Cessez-le-feu en Syrie : "Les Turcs atteignent leurs objectifs", selon un spécialiste des questions militaires

Michel Goya, colonel à la retraite, est revenu pour franceinfo, sur le cessez-feu entre les Turcs et les Kurdes négocié par les Américains.

Des soldats turcs et des combattants syriens soutenus par la Turquie rassemblés dans la banlieue nord de la ville syrienne de Manbij, près de la frontière turque, le 14 octobre 2019.
Des soldats turcs et des combattants syriens soutenus par la Turquie rassemblés dans la banlieue nord de la ville syrienne de Manbij, près de la frontière turque, le 14 octobre 2019. (ZEIN AL RIFAI / AFP)

"Les Turcs atteignent leurs objectifs, de démilitariser toute cette zone frontière", a estimé Michel Goya, colonel à la retraite des troupes de marine, historien et spécialiste des questions militaires sur franceinfo vendredi 18 octobre, alors qu'un cessez-le-feu fragile a été conclu entre la Turquie et les Kurdes du nord-est de la Syrie.

franceinfo : Des échanges de tirs ont été entendus, dans le secteur de Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie : est-ce que ça veut dire que ce cessez-le-feu est bafoué ou simplement qu'il est fragile ?

Michel Goya : On est plutôt dans ce [deuxième] cas de figure. Tous les cessez-le-feu qu'il a pu y avoir dans la région ont toujours été très fragiles. Là, en l'occurrence, il y a beaucoup d'acteurs présents, beaucoup de forces, de milices, qui sont regroupés sous plusieurs bannières de part et d'autres, donc tout n'est pas forcément complètement contrôlable. Il n'y a pas que des Kurdes, des Turcs et l'armée syrienne, dans la région.

Il s'agit d'un cessez-le-feu provisoire, il deviendra permanent si dans cinq jours, les forces kurdes ont bien reculé au-delà de cette bande de terre, cette zone de sécurité qui était l'objectif des Turcs depuis le début. Ce sont des conditions qui n'étaient finalement pas très compliquées à accepter, pour les Turcs...

Oui, les Turcs atteignent leurs objectifs. Leur objectif c'est, d'une certaine façon, de démilitariser toute cette zone frontière, de faire en sorte qu'elle ne puisse pas servir de base arrière aux Kurdes du YPG qui sont considérés par les Turcs comme une association terroriste identique au PKK. Ils ne demandent pas mieux que le départ des forces kurdes de la région.

Comment comprendre la réponse des Kurdes qui acceptent, dans un premier temps, ce cessez-le-feu ?

Ce cessez-le-feu ne comprend que la région centrale, une région de 120 kilomètres à peu près, qui en réalité est surtout un peuplement arabe. Il ne faut pas imaginer toute cette bande de frontière occupée par des Kurdes. C'est une zone de peuplement arabe, qui a été conquise relativement facilement par les Turcs et que les Kurdes ne pouvaient pas tenir. C'est un état de fait que [constatent] les Kurdes, peut-être pour gagner du temps, pour eux, pour négocier ou mettre en œuvre l'accord qu'ils ont fait avec le régime de Damas.

Qui va faire respecter ce cessez-le-feu à terme ?

À terme on s'oriente, ce qui était tout à fait prévisible en réalité, vers un accord entre Damas, le régime d'Assad, et Erdogan, la Turquie, via probablement les Russes. L'objectif de la Turquie, c'est de neutraliser toute cette région, de neutraliser le YPG, que ce soit par une occupation de ses forces, ou que ce soit par le contrôle du régime de Damas, peu importe. La deuxième solution est même sans doute préférable pour les Turcs. Donc on s'oriente vers cette solution.