Passe d'armes diplomatique entre la France et la Russie au sujet de la livraison des Mistral

Jean-Yves Le Drian a affirmé vendredi que la France pourrait "ne jamais livrer" à la Russie les deux porte-hélicoptères. De son côté, Moscou hausse le ton.

Le \"Sebastopol\", un des deux porte-hélicoptères Mistral destinés à la Russie, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), le 26 novembre 2014.
Le "Sebastopol", un des deux porte-hélicoptères Mistral destinés à la Russie, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), le 26 novembre 2014. (GEORGES GOBET / AFP)

Le dossier des Mistral n'en finit plus d'empoisonner les relations franco-russes. Après l'annonce fin novembre du report "jusqu'à nouvel ordre" de la livraison des deux navires de guerre, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a déclaré, vendredi 5 décembre, que la France pourrait "ne jamais livrer" à la Russie les porte-hélicoptères.

En réaction, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a estimé qu'il s'agissait d'un "problème de réputation pour la France". Francetv info fait le point sur le regain de tensions de ces derniers jours entre la France et la Russie.

Pour Le Drian, les conditions ne sont pas réunies

A Paris, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a déclaré que la France pourrait "ne jamais livrer" à la Russie les deux Mistral, en raison des tensions persistantes en Ukraine.

"On ne peut envisager une livraison dans les conditions de tension dans lesquelles nous sommes", a martelé le ministre. Evoquant le non-respect du cessez-le-feu et du protocole politique, Jean-Yves Le Drian a averti les Russes d'une éventuelle annulation de la livraison : "Il faudrait que les Russes se rendent compte de cette situation", dit-il.


Pour Hollande, Poutine devrait se "tourner vers l'avenir" 

François Hollande a invité un peu plus tard Vladimir Poutine à se "tourner vers l'avenir" afin d'apaiser les tensions sur le dossier ukrainien, dont dépend grandement la livraison de deux navires français Mistral. "Quant aux déclarations de Monsieur Poutine, qui se réfèrent à des événements historiques, nous devrions nous tourner vers l'avenir et ne pas oublier les leçons de passé", a déclaré François Hollande, en visite pour deux jours au Kazakhstan.

Le président russe a accusé jeudi les Occidentaux, qualifiés d'"ennemis d'hier", d'être responsables des problèmes de son pays et de vouloir ériger autour de lui un nouveau "rideau de fer". "La tension, la pression ne sont jamais des solutions", a rétorqué le président français lors d'une conférence de presse à Astana aux côtés de son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

Pour Lavrov, la France "doit remplir toutes ses obligations"

La France "doit remplir toutes ses obligations selon le contrat" pour la livraison à la Russie du navire de guerre Mistral qu'elle s'est engagée à lui vendre, faute de quoi sa "réputation" sera en jeu, a lancé en réponse, sans cacher son agacement, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Interrogé sur l'affaire du Mistral, au cours d'une conférence de presse à Bâle, Sergueï Lavrov s'est départi de sang-froid. "J'en ai marre de cette question", a-t-il lâché.

Un peu plus tôt sur Europe 1, Alexandre Orlov, ambassadeur de Russie à Paris, a répété que la Russie ne comptait pas renoncer à cette livraison. "On l'a commandé, on l'a payé, on l'attend", assure-t-il précisant que la date limite de livraison n'est pas encore dépassée. "Je ne vais pas révéler tous les secrets, mais le délai prévu par le contrat n'est pas encore expiré. On a encore du temps." Il a souligné qu'il s'agissait "plutôt" d'une question de "semaines" que de mois, évoquant le début de l'année 2015.