Pour relancer la production de voitures neuves, la Russie allège les normes sur la sécurité et la pollution

Toutes les usines automobiles du pays sont à l'arrêt et les acheteurs se font de plus en plus rares. Pour espérer relancer la production, le gouvernement a notamment supprimé l'obligation des airbags et des systèmes ABS dans les nouveaux véhicules.

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Radio France
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Une usine Toyota en Russie, en 2007 (archive). (MAXPPP)

Le marché automobile russe est littéralement dévasté de bout en bout par les sanctions internationales liées à la guerre en Ukraine. Il n'y a plus d'acheteurs. Les ventes de voitures neuves se sont effondrées de près de 80 % au mois d'avril. Les véhicules de plus de 50 000 euros ne peuvent plus être importées dans le pays dans le cadre des sanctions et le prix des pièces détachées a augmenté de plus de 30% en deux mois.

"C'est comme si quelqu'un avait pressé le gros bouton rouge stop", explique l'expert du marché automobile russe Alexandre Pikoulenko : "On ne sait absolument pas combien de voitures doivent être produites et combien il y aura de clients pour les acheter. Le fait est que le marché est désormais dicté par l'acheteur qui a de moins en moins d'argent."

"Nous avons actuellement une capacité de production de trois millions de nouvelles voitures par an. Disons que le marché doit diminuer de moitié." 

Alexandre Pikoulenko, expert automobile

à franceinfo

Actuellement, toutes les usines automobiles de Russie sont à l'arrêt en raison de la pénurie de composants qui ne sont plus livrés dans le pays. Les industriels sont confrontés à un épuisement des stocks d'électronique, de produits techniques en caoutchouc, d'engrenages, de roulements. "Il y a une liste de 240 composants qui manquent", estime l'expert automobile. Selon Alexandre Pikoulenko, les constructeurs ont toujours la possibilité de faire appel à d'autres fournisseurs ou de produire ces pièces "localement". "Mais, cela prendra du temps, car il faut 4 à 7 mois pour mettre en place des chaînes logistiques".

Le gouvernement russe, qui vient de récupérer la gestion d'Avtovaz, le constructeur des Lada que Renault lui a cédé et ses 45 000 salariés, doit donc trouver des solutions. Il vient de publier un décret qui autorise la production de voitures sans système de freins ABS, sans airbag et autres équipements de sécurité. Une décision lourde de conséquences pour Alexandre Pikoulenko : "C'est une grande tragédie pour ceux qui vont acheter ces voitures. Le gouvernement autorise la fabrication de voitures sans système de sécurité".

"Nous avons déjà trop d'accidents mortels sur nos routes. Et on pourrait en avoir 2 000 ou 3 000 de plus parce que vous avez des voitures sans ABS. Rien ne peut justifier une telle décision." 

Alexandre Pikoulenko, expert automobile russe

à franceinfo

Le décret du gouvernement annule également les normes antipollution européennes. Les constructeurs pourront donc produire en Russie des voitures qui polluront autant qu'en 1988.

En attendant, certains concessionnaires tentent de contourner les sanctions pour continuer d'assurer un stock suffisant de voitures neuves, affirme  Alexandre Pikoulenko : "Je sais qu’il ya des filières qui se mettent en place via les Émirats arabes. On peut aussi recevoir des voitures via la Géorgie, et le port de Batumi sans aucun problème. De là, le véhicule peut être transféré en Russie. Mais tout cela se passe sur des petits volumes, de gré à gré et cela double ou même triple le prix de la voiture. Nous avons passé une vingtaine d'années en Russie pour mettre en place un marché automobile structuré, moderne. Et maintenant, nous sommes de retour à un marché très étrange, totalement sauvage."

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