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Adoption d’orphelins russes: la Russie peut mieux faire

En 2012, Moscou mettait fin à la possibilité pour les ressortissants américains d’adopter en Russie. Mais depuis, alors même que les adoptants européens ont eux aussi déserté le pays, les orphelinats ne désemplissent guère. Explications.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Octobre 2013 dans un orphelinat de Oulan-Oude, en Sibérie de l'Est. De futurs parents d'accueil venus rencontrer un bébé à adopter. (Vladimir Pesnya / RIA Novosti)
En 2012, Barack Obama promulgue la loi Magnitski (Sergei Magnitsky était un avocat russe, mort de mauvais traitements en détention à Moscou en 2009). Cette loi refuse l'entrée aux Etats-Unis et gèle les actifs des auteurs d'atteintes aux droits de l'Homme en Russie.
 
En représailles, Moscou vote la loi Yakovlev Dima (du nom d’un orphelin russe adopté par un couple d’Américains et qui est mort après avoir été laissé dans une voiture surchauffée). Elle signe la fin des adoptions d’enfants russes par des Américains.


Les petits handicapés, premiers touchés par la loi
Dans un article pour OpenDemocracy, Ekaterina Loushnikova explique que si les Américains ne sont plus autorisés à adopter, certains Européens ont également cessé de venir. Parmi ces derniers, ils étaient nombreux à repartir avec des enfants handicapés, les plus difficiles à placer. Et l’article de citer les Espagnols comme premiers accueillants de ces enfants.
 
Il faut savoir que «près de 30% de tous les enfants en situation de handicap en Russie vivent dans des orphelinats de l'Etat où ils sont parfois en proie à la violence et la négligence», a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié le 15 septembre 2014. Et d’ajouter : «Au moins 95% des enfants vivant dans des orphelinats russes et des foyers d'accueil ont au moins un parent vivant. Le gouvernement russe a pris l’engagement public d’éviter le recours excessif au placement des enfants – y compris ceux en situation de handicap – dans des institutions. Néanmoins, les responsables gouvernementaux n'ont pas prêté une attention suffisante à la situation particulière des enfants handicapés placés en institution.»
 
Mais, si les Américains sont blacklistés par le Kremlin, d’autres pays le sont aussi, enfin plus particulièrement certains de leurs ressortissants. Selon un texte adopté en février 2014 par la Douma, l'adoption est ainsi interdite pour les ressortissants célibataires dont le pays autorise le mariage gay. Outre la France, sont concernés l'Espagne, le Royaume-Uni, le Canada, les Pays-Bas, le Danemark, l'Islande, la Norvège, le Portugal, la Suède et la Nouvelle-Zélande. Les couples mariés hétérosexuels de ces pays peuvent toujours adopter des enfants russes.

La tendance est à l’inversion dans la région de Kirov
Dans la région de Kirov, à 900 km à l’est de Moscou, une institution accueille les enfants de la naissance jusqu'à l'âge de trois ans. «Presque tous ont souffert de la faim, de solitude, d’indifférence voire de violence parentale – coups et même dans certains cas tortures», raconte la journaliste Ekaterina Loushnikova qui s’y est rendue.
 
Selon le ministère de l'Education, dont OpenDemocracy publie les chiffres officiels pour 2012, les citoyens russes ont adopté dans la région de Kirov quelque 62 enfants contre 87 adoptés par des personnes d'autres pays. En 2013, 83 enfants ont été adoptés par des Russes contre 67 à l'étranger. Une inversion qui constitue une première.
 
Par comparaison, entre 2008 et 2011, 15.000 enfants russes avaient été adoptés par des étrangers, dont 5.000 par des Américains, contre 33.000 par des Russes, selon des chiffres officiels. 

Dans un orphelinat de Torzhok, au nord-ouest de Moscou, en Russie, en mars 2013. (Artem Zhitenev / RIA Novosti)

Une aide financière qui ne suffit pas
En interrogeant Lyudmila Alekseyevna, directrice de l’orphelinat, Ekaterina Loushnikova apprend que pour encourager les Russes à adopter, «le gouvernement a commencé à payer les familles. Ainsi, plus de gens viennent qu’auparavant. Certains sans enfants; d'autres avec des enfants adultes, mais ayant encore assez d'énergie. Ou encore d’autres avec des histoires tragiques, comme cette femme qui a perdu son fils unique et a décidé d'adopter un enfant dans un orphelinat.»
 
Les familles reçoivent 100.000 roubles (1300 euros) pour adopter un enfant avec un handicap et 14 000 roubles (193 euros) pour un enfant non-handicapé. Ensuite, ils touchent mensuellement 7200 roubles (100 euros) pour un enfant de moins de douze ans et 3000 (41 euros) pour chaque enfant supplémentaire. Les familles adoptives ont aussi droit à un rabais de 30% sur les factures de certains services publics et la gratuité de leurs transports locaux, entre autres. Les taux varient d'une région à l'autre.
 
Malgré ces incitations financières, la Russie comptait en 2014 environ un million orphelins et d’enfants élevés en foyer, dont une moitié de handicapés ou d’enfants de moins de 17 ans ayant des besoins éducatifs spéciaux. Et seuls 18.354 étaient enregistrés auprès des services de protection de l’enfance pour être adoptés. 

Selon Courrier International, l'abandon «a été l’une des conséquences les plus tragiques du passage brutal à l’économie de marché après la chute de l’URSS. A titre de comparaison, l’URSS tout entière n’en comptait que 600.000 à l’issue de la Seconde Guerre mondiale».

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