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Des diplomates américains dénoncent le décret anti-immigration de Trump : "Cela pourrait bien être une première"

Près de 1 000 membres du département d'Etat ont signé un mémo protestant contre le décret. Franceinfo a interrogé un ancien diplomate américain pour mieux comprendre l'importance de cette initiative.

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Propos recueillis par - Marie-Violette Bernard
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des opposants au décret anti-immigration de Donald Trump manifestent à l'aéroport de Los Angeles (Californie, Etats-Unis), le 29 janvier 2017. (KONRAD FIEDLER / AFP)

C'est une situation quasi inédite aux Etats-Unis, selon Politico (en anglais). Près de 1 000 diplomates américains ont signé un mémo s'opposant au décret anti-immigration de Donald Trump, a rapporté le Washington Post (en anglais), lundi 30 janvier. "Ce [texte] est en opposition avec les valeurs américaines et constitutionnelles fondamentales que nous, en tant qu'employés du gouvernement fédéral, avons promis de défendre", écrivent-ils. Un juge américain a suspendu le décret, vendredi 3 février, mais le gouvernement a promis de déposer une "injonction d'urgence" pour faire appliquer cette mesure.

Franceinfo a interrogé Ronald E. Neumann, président de l'association d'anciens diplomates The American Academy of Diplomacy (en anglais) et ancien ambassadeur américain en Algérie, au Bahreïn et en Afghanistan, pour mieux comprendre l'importance de ce mémo.

Franceinfo : Comment fonctionne le "canal de dissidence" utilisé par les diplomates américains pour protester contre le décret anti-immigration ?

Ronald. E. Neumann : Le "canal de dissidence" a été créé à l'époque de la guerre du Vietnam, dans les années 1960. Il permet aux diplomates américains d'écrire un message aux hauts responsables du département d'Etat, en cas de désaccord avec la politique étrangère du gouvernement.

Le "canal de dissidence" est toutefois censé être un moyen de communication interne. Si les diplomates peuvent exprimer leur opinion auprès de leurs responsables, ils doivent défendre la politique du gouvernement en public. C'est pourquoi je pense qu'il n'était pas opportun de rendre ce mémo public, car cela donne l'impression que les diplomates refusent d'appliquer le décret et ne respectent pas leur administration.

La Maison Blanche a répondu que les diplomates devaient "soit appliquer le programme, soit partir". Peut-il y avoir des sanctions contre les signataires du mémo ?

Le règlement du département d'Etat empêche toute sanction contre les diplomates qui ont recours au "canal de dissidence". Les ambassadeurs qui l'utilisent ne peuvent, par exemple, pas être démis de leur fonction pour cette raison. Contrairement à ce qu'a sous-entendu [le porte-parole de la présidence] Sean Spicer, la Maison Blanche ne peut donc pas forcer les diplomates à partir.

Ce mémo est soutenu par près de mille signataires : est-ce qu'il peut avoir un impact sur la politique de Donald Trump ?

J'ai vu plusieurs mémos postés sur le "canal de dissidence" durant ma carrière d'ambassadeur. Mais je ne me souviens pas avoir vu autant de diplomates signer un message. Ce pourrait bien être une première ! Est-ce que cela signifie que que ce canal sera utilisé plus souvent sous Donald Trump que lors des précédentes présidences ? Cela reste à voir. Les mémos dissidents sont plus fréquents lorsqu'il y a des désaccords majeurs sur la politique étrangère du gouvernement.

Ce message n'a toutefois pas grande importance pour l'administration Trump, car l'application ou le retrait définitif du décret sur l'immigration sera décidé par une cour de justice. Dans le meilleur des cas, le gouvernement prendra en compte les suggestions faites par les diplomates pour décider de la politique qui sera mise en place à l'issue de 90 jours d'interdiction d'entrée sur le territoire prévus par le décret.

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