Attaque de Londres : "Contrairement à la France, la police anglaise est toujours très discrète au départ de l'enquête"

Selon un ancien membre des renseignements français, "nous sommes entrés dans une nouvelle phase", où "les populations réagissent" face aux attaques terroristes.

Des policiers sur le London Bridge, à Londres, le 29 novembre 2019.
Des policiers sur le London Bridge, à Londres, le 29 novembre 2019. (DANIEL SORABJI / AFP)

Alors qu'une attaque considérée comme terroriste par les autorités a fait deux morts vendredi 29 novembre dans le quartier du London Bridge, à Londres, Alain Rodier, directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), considère sur franceinfo que la communication de la police britannique sur ce type d'événements est différente de celle des autorités françaises.

"Contrairement à la France, la police anglaise est toujours très discrète au départ de l'enquête. Elle ne livre pas l'identité de l'individu, par exemple. Et ce, de façon à pouvoir avancer très vite afin de découvrir des connexions extérieures", explique l'ancien officier supérieur au sein des renseignements français, qui souligne également un changement de mentalité des populations face aux attentats terroristes. "Désormais les populations réagissent", indique-t-il, en faisant référence au fait que des passants ont tenté de neutraliser l'auteur de l'attaque de Londres.

Deux ans après un attentat dans ce même quartier de Londres, la capitale britannique a encore vécu ce que la police qualifie d'attaque terroriste. Cela veut-il dire que rien ne permet vraiment de se protéger de ce genre d'attaque ?

Alain Rodier : Absolument. D'autant qu'encore une fois, il semble que cette attaque ait été menée par un individu isolé. Il ne s'agit pas pour autant d'un "loup solitaire", parce que l'on n’est jamais seul dans ce type d'attaques. Il y a toujours un environnement. L'enquête le dira. D'ailleurs, contrairement à la France, la police anglaise est toujours très discrète au départ de l'enquête. Elle ne livre pas l'identité de l'individu, par exemple. Et ce, de façon à pouvoir avancer très vite afin de découvrir des connexions extérieures. Cela va leur permettre de procéder à des perquisitions chez l'individu ou encore d'interroger "tranquillement" des proches du suspect sans que d'éventuels complices soient avertis de l'affaire.

Vous réfutez l'expression "loup solitaire" ?

Il n'y a jamais un individu tout seul. Il y a toujours un environnement. Ensuite, il faut savoir si cet environnement était au courant ou non de ses intentions. L'enquête le dira. Je remarque également qu'il s'agit du premier attentat depuis "l'année noire" de 2017, puisqu'il y avait eu cinq attentats ou tentatives d'attentat. Cela explique qu'entre-temps, le niveau d'alerte avait été baissé.

Pour autant, avec un niveau d'alerte plus élevé, on n’aurait peut-être pas pu éviter une attaque comme celle-ci...

Absolument. Un individu avec un couteau de cuisine qui s'en prend à la foule, c'est quasiment impossible à empêcher. Par ailleurs, le maire de Londres a souligné le courage des citoyens britanniques. Ils ont été absolument fabuleux. Non seulement, ils n'ont pas fui au moment de l'attaque, mais des passants sont allés vers l'individu. Ensuite les policiers sont arrivés avec une rapidité époustouflante. Cela montre d'ailleurs qu'en Grande-Bretagne, les mesures sont prises pour que les policiers puissent intervenir le plus rapidement possible dans ces cas de figure. Toutefois, par rapport à la police française, les policiers britanniques ont un handicap car ils ne sont pas tous armés. Ils ne peuvent donc pas forcément tous intervenir comme ce que l'on a pu voir lors de cette attaque.

Comment expliquer que des passants soient intervenus ? Est-ce qu'il y a un changement de mentalité par rapport à ces attaques terroristes ?

Je pense que nous sommes entrés dans une nouvelle phase. Il y a eu une première phase où les populations étaient hébétées. Dans la deuxième phase, les populations se sont habituées à vivre dans une ambiance difficile. Désormais, les populations réagissent. On est dans une troisième phrase et c'est une excellente chose. Pour autant, il ne faut pas dire aux citoyens de se précipiter dès qu'ils voient une action de ce type parce que le risque est grand.