Etats-Unis : trois choses à savoir sur la commission parlementaire qui enquête sur l'attaque du Capitole à partir de ce mardi

Sa composition crée des remous : deux républicains anti-Trump l'ont rejointe, alors que la candidature de soutiens fervents de l'ancien président a été rejetée.

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Des participants à l'attaque du Capitole affrontent les forces de sécurité le 6 janvier 2021 à Washington, aux Etats-Unis. (JOSEPH PREZIOSO / AFP)

Les images des partisans de Donald Trump envahissant le Capitole, siège des deux chambres du Parlement américain à Washington, le 6 janvier, n'ont pas fini de hanter la politique américaine. Une nouvelle commission, composée de membres de la Chambre des représentants, doit débuter ses auditions mardi 27 juillet. Elle aura pour mission d'éclaircir ce qui a provoqué et permis cette attaque par des manifestants dénonçant les résultats de l'élection présidentielle remportée par Joe Biden en novembre 2020.

La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a affiché son intention de ne pas ignorer la responsabilité politique de Donald Trump et ses soutiens dans l'incitation à l'insurrection, ainsi que la réponse inefficace des forces de sécurité. Sans surprise, cette commission ravive les tensions entre les démocrates et les républicains, dont des élus ont été écartés de la liste des participants. Franceinfo vous explique en trois points pourquoi il sera intéressant de suivre cette enquête.

Sa composition fait l'objet d'un bras de fer

Le casting de la commission n'était pas encore connu avec certitude lundi. Sa sélection agite Washington depuis le 30 juin, tout comme le vote approuvant sa création.

Théoriquement, elle aurait dû être composée de huit membres nommés par la majorité démocrate à la Chambre des représentants et de cinq membres proposés par l'opposition républicaine. Après avoir hésité à proposer des candidats, le leader des républicains, Kevin McCarthy, a finalement transmis cinq noms. Mais Nancy Pelosi a mis son veto à la présence de deux d'entre eux, Jim Banks et Jim Jordan. Dans un communiqué (en anglais) publié le 21 juillet, elle a justifié cette décision par la nécessité de préserver "l'intégrité de l'enquête", et des "inquiétudes concernant des déclarations et des actions" de ces deux élus. Ces deux fervents soutiens de Donald Trump avaient notamment voté contre la ratification des résultats de l'élection présidentielle remportée par Joe Biden, ceux-là même que contestaient les participants à l'attaque du Capitole. 

Dénonçant un abus de pouvoir, Kevin McCarthy a retiré ses trois autres candidats, alors que Nancy Pelosi assure qu'elle était prête à les accepter au sein de la commission d'enquête. Celle-ci devrait tout de même compter deux républicains, mais pas ceux que l'opposition attendait. Liz Cheney et Adam Kinzinger sont les deux élus les plus anti-Trump du parti, et les deux seuls à avoir voté en faveur de l'ouverture de cette enquête.

La commission se penchera notamment sur le rôle de Donald Trump et de ses alliés

La commission doit d'abord auditionner mardi des officiers de la police de Washington et du Capitole. Mais l'enquête ne devrait pas porter uniquement sur les failles du dispositif de sécurité. Dans son communiqué du 21 juillet, Nancy Pelosi expliquait que les investigations devaient permettre d'éviter qu'un tel événement se reproduise, mais aussi déterminer "qui a organisé cette attaque, qui a payé pour, comment ils ont presque réussi à renverser le résultat d'une élection présidentielle, [et] pourquoi ils l'ont fait".

Ce vaste programme n'épargnera sans doute pas un certain nombre de responsables politiques. Listant les questions qui restent en suspens, le New York Times (article en anglais) mentionne notamment la possibilité que "des membres du Congrès aient été impliqués dans l'organisation du rassemblement qui a précédé les violences", un de ses organisateurs ayant assuré avoir été aidé par trois élus républicains. Par ailleurs, "que faisait [Donald] Trump pendant l'attaque ?", interroge le quotidienCelui qui était alors président avait affirmé avoir demandé l'intervention de la garde nationale face aux émeutiers, mais son secrétaire d'Etat à la Défense dit ne pas avoir été en contact avec lui ce jour-là, souligne le New York Times. Dans un autre article (en anglais), le média américain précise que plusieurs élus démocrates ont affirmé que certains républicains avaient fait visiter le Capitole à des manifestants en amont de l'attaque, tout en leur fournissant certaines informations.

La portée de l'enquête et de ses conclusions pourrait cependant se heurter au fait qu'elle soit menée par des démocrates et des républicains anti-Trump. La création d'une commission réunissant les deux chambres du Parlement, qui aurait été composée à égalité de membres des deux grands partis, avait été bloquée par les républicains du Sénat. "Tout ce qui pourrait être révélé au sujet de l'assaut sur le Capitole sera probablement vu à travers un prisme partisan, une part significative du pays rejetant la réalité de ce qui aura été révélé", déplore le New York Times après ce vote.

Elle n'est pas la seule à enquêter

Si elle pourrait être la démarche la plus poussée sur le plan politique concernant les événements du 6 janvier, l'enquête n'est pas pour autant la première réponse à l'attaque du Capitole. Le deuxième procès en destitution de Donald Trump résultait déjà d'une accusation d'"incitation à l'insurrection". Le Sénat, alors majoritairement républicain, avait acquitté le milliardaire.

En juin, le Sénat a par ailleurs dévoilé les résultats d'une enquête menée par des membres de deux de ses commissions permanentes, issus des deux grands partis. Le rapport revenait sur les erreurs commises par les forces de l'ordre, mais pas sur ce qui a pu inciter les assaillants à s'en prendre au Capitole. La chambre haute du Congrès n'a pas créé de commission pour répondre spécifiquement à cette question.

Par ailleurs, la justice américaine continue de se pencher sur les responsabilités individuelles des participants à l'attaque. Le 24 juin, le département américain de la Justice a annoncé avoir arrêté au total 500 personnes depuis le début de son enquête.

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