Ce que l'on sait des accusations de violences sexuelles qui visent Andrew Cuomo, le gouverneur de l'Etat de New York

Onze femmes accusent l'élu démocrate de les avoir agressées sexuellement. Les appels à la démission se sont multipliés dans son camp, jusqu'au président Joe Biden.

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Le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, le 26 mai 2020 dans le quartier de Wall Street, à New York. (JOHANNES EISELE / AFP)

L'un des élus les plus puissants des Etats-Unis est accusé de harcèlement sexuel. Le gouverneur démocrate de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, a "harcelé sexuellement plusieurs femmes, dont d'anciennes et actuelles fonctionnaires de l'Etat", conclut une enquête indépendante, dont le rapport long de 165 pages (en anglais) a été publié mardi 3 août. Les investigations ont été menées par la procureure de l'Etat de New York, Letitia James. Huit femmes avaient, depuis février, dénoncé des gestes et propos inappropriés d'Andrew Cuomo, 63 ans, qui est depuis dix ans à la tête de l'influent Etat de New York. L'élu, lui, dément ces accusations. Franceinfo vous explique quelles sont les conclusions et les conséquences de cette enquête.

Onze victimes d'agressions sexuelles

Dans le rapport, onze victimes racontent en détail leur rencontre avec le gouverneur, leurs échanges et les agressions qu'elles disent avoir subies. Parmi elles figurent d'anciennes et actuelles fonctionnaires de l'Etat de New York, dont une femme qui avait été affectée au service de protection du gouverneur, à la demande même d'Andrew Cuomo, après qu'il l'eut rencontrée en novembre 2017, décrit le rapport.

"Baisers et étreintes non désirées", "commentaires inappropriés", gestes déplacés, le rapport attribue une longue liste d'actes répréhensibles au gouverneur, accusé à plusieurs reprises d'avoir posé ses mains de manière indécente sur ses employées.

Un environnement de travail "toxique"

Selon les conclusions de l'enquête, le gouverneur et des membres de son personnel ont "aussi pris des mesures de représailles à l'encontre d'au moins une employée pour avoir témoigné", sur fond d'"environnement de travail toxique""C'était une culture où vous ne pouviez pas dire non au gouverneur", a résumé Joon Kim, l'un des responsables de l'enquête, qui s'exprimait aux côtés de la procureure lors d'une conférence de presse, mardi.

Certaines précautions ont même été prises pour protéger Andrew Cuomo. Par exemple, la chambre exécutive (le cabinet du gouverneur) a refusé de signaler les allégations de harcèlement d'une assistante exécutive, Charlotte Bennett, aux autorités compétentes, et a décidé à la place d'établir une pratique empêchant certaines femmes membres du personnel d'être laissées seules avec Andrew Cuomo.

Andrew Cuomo rejette les accusations

Le gouverneur avait longuement été entendu par les enquêteurs le 17 juillet. "Je n'ai pas touché quelqu'un de manière inappropriée et je n'ai pas fait de propositions sexuelles inappropriées", a affirmé le politicien dans une prise de parole face caméra diffusée sur son compte Twitter.

Durant cette intervention, il s'est employé à nier les accusations ou à les relativiser, affirmant notamment qu'il lui arrivait "d'embrasser les gens sur le front, sur la joue", ou de les étreindre, une habitude pour les mettre à l'aise, selon lui. Dans un document de 85 pages qu'il a ensuite fait diffuser pour se défendre, il joint des photos de l'actuel ou d'anciens présidents américains, Joe Biden, George W. Bush ou Barack Obama, serrant ou embrassant d'autres personnes.

"Je comprends maintenant qu'il y a des questions générationnelles ou culturelles que, franchement, je n'avais pas totalement saisies. Et j'ai appris de cela", a-t-il ajouté, dans un début de mea culpa. Il a notamment affirmé avoir fait appel à un expert pour établir de nouvelles règles et procédures en matière de lutte contre le harcèlement sexuel au sein de son administration.

Joe Biden et d'autres membres de son camp politique demandent sa démission

Malgré les dénégations d'Andrew Cuomo, les appels à la démission se sont multipliés dans son camp, jusqu'au président Joe Biden"Je pense qu'il devrait démissionner", a déclaré depuis la Maison Blanche le président des Etats-Unis, considéré comme un ami du gouverneur. En mars dernier, Joe Biden avait en effet estimé que l'élu devrait démissionner si les accusations de harcèlement sexuel le visant étaient confirmées. "Je pense qu'il sera alors probablement aussi poursuivi par la justice", avait-il ajouté.

La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a elle aussi demandé au gouverneur de quitter son poste, après la publication du rapport de la procureure.

Une enquête qui peut aboutir à la destitution du gouverneur

Une enquête pouvant mener à la destitution du gouverneur a d'ores et déjà été ouverte devant le Parlement de l'Etat de New York, et le chef de file des démocrates à la chambre basse, Carl Heastie, a promis mardi d'accélérer la procédure. Le procureur du comté d'Albany, la capitale de l'Etat, David Soares, a évoqué de son côté une "enquête criminelle en cours" et a encouragé d'éventuelles victimes à se faire connaître.

Vers la fin de sa carrière politique ?

Andrew Cuomo est gouverneur depuis 2011 de l'Etat de New York, où il a déjà été réélu en 2014 et en 2018. Il est pressenti pour se représenter en 2022, mais se retrouve de plus en plus fragilisé. Les conclusions de l'enquête précipitent dans une chute radicale cet homme politique expérimenté, qui s'était révélé comme une véritable vedette au plus fort de la crise du Covid-19 au printemps 2020, beaucoup reconnaissant sa compétence et sa poigne pour gérer la situation. Il a toutefois été accusé ces derniers temps d'avoir minimisé le bilan de l'épidémie dans les maisons de retraite de l'Etat.

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