Syrie : "Si la Russie est menaçante, elle doit être menacée", estime François Hollande

Dans un entretien au "Monde", l'ancien président de la République s'exprime sur la situation en Syrie.

L\'ancien président de la République, François Hollande, le 1er décembre 2017 à Bordeaux (Gironde).
L'ancien président de la République, François Hollande, le 1er décembre 2017 à Bordeaux (Gironde). (MEHDI FEDOUACH / AFP)

Il sort de son silence pour parler de la Syrie. François Hollande appelle, dans une interview au Monde publiée lundi 12 mars, à étendre les "lignes rouges" sur les armes chimiques en Syrie à tout "bombardement délibéré" de civils et prône un durcissement des sanctions économiques contre la Russie. Cet entretien, le premier sur les questions internationales de l'ancien président français depuis son départ de l'Elysée, paraît sept ans après le début du conflit syrien devenu le symbole de l'impuissance de la communauté internationale.

La situation sécuritaire et humanitaire s'est encore dégradée ces dernières semaines avec le bombardement de la Ghouta orientale, enclave tenue par les rebelles près de Damas, par le régime syrien et ses alliés, et le pilonnage de l'enclave kurde d'Afrin par la Turquie. La situation dans la Ghouta a été notamment décrite comme "l'enfer sur terre" par l'Onu. L'urgence est "que les avions du régime syrien bombardant la Ghouta, y compris les hôpitaux et même les cimetières, et que les appareils turcs agissant sur Afrin ne puissent plus survoler ces zones", estime François Hollande.

"La Russie est toujours là pour bloquer"

"Les lignes rouges [fixées par les Etats-Unis et Emmanuel Macron] ne peuvent concerner les seules armes chimiques car cela implique à chaque fois de démontrer leur utilisation et de prouver quel côté l'a fait, alors que toute l'habilité du régime, et de son protecteur russe, est à chaque fois de tenter de semer le doute en évoquant des provocations, poursuit-il. Or, les bombardements délibérés des populations civiles, de quelque nature qu'ils soient, créent une situation humanitaire mais aussi politique inadmissible".

Pour l'ancien chef de l'Etat, qui avait été contraint de ne pas intervenir en Syrie à l'été 2013 en raison de la volte-face de son homologue américain Barack Obama, la question qui se pose à l'heure actuelle est de savoir comment "réagir face à Vladimir Poutine, plus que face à Bachar Al-Assad""La Russie est toujours là pour bloquer aux Nations unies des enquêtes pouvant déboucher sur des sanctions, elle est toujours là aussi pour empêcher que des résolutions soient votées au Conseil de sécurité, ou faire en sorte qu'elles demeurent lettre morte", note François Hollande. Pour lui, "si la Russie est menaçante, elle doit être menacée".

Autre motif d'indignation pour François Hollande, le sort des Kurdes – alliés de la coalition internationale contre l'Etat islamique en Syrie – dans l'enclave d'Afrin, cible depuis le 20 janvier d'intenses bombardements de la Turquie, qui considère les milices kurdes comme "terroristes". "Si j’ai soutenu les Kurdes dans le cadre de la coalition, ce n'est pas pour les laisser dans la situation où ils sont", souligne-t-il. "Il n'est pas possible de célébrer la libération d'une partie de la Syrie et de laisser mourir des populations entières dont on sait qu'elles ont joué un rôle déterminant pour arriver à ce résultat".