Réfugiées syriennes en Jordanie: le mariage pour survivre

En Jordanie, où le mariage des filles est possible dès l’âge de 15 ans, de plus en plus de jeunes réfugiées syriennes sont mariées par leurs parents. Un moyen pour ces derniers, qui pensent ainsi les mettre à l’abri, de récupérer un peu d’argent pour nourrir leurs familles.

Jeune Syrienne devant sa maison, dans le camp de Zaatari, le 18 mai 2013. Avec ses 160.000 réfugiés, ce camp est devenu la 5e ville de Jordanie.
Jeune Syrienne devant sa maison, dans le camp de Zaatari, le 18 mai 2013. Avec ses 160.000 réfugiés, ce camp est devenu la 5e ville de Jordanie. (AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI)
L'association caritative Kitab wa Sunna qui intervient à Zaatari – 160.000 réfugiés syriens qui ont fui la guerre civile qui déchire depuis plus de deux ans leur pays – dit recevoir des dizaines de demandes d'hommes venus chercher une épouse dans ce camp.
 
Vendeur d'électroménager dans Zaatari, Fares confirme: «Des Jordaniens et d'autres Arabes viennent souvent me demander si je connais des réfugiées syriennes à marier.»
 
L’ampleur du phénomène est difficile à quantifier mais, selon Dominique Hyde, représentante de l'Unicef en Jordanie, de nombreux signes montrent que le phénomène des mariages précoces se développe. D’autant plus que «dans toutes les situations d'urgence, les femmes et les jeunes filles sont exposées à un risque d'exploitation accru».
 
«Les Syriens expliquent que même si les mariages précoces étaient fréquents dans leur pays avant la crise, il y a des changements depuis leur arrivée en Jordanie. La principale nouveauté est l'écart d'âge croissant entre les époux», ajoute Mme Hyde.
 
La «Campagne nationale pour la protection des femmes syriennes» tire la sonnette d'alarme sur sa page Facebook face à «ces demandes en mariage d'Arabes du Golfe et d'autres régions motivées par des instincts purement sexuels». Le mouvement dénonce un «esclavage dissimulé» et «le commerce du sexe», facilités par des rabatteurs émiratis et des mafias locales, comme le montre Le Monde.
 

Certaines jeunes filles sont en effet «cédées» contre 2 à 3.000 euros à de riches Saoudiens, comme Aya, qui a épousé un homme de 70 ans avant d’être abandonnée un mois après.

Andrew Harper, porte-parole pour la Jordanie au Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés, déplore: «Nous n'avons pas assez de moyens pour aider les réfugiés.» Les autorités d’Amman disent accueillir au moins 500.000 Syriens sur leur territoire, parmi lesquels 70% sont des femmes et des enfants, selon l'ONU.

Selon Andrew Harper, «beaucoup n'ont pas l'habitude d'aller chercher du travail. Du coup, le "sexe pour survivre" devient une option envisageable»
 
Le ministère jordanien de l'Intérieur relativise et parle de chiffres «dans la moyenne»: 1.029 mariages contractés entre des Jordaniens et des Syriennes depuis l'arrivée des premiers réfugiés dans le royaume en 2011. Et «331 Syriennes mariées à des non-Jordaniens».
 
Une situation qui ne préoccupe guère ni les autorités ni certains Syriens, comme cet ancien membre de la Sécurité du régime de Damas qui va jusqu’à défendre ces mariages précoces: «Dans la tradition syrienne, il est normal qu'une fille se marie à 16 ans. Si à 20 ans, elle est toujours célibataire, elle se fera traiter de  vieille fille»... 

Robes de mariée dans une boutique du camp jordanien de Zaatari.
Robes de mariée dans une boutique du camp jordanien de Zaatari. (AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI)