Syrie : la ville d'Idleb prise d'assaut, malgré la visite de Kofi Annan

Le président syrien a dit à l'émissaire international Kofi Annan que tout dialogue était voué à l'échec tant que les "groupes terroristes" ne seront pas éliminés, en allusion aux rebelles dont le bastion d'Idleb était violemment bombardé par l'armée.

Bachar Al-Assad rencontre Kofi Annan à Damas (Syrie) le 10 mars 2012.
Bachar Al-Assad rencontre Kofi Annan à Damas (Syrie) le 10 mars 2012. (SANA / AFP)

"La Syrie est prête à faire réussir tout effort sincère pour trouver une solution" à la crise, a indiqué samedi 10 mars Bachar Al-Assad en recevant à Damas l'émissaire spécial de la Ligue arabe et des Nations unies Kofi Annan Kofi Annan. Reste que ce samedi n'a pas été une journée d'espoir, encore moins une journée de paix.

• Bombardements à Idleb

Preuve de la détermination du régime à étouffer la contestation malgré les efforts diplomatiques, les pressions, les sanctions mais aussi la présence de Kofi Annan à Damas, ses forces ont mené leur plus violent bombardement de la ville rebelle d'Idleb samedi, selon les militants. Lors de cette nouvelle journée de violences, au moins 36 personnes ont été tuées dans la répression et les combats entre déserteurs et soldats à travers le pays, surtout à Idleb (nord-ouest), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Il s'agit des bombardements les plus violents depuis l'envoi de renforts de troupes cette semaine à Idleb", a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, chef de l'OSDH. "Les transports de troupes sont entrés à Idleb" alors que les bombardements et les combats se poursuivaient entre soldats et rebelles qui tentaient de défendre leur cité.

L'escalade des violences a fait près de 80 morts en un jour selon l'OSDH.

• Mission impossible pour Kofi Annan

Bachar Al-Assad a averti que "tout dialogue ou processus politique ne peut réussir tant qu'il y a des groupes terroristes qui oeuvrent pour semer le chaos et la déstabilisation en s'attaquant aux civils et aux militaires", selon l'agence officielle Sana. L'émissaire international doit encore voir le président syrien, dialoguer avec des responsables gouvernementaux et de la société civile.dimanche 11 mars avant de quitter Damas.

Depuis le début de la révolte le 15 mars 2011, les autorités refusent de reconnaître l'ampleur de la contestation et assimilent l'opposition au régime à des "groupes terroristes" manipulés par l'étranger. L'opposition de son côté dit avoir pris les armes pour défendre les civils et rejeté tout dialogue avec Bachar Al-Assad dont elle exige le départ. Dans ce contexte, la mission de Kofi Annan, émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe, ne s'annonce pas facile, d'autant plus que la communauté internationale reste divisée entre le bloc Moscou-Pékin qui soutient le régime, et l'Occident et les Arabes critiques de sa répression brutale.

• Russes et Arabes appellent à cesser la violence "d'où qu'elle vienne"

Entretemps au Caire, les ministres arabes et russe des Affaires étrangères, dont les positions divergent sur les moyens de mettre fin au conflit, ont appelé à l'arrêt des "violences d'où qu'elles viennent" en Syrie, meurtrie par une répression qui a fait des milliers de morts en un an de révolte populaire. Ils ont également refusé toute intervention étrangère, appelant à la mise en place d'"un mécanisme de supervision impartial" et à autoriser l'arrivée de l'aide humanitaire sans entraves, selon un communiqué commun lu par le ministre qatari des Affaires étrangères, Hamad ben Jassem Al-Thani.

Ce dernier a néanmoins jugé insuffisant un cessez-le-feu. "Il y a un génocide systématique de la part du gouvernement syrien (...) Nous ne pouvons accepter seulement un cessez-le-feu", a-t-il dit, répétant être en faveur de l'envoi de forces arabes et internationales en Syrie. Son homologue saoudien, Saoud al-Fayçal, a jugé que le veto russo-chinois en février à une résolution onusienne condamnant la répression avait permis au régime de poursuivre les violences.

Mais Moscou maintient son refus de tout ingérence, en rejetant un nouveau texte américain au Conseil de sécurité exigeant du régime l'arrêt "immédiat" des violences, appelant à renvoyer dos à dos le régime et les rebelles, ce que refuse l'Occident.