a estimé que ce témoignage ne suffisait pas à oblitérer "l'intentionnalité" du comportement de Michelle Carter.

Michelle Carter reste libre 

Dans la foulée du verdict, la défense a indiqué que la jeune femme souhaitait faire appel et obtenu du magistrat que l'exécution de la peine soit suspendue jusqu'à l'issue du procès en appel. Michelle Carter reste donc libre. Dans sa décision, le juge Moniz a souligné que l'affaire était jugée devant une juridiction pour mineurs ce qui nécessitait, selon lui, de parvenir à un "équilibre" dans la décision, "entre la réhabilitation" et "la sanction pour les actions" commises.

A la lecture du jugement, Michelle Carter n'a pas eu de réaction marquée, mais elle affichait depuis le début de l'audience un visage fermé, les yeux mi-clos, pleurant à plusieurs reprises.