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A la frontière turque avec la Syrie, on ne croit pas au départ des combattants kurdes : "Ils ont tous leur maison là-bas, ils ne partiront pas"

Un accord entre la Russie et la Turquie prévoit un retrait total des forces kurdes de la zone turco-syrienne et un contrôle commun d'une large partie de la frontière. 

Article rédigé par
Eric Biegala et Gilles Gallinaro - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Vue de Qamishli (Syrie) depuis Nusaybin (Turquie) le 23 octobre 2019. Un mur construit par les Turcs entre 2014 et 2016 sépare les deux pays. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

A Nusaybin, une ville kurde de Turquie, tout le monde ou presque a de la famille en face, de l'autre côté de la frontière, à Qamishli, la grande ville kurde de Syrie. Et on ne croit pas que l'accord conclu mardi 22 octobre, demandant le repli de tous les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) bien en deçà de la zone frontière, puisse être appliqué. Ce "memorandum" conclu entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan prévoit un retrait total des forces kurdes et le contrôle commun d'une large partie de la frontière turco-syrienne. Le Kremlin a prévenu les combattants du YPG qu'ils seraient "taillés en pièces" par l'armée turque s'ils ne quittaient pas "volontairement" la zone frontalière dans les prochains jours.

Toute la famille de la femme de Shamir vit à Qamishli, côté syrien. "Les YPG, en face, sont tous des gens de Qamishli. Ils ont tous leur maison là-bas, ils ne partiront pas." Mohammed, lui, a un cousin qui se bat dans les rangs des YPG. Lui non plus ne croit pas une seconde à la disparition des miliciens kurdes à Qamishli. "Ils pourront toujours prétendre qu'il s'agit de forces non liées aux YPG. De toute façon, l'administration en ville et les forces de police resteront aux mains du parti." 

"On ne sait pas si on doit partir ou rester"

Mais Nusaybin n'est pas qu'une sorte de balcon où l'on regarderait le conflit par-dessus la frontière. L'opération lancée par Ankara le 9 octobre y a eu des répercussions directes, se souvient Ali, un commerçant. "L'opération avait commencé, le deuxième jour, on a reçu des bombes en ville. La seule chose de sûre, c'est qu'il y a eu 11 morts, dont six que je connaissais très bien."

Personne ne sait qui a tiré sur Nusaybin le 10 octobre, mais les élus locaux kurdes qui avaient monté une cellule de crise à la suite de ce bombardement, viennent tous d'être arrêtés et jetés en prison. Et nombreux sont ceux qui soupçonnent l'armée d'Ankara d'avoir elle-même tiré sur le centre-ville. Résultat, Ali se sent piégé, il ne sait plus quoi penser de l'accord de cessez-le-feu censé arrêter les combats sur la Syrie voisine. Une chose est sûre, il estime que cette guerre le concerne directement. "On ne sait pas si on doit partir ou rester. S'il y aura d'autres bombardements." 

En matière de bombardements, il y a un précédent beaucoup plus lourd encore à Nusaybin. En 2015, l'armée turque avait bombardé la ville pendant trois mois pour en déloger des combattants kurdes. Le bilan de cette opération de guerre de la Turquie sur son propre sol n'a jamais été publié.

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