Russie : Alexeï Navalny "a déjà montré son insolence et sa détermination à toute épreuve", selon un spécialiste

L'opposant russe "publie régulièrement une forme de journal de prison et, à travers ces messages, il continue à faire de la politique", affirme sur franceinfo le journaliste et spécialiste de la Russie Michel Eltchaninoff.

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Une manifestation d'Amnesty International pour marquer le premier anniversaire de l'arrestation de l'opposant russe Navalny, devant l'ambassade de Russie, à Bruxelles, lundi 17 janvier 2022. (BENOIT DOPPAGNE / BELGA via AFP)

Alors que le principal opposant russe Alexeï Navalny a appelé depuis sa prison à ne pas avoir peur malgré la répression, lundi 17 janvier, Michel Eltchaninoff, journaliste et rédacteur en chef de Philosophie Magazine, y voit "une forme de liberté de ton, d'insolence et de détermination à toute épreuve". "Cela correspond au personnage qui a déjà montré une forme de liberté de ton", déclare le spécialiste de la Russie, auteur de Lénine a marché sur la Lune : la folle histoire des cosmistes et transhumanistes russes (éditions Actes Sud). Selon lui, "des courageux manifestants, seuls avec des pancartes" ont été interpellés ce lundi.

franceinfo : Cela vous étonne-t-il qu'il arrive à faire parler de lui, qu'il arrive via son alimenter son son compte Instagram ?
 
Michel Eltchaninoff : Non, ça correspond véritablement au personnage qui a déjà montré depuis pas mal d'années une forme de liberté de ton, de franc-parler, d'insolence et de détermination à toute épreuve. On a essayé de l'empoisonner il y a un an et demi et, maintenant, il est totalement à la merci du pouvoir russe, mais il publie régulièrement une forme de journal de prison et, à travers ces messages, il continue à faire de la politique. Il parle de ce qu'il fait en prison. Il parle de ce qu'il peut acheter avec les 9 000 roubles, c'est-à-dire les 100 euros dont il dispose en prison, et il critique l'inflation en Russie. Bref, c'est quelqu'un qui a une détermination sans faille. Il est persuadé de représenter l'avenir de la Russie, d'être l'opposant numéro un de Poutine. Et donc, pour l'instant, il conserve cette liberté et cette détermination.
 
Les médias proches du pouvoir ne relaient pas ces vidéos, mais elles peuvent infuser dans la société russe grâce aux réseaux sociaux ?
 
Oui, on l'a vu l'année dernière, quand son arrestation et son incarcération ont été accompagnées d'une série de manifestations dans toute la Russie, et pas seulement dans les grandes villes occidentales de la Russie, mais aussi en Sibérie et un peu partout. On a vu énormément de messages sur Tik Tok, d'appels à manifester, mais aussi sur YouTube, où son grand documentaire sur le palais de Poutine a été vu des millions de fois [121 millions de fois], et sur tous les réseaux de communication.

"Aujourd'hui même, Navalny publie un message pour le premier anniversaire de son retour en Russie et il continue de dire : 'N'ayez pas peur, c'est notre peur qui nous empêche de  gagner notre combat contre une dictature.'"

Michel Eltchaninoff, journaliste

à franceinfo

 
Ces messages engendrent-ils donc des appels à sa libération en Russie ?
 
Aujourd'hui, par exemple, il y a des courageux manifestants qui ont fait un piquet, seuls avec des pancartes. Normalement, c'est autorisé par la loi parce que ce n'est pas une manifestation de masse, mais ces quelques personnes ont toutes été arrêtées. Le mouvement d'Alexeï Navalny, le fond de lutte contre la corruption a été supprimé par une loi qui accuse certaines organisations d'extrémisme, de terrorisme, ou encore de néonazisme. Donc depuis un an en Russie, l'arrestation de Navalny a été suivie par une répression sans précédent depuis plusieurs décennies.
 
Quelle stratégie adopte le Kremlin ?
 
Vladimir Poutine a toujours refusé de prononcer le nom d'Alexeï Navalny. Son objectif, c'est qu'il reste le plus longtemps possible en prison, qu'on finisse par l'oublier et que, comme on fait souvent dans les prisons russes, on finisse par le briser psychologiquement. Dans son dernier message, Navalny explique que quand il prend des cours de couture, une personne s'installe à côté de lui, l'enregistre et, par exemple, au moment où il tourne la tête, cette personne lui dit "arrêtez de regarder par la fenêtre, vous êtes là pour travailler". On exerce sur lui une pression psychologique de toutes les secondes. Le but, bien évidemment, c'est de le briser.

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