Grève au Royaume-Uni : "Le gouvernement de Liz Truss se bouche activement les oreilles" face à la colère sociale, estime une spécialiste

Après les annonces de la Première ministre sur sa politique économique, un nouveau mouvement de grève est prévu sur les rails pour une augmentation des salaires. "Il peut y avoir un effet d'entraînement", prévoit Clémence Fourton. 

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Radio France
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La Première ministre Liz Truss, le 29 septembre 2022.  (DANIEL LEAL / AFP)

"Non seulement le gouvernement de Liz Truss n'entend pas la colère sociale, mais il se bouche activement les oreilles", a déclaré vendredi 30 septembre sur franceinfo Clémence Fourton, maîtresse de conférences en études anglophones à Sciences-Po Lille, alors qu'un nouveau mouvement de grève est annoncé à partir de samedi 1er octobre sur le rail britannique pour des augmentations de salaires face à l'inflation, qui atteint presque les 10%. Les nombreuses grèves dans le pays depuis juin avaient été interrompues pour les funérailles d'Elizabeth II. "Il peut y avoir un effet d'entraînement, de construction d'un mouvement interprofessionnel plus large", estime la spécialiste.

franceinfo : Faut-il s'attendre à un octobre noir dans les transports ?

Clémence Fourton : C'est sûr que la situation sociale au Royaume-Uni est assez conflictuelle actuellement. Je pense effectivement qu'on va vers une intensification de cette colère sociale du fait de l'arrivée au pouvoir de Liz Truss et des premières mesures économiques qu'elle a annoncées il y a maintenant une semaine. Ces mesures, économiques, les baisses d'impôts et le bouclier tarifaire, ne me semblent pas en mesure d'apaiser la situation, pour plusieurs raisons. Premièrement, sur le plan symbolique, ces baisses d'impôts concernent seulement les 1% les plus riches de la population britannique. Le symbole est assez violent pour les personnes qui ont du mal à finir les fins de mois. Deuxièmement, ces choix budgétaires aggravent la situation économique et financière du Royaume-Uni, puisqu'on a vu dans la semaine passée un effondrement de la livre sterling, qui est maintenant égale à peu près à un dollar, ce qui est tout à fait inédit dans l'histoire économique du pays. Cela va probablement se traduire par une hausse des prix encore plus forte.

Cela veut-il dire que les mesures que prend en ce moment le gouvernement britannique vont aggraver la situation et risquent donc de relancer ces mouvements sociaux ?

Oui, tout à fait. En fait, ce nouveau gouvernement fait le pari de la croissance en voulant attirer l'investissement au Royaume-Uni. Cependant, nous sommes en droit de douter de l'efficacité de ces mesures puisque c'est un pari à long terme, alors qu'il y a une urgence sociale actuellement avec cette inflation à 10%. Je pense qu'il y a une forme de radicalisation de la politique libérale. C'est un pari qu'ils font, mais qui va vraiment encore plus loin que ce qui s'était fait jusqu'à présent au Royaume-Uni dans cette forme de dérégulation de l'économie. Non seulement ce gouvernement n'entend pas la colère sociale, mais j'irais même plus loin en disant qu'il se bouche activement les oreilles. En plus de ces allègements d'impôts des plus fortunés, le gouvernement a également annoncé des mesures anti-syndicales, de restriction du droit de grève qui est déjà très restreint au Royaume-Uni, avec des obligations encore accrues de service minimum. Pour moi, c'est un gouvernement qui va vraiment au clash avec le mouvement social et le mouvement syndical.

Le mouvement, notamment samedi dans les compagnies de trains du pays, peut-il s'étendre à d'autres secteurs ?

Oui, c’est un mouvement qui se construit depuis le mois de juin. Il y a aussi les ports avec les dockers. Il y a également les postiers, des téléconseillers, des infirmières, des avocats. Cette multiplication de secteurs en grève est tout à fait frappante. Effectivement, il peut y avoir un effet d'entraînement, de construction d'un mouvement interprofessionnel plus large.

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