ENQUÊTE FRANCEINFO. Attentat déjoué : comment la police a piégé la cellule terroriste à Strasbourg et Marseille

C'est le résultat d'une incroyable enquête qui a permis ce week-end le démantèlement d'une cellule terroriste à Strasbourg et Marseille. Il est question de traque pointue, de piège et de messages cryptés, selon les révélations mardi de franceinfo. 

L\'entrée des locaux de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, près de Paris, ici en juin 2015 (illustration)
L'entrée des locaux de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, près de Paris, ici en juin 2015 (illustration) (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

Le commando était prêt à passer à l'action sans doute en région parisienne et à Marseille. Sept personnes sont toujours en garde à vue, depuis dimanche 20 novembre, dans les locaux de la Sécurité intérieure à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Âgés de 29 à 37 ans et inconnus des services de renseignement, à l'exception d'un Marocain fiché dans son pays, ces hommes ont été interpellés à Strasbourg et à Marseille, à l'issue d'une traque hors-norme. Franceinfo vous raconte comment les forces de l'ordre ont piégé cette cellule terroriste.  

Un commando chargé de rentrer de l'argent par des prêts à la consommation

Tout commence en février dernier pour les hommes de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), l'antiterrorisme français. Ils sont prévenus d'un début de projet d'attentat contre l'Euro de football 2016. Des échanges cryptés sont détectés par les hommes du renseignement entre un membre du groupe Etat islamique basé en Syrie et de jeunes délinquants franciliens, connus des services de police pour des faits de droit commun, du trafic de stupéfiants ou des vols. Les enquêteurs viennent de mettre la main sur ce qui constitue une cellule logistique, un commando "financier", ayant pour mission de trouver de l'argent destiné à acheter des armes. La technique de ce groupe passe par l'utilisation de prêts à la consommation.

Une surveillance pointue de ce groupe est activée. Les agents de la DGSI attendent qu'il prenne contact avec une autre équipe, le commando "action". Mais c'est l'étanchéité la plus totale, aucune prise de contact n’apparait, rien ne bouge. A la veille de l'Euro de football, le 14 juin dernier, les services décident alors d'arrêter ce groupe, pour ne prendre aucun risque autour de la compétition. Cinq hommes sont interpellés, deux sont mis en examen et écroués.

Des armes dans une forêt pour piéger le réseau

La deuxième phase de l'enquête d'envergure est lancée. Il s’agit là d’une opération d'infiltration et de planque à haut risque. Les agents de la DGSI vont tendre un piège au commando "action", via le donneur d'ordre en Syrie, pour qu'il se dévoile. Ils proposent des armes au groupe, via leur interlocuteur en Syrie. Ces armes sont alors cachées dans une forêt en Ile-de-France. Les policiers appâtent ainsi le commando par le biais de messages cryptés.

Pendant des semaines, les enquêteurs planquent, camouflés dans cette forêt, près de Paris. Il ne se passe rien jusqu'au mois de novembre. Finalement, le donneur d'ordre syrien sort du bois et contacte des personnes en France. Des échanges sont interceptés par les services de renseignement, qui identifient un réseau à Strasbourg et Marseille. Sans attendre, les policiers procèdent alors aux interpellations.

Aujourd'hui, les enquêteurs sont convaincus d'avoir démantelé l'intégralité de la cellule. Il reste toutefois à mettre un nom sur le donneur d'ordre francophone basé en Syrie.