Manifestations pro-Navalny en Russie : Vladimir Poutine "n'a pas beaucoup de personnes à craindre", estime l'historien Nicolas Werth

Selon ce défenseur des droits de l'homme, le président russe fait face à une opposition limitée de "quelques centaines de milliers, voire un million de personnes" principalement active sur les réseaux sociaux.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Vladimir Poutine, le président russe, prononce son discours annuel à la nation, à Moscou, le mercredi 21 avril 2021. (ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / POOL)

Les soutiens à l'opposant Alexeï Navalny, emprisonné et en grève de la faim depuis trois semaines, manifestent dans plusieurs villes de Russie mercredi 21 avril. Ils se mobilisent le jour où Vladimir Poutine prononce son discours annuel à la nation. Le président russe "n'a pas beaucoup de personnes à craindre", estime sur franceinfo Nicolas Werth, historien et président de l’association Mémorial France qui défend les droits humains en Russie, dans les pays de l'ex-URSS et du bloc de l’Est.

franceinfo : Est-ce que l'opposition russe se limite à Alexeï Navalny et à ses partisans, ou est-ce qu'elle arrive à s'organiser au-delà de lui ?

Nicolas Werth : Il est le prisonnier politique le plus médiatisé, l'un des centaines de prisonniers politiques dont on parle heureusement. Il faut comprendre que ce sont de très nombreux prisonniers qui sont aujourd'hui enfermés. L'opposition ne se limite pas à Navalny et ses partisans. Il y a des oppositions structurées dans des partis politiques, mais qui ne sont pas de véritables oppositions. S'il peut y avoir un contre-pouvoir très limité, c'est plutôt dans la sphère des ONG, très actives, mais dont la sphère d'activité est de plus en plus limitée, menacée par toute une série de lois qui ont été votées récemment à la Douma.

Est-ce que ce qui arrive à Alexeï Navalny et le bras de fer engagé avec le Kremlin participe à une plus forte mobilisation ? Est-ce que cela galvanise les opposants à Vladimir Poutine ?

Cela galvanise les réseaux sociaux, une partie des jeunes urbains qui sont très branchés sur les réseaux.

Il y a une contestation mais dans des segments assez spécifiques et relativement limités. C'est de l'ordre de quelques centaines de milliers, voire un million d'activistes.

Nicolas Werth, historien

à franceinfo

On a vu que la pétition en faveur de Navalny ces jours-ci a un peu peiné à recueillir les 500 000 signatures. C'est de cet ordre de grandeur, même si on a vu juste après l'emprisonnement de Navalny que les manifestations pouvaient atteindre un public plus large. On a vu que c'est quelque chose qui pouvait très vite retomber. Il y a eu deux grands dimanches de manifestations et il y a eu après un vide après une répression très forte.

Vladimir Poutine craint-il quelqu'un ou quelque chose aujourd'hui ?

Pour l'instant, non, il n'a pas beaucoup de personnes à craindre. On a vu, hélas, que le calcul fait par Alexeï Navalny, pour l'instant, ne s'est pas révélé gagnant. Il espérait que son retour très courageux à Moscou lèverait un vent d'enthousiasme et d'opposition. Malheureusement, on a vu que cela n'a pas conduit véritablement à ce grand vent de liberté et d'émancipation.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.