Turquie : arrestation du rédacteur en chef du quotidien d'opposition "Cumhuriyet"

La police turque a arrêté le rédacteur en chef du journal d'opposition Cumhuriyet, Murat Sabuncu. Et les logements des dirigeants et rédacteurs du journal ont été visés par des perquisitions, selon la chaîne CNN Türk.

Un policier patrouille devant les locaux du journal \"Cumhuriyet\", à Istanbul (Turquie), le 14 janvier 2015. 
Un policier patrouille devant les locaux du journal "Cumhuriyet", à Istanbul (Turquie), le 14 janvier 2015.  (OZAN KOSE / AFP)

La police turque a arrêté le rédacteur en chef du quotidien d'opposition Cumhuriyet, a annoncé lundi l'agence de presse turque pro-gouvernementale Anadolu. De son côté, la chaîne CNN Türk (article en turc) affirme que treize mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de journalistes et responsables du journal. Ils ont également été visés par des perquisitions.

Ces mesures s'inscrivent dans le cadre de la vaste campagne de répression gouvernementale visant toute personne soupçonnée d'être liée à Fethullah Gülen, un prédicateur exilé aux Etats-Unis accusé par les autorités d'être à l'origine du coup d'Etat manqué du 15 juillet.

Murat Sabuncu a été arrêté et les autorités sont à la recherche d'Akin Atalay, le président du directoire, et du journaliste Guray Oz, explique Anadolu. Mais selon le Cumhuriyet, Guray Oz est déjà en détention. L'agence de presse progouvernementale précise que les domiciles d'Atalay et d'Oz ont été perquisitionnés.

Des liens avec Fethullah Gülen mais aussi avec des militants kurdes

D'après le journal pro-gouvernmental Sabah Daily, les opérations contre le Cumhuriyet entrent dans le cadre d'une enquête sur les activités de ce journal en lien avec le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, mais aussi aux relations des journalistes avec les séparatistes kurdes.

Une vaste purge a été déclenchée en Turquie après cette tentative de renversement du régime du président Recep Tayyip Erdogan qui a touché tous les secteurs, et notamment la presse, avec l'arrestation de dizaines de journalistes et la fermeture d'une centaine de médias.

Le prédécesseur de Sabuncu déjà condamné

Le prédécesseur de Sabuncu à la rédaction en chef du journal, Can Dündar, a été condamné à cinq ans et dix mois de prison pour divulgation de secrets d'Etat après avoir publié une vidéo montrant, selon le journal, une unité des services de renseignement turcs acheminant des armes par camions vers la Syrie en 2014.

Le journaliste a fui son pays après sa condamnation, dénoncée par des organisations de défense des droits de l'Homme. "La Turquie est devenue la plus grande prison de journalistes au monde", a-t-il déclaré la semaine précédente à Strasbourg, où le Parlement européen a dénoncé les atteintes à la liberté de la presse dans son pays et affirmé que la tentative de coup d'Etat ne devait pas servir de prétexte à un recul des droits démocratiques