Alexeï Navalny, opposant blogueur nationaliste et anticorruption

Alexeï Navalny, figure charismatique de l'opposition russe, est devenu la bête noire de Vladimir Poutine. Mais derrière l’image du pourfendeur de la corruption, de celui qu'on appelle aussi le Hamster du Net, se cache un pur nationaliste et un libéral convaincu.

Alexei Navalny intervient à Moscou, le 24 décembre 2011, pour dénoncer les résultats des législatives du 4 décembre du même mois.
Alexei Navalny intervient à Moscou, le 24 décembre 2011, pour dénoncer les résultats des législatives du 4 décembre du même mois. (AFP PHOTO / KIRILL KUDRYAVTSEV)

Sur le devant de la scène politique depuis les résultats contestés des législatives du 4 décembre 2011, il est l’un des instigateurs des premières grandes manifestations à Moscou. Son cheval de bataille : que Poutine ne revienne pas au pouvoir après la présidentielle du 4 mars.

A 35 ans, ce brillant intellectuel, formé un temps à l’université américaine de Yale, est diplômé en droit et en finance. Ce beau blond athlétique appartient à une génération montante de leaders libéraux n’ayant pas souffert de l’héritage postsoviétique.

Un drôle de croisé
C’est sa croisade contre la corruption supposée du régime qui a boosté son blog et l’a propulsé au rang des cyberactivistes les plus lus en Russie, «parce que, dit-il, les médias sont censurés». Et à celui des leaders d’opinion.

Mais si son combat contre la corruption en fait le chantre d’un pouvoir aux mains propres, Alexeï Navalny ne cache pas ses sympathies pour les milieux ultranationalistes. La rumeur en fait l'initiateur de la première Marche russe composée d'organisations nationalistes en 2006. Il nie. Mais se montre à Moscou en novembre 2011 à une nouvelle Marche. Raciste ? On pourrait le penser quand il participe au rassemblement «Arrêtons de nourrir le Caucase !» Il nie encore et se justifie : le système est corrompu dans la région qui engloutit l'argent public.

Quoi qu'il en soit, ses prises de position pour un «nationalisme démocratique» ont poussé le parti d'opposition libéral Iabloko, qu'il avait rejoint en 1999, à l'exclure en 2007. Il avait dirigé leur campagne pour les législatives à Moscou en 2003.

Square Bolotnaya, Moscou, le 22 octobre 2011. Alexei Navalny fouillé après sa participation à un rassemblement nationaliste.
Square Bolotnaya, Moscou, le 22 octobre 2011. Alexei Navalny fouillé après sa participation à un rassemblement nationaliste. (ILIYA PITALEV/RIA NOVOSTI)

Il mène la fronde contre Poutine
Navalny aime aussi les slogans.  On lui doit «Russie Unie (le parti au pouvoir), parti des escrocs et des voleurs», repris dans les défilés contre le régime.

Selon lui, seule une mobilisation accrue dans la rue permettra d'obtenir des concessions du Kremlin, sous-entendu de Vladimir Poutine. Le candidat à la présidentielle vient de passer quatre ans comme Premier ministre faute d'avoir pu se présenter en 2008 après deux mandats (2000-2008).

Ses premiers combats remontent à 2007
A l’époque, il achète des actions dans plusieurs entreprises publiques comme la banque VTB, le pétrolier Rosneft ou le gazier Gazprom. L'actionnaire minoritaire joue dès lors les trouble-fête dans les assemblées générales. Il demande plus de transparence dans les comptes de ces sociétés.

Mais son premier coup de maître a lieu en novembre 2010. Il accuse sur son blog les dirigeants de VTB, alors détenue à 85% par l'Etat, d'avoir détourné 150 millions de dollars. Puis vient le tour de Transneft : Alexeï Navalny publie sur internet un rapport interne pour prouver le détournement de quatre milliards de dollars lors de la construction de l'oléoduc Sibérie-Pacifique.

Et, sur la lancée, il crée le site RosPil (rospil désigne le pillage des richesses, surtout celles de l'Etat), où il poste des appels d'offre publics jugés suspects.


«Deux prisonniers politiques libérés en Russie»

Euronews, le 21 décembre 2011

Le pouvoir contre-attaque…
En mai 2011, la justice russe l'accuse de malversations dans une affaire de vente de bois en 2009 dans la région de Kirov, gouvernée par Nikita Belikh membre du parti libéral l’Union des Forces de droite. Il est alors le conseiller de ce proche du président russe Dmitri Medvedev. Une mesure d’intimidation destinée à le museler, rétorque Alexeï Navalny. L'affaire est en cours.

En décembre de la même année, sa campagne de dénonciation des résultats des législatives le font condamner à 15 jours de prison ferme.

En février 2012, certains députés de Russie unie l’accusent même d’être un projet américain. «C'est du délire, réfute le nouvel ambassadeur américain Michael McFaul. Navalny c'est Navalny, il ne touche pas d'argent de nous, nous ne le soutenons pas.»

… Navalny enfonce le clou
Il va se présenter à la présidentielle contre Vladimir Poutine, mais uniquement si le régime adopte des réformes politiques garantissant un scrutin démocratique. Nouvelle provocation ? Plutôt un vœu pieux car la date d'enregistrement des candidatures est passée.

Mais l'infatigable bretteur a encore de beaux jours devant lui : la banque du milliardaire russe Alexandre Lebedev, qui détient des parts dans Aeroflot, a proposé le 13 février 2012 sa candidature pour siéger au sein du conseil d'administration de la compagnie aérienne nationale !