Khorasan, l'autre menace jihadiste qui vise l'Occident

Lors de leurs bombardements en Syrie, les Etats-Unis ont frappé des cibles liées à ce groupe issu des rangs d'Al-Qaïda, dont l'objectif est de commettre des attentats dans les pays occidentaux.

Un combattant du Front Al-Nosra, groupe rebelle syrien affilié à Al-Qaïda, le 28 juillet 2014 à Damas (Syrie).
Un combattant du Front Al-Nosra, groupe rebelle syrien affilié à Al-Qaïda, le 28 juillet 2014 à Damas (Syrie). (RAMI AL-SAYED / AFP)

Depuis que l'Etat islamique fait régner la terreur en Irak et en Syrie, l'inquiétude mondiale s'est concentrée sur cette organisation jihadiste tentaculaire. Mais un autre groupe terroriste mobilise les inquiétudes. Lors de leurs récents bombardements en Syrie, les Américains ont indiqué avoir ciblé des infrastructures appartenant à Khorasan, un groupe syrien apparu l'an passé, dont le projet est de viser directement les pays occidentaux. Francetv info se penche sur la carte d'identité de cette nouvelle menace.

Un groupe entouré de mystère

A l'image de l'Etat islamique qui revendique l'appellation de "califat", Khorasan aurait également choisi un patronyme faisant référence au passé glorieux du monde musulman. Ce nom désigne une région qui correspond aujourd'hui à une partie du nord-est de l'Iran. Mais au Moyen Age, le Khorasan était un territoire immense englobant entièrement l'Afghanistan, l'est de l'Iran, le Tadjikistan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan.

Pour l'heure, seuls les Etats-Unis ont évoqué l'existence d'un groupe jihadiste nommé Khorasan. C'était le 18 septembre, par l'intermédiaire de James Clapper, le chef du renseignement américain, comme l'explique Fox News (en anglais). Mais en France et ailleurs, le nom reste inconnu. "Je n'ai jamais entendu parler d'un groupe nommé Khorasan, ni entendu parler d'actions menées par un groupe d'un tel nom, explique ainsi Romain Caillet, chercheur et consultant spécialiste des mouvances jihadistes, à francetv info. Mais il est possible que ce groupe ait grandi discrètement. Enfin pas assez discrètement, puisqu'ils ont été repérés par les Etats-Unis."

Un chef puissant impliqué dans le 11-Septembre

Khorasan est directement issu des rangs d'Al-Qaïda. Son chef, Muhsin Al-Fadhli, est un Koweïtien de seulement 33 ans, mais dont l'expérience parle pour lui : il faisait partie de la garde rapprochée d'Oussama Ben Laden. Selon le New York Times (en anglais), citant les renseignements américains, il appartenait au groupe qui connaissait le projet de détournements d'avions sur le World Trade Center, avant le 11 septembre 2001. Selon l'ONU, après avoir fui l'Afghanistan, il aurait combattu en Tchétchénie et en Irak, puis aurait chapeauté l'attaque d'un pétrolier français au large du Yémen, en 2002.

Il se serait enfin établi en Iran, où il est devenu le leader de la branche locale d'Al-Qaïda, avant de s'intéresser à la Syrie. La CIA est à ses trousses depuis plus de dix ans, et une récompense de 7 millions de dollars est promise pour sa capture.

Le lien avec le commandement central d'Al-Qaïda serait toujours opérationnel, et Khorasan ne serait pas un groupe indépendant, mais une sorte de sous-branche du réseau terroriste, aux missions bien définies, selon Le Figaro.

Mercredi 24 septembre, des articles de la presse anglo-saxonne, notamment du site du quotidien britannique Daily Mail et de l'édition américaine du Huffington Post (en anglais) ont rapporté que Muhsin Al-Fadhli pourrait avoir été tué dans les bombardements américains menés en Syrie mardi. L'information émane "d'un responsable de l'armée américaine", qui a souhaité conserver l'anonymat, cité par l'agence Reuters. Elle n'a pour le moment pas été confirmée par le Pentagone.

Une croissance à l'ombre du Front Al-Nosra

Le choix d'implanter une cellule d'action en Syrie n'a pas été effectué au hasard. Car le pays était jusqu'ici protégé de toute intervention occidentale, à cause des protections diplomatiques dont bénéficie le régime de Bachar Al-Assad. Mais surtout, Khorasan a pu grandir à l'ombre du Front Al-Nosra, le représentant officiel d'Al-Qaïda au sein de la rébellion syrienne. "Le commandement d'Al-Qaïda a donné des moyens au Front Al-Nosra, pour combattre au sein de la rébellion syrienne, estime Romain Caillet. Il a dû demander des contreparties." L'entretien d'une cellule nommée Khorasan en était sûrement une.

Il est difficile de connaître le nombre de combattants intégrés dans ce groupe. D'autant plus que les jihadistes se réclamant d'Al-Qaïda sont de plus en plus nombreux à déserter les rangs pour rejoindre l'Etat islamique. Mais les troupes de base de Khorasan seraient composées d'anciens éléments expérimentés d'Al-Qaïda, venus notamment d'Afghanistan, du Yémen et du Pakistan. Et s'ils se sont établis en Syrie, comme l'explique Le Monde, c'est aussi pour puiser dans le réservoir de candidats au jihad venus de pays occidentaux, passeports à la main. L'idée est évidemment de pouvoir plus facilement envoyer ces recrues semer la terreur dans leurs pays d'origine.

Un objectif : frapper en Occident

Selon le Pentagone, lors des bombardements opérés lundi 22 septembre à Idleb, en Syrie, les Etats-Unis ont visé des camps d'entraînement, des ateliers de fabrication d'explosifs et de munitions et un centre de communications contrôlés par Khorasan. Des infrastructures qui laissent penser que le groupe dispose de moyens conséquents. Son intégration à la rébellion syrienne signifie également qu'il a pu profiter, au même titre que le Front Al-Nosra et que l'Etat islamique, de financements indirectement versés par des pays du Golfe, qui soutiennent les mouvements rebelles.

Lors de la révélation de l'existence de Khorasan, les autorités américaines ont été très alarmistes. Car, comme l'explique le Washington Post (en anglais), l'objectif de ce groupe syrien n'est pas de renverser Bachar Al-Assad ou de lutter contre leurs concurrents de l'Etat islamique. Khorasan veut uniquement entraîner des combattants afin qu'ils conduisent des missions dans les pays occidentaux.

Cet objectif pourrait encore être plus motivé par le fait que les frappes américaines ont, au final, davantage touché les infrastructures d'Al-Qaïda que celles de l'Etat islamique. "C'est paradoxal quand on pense que le Front Al-Nosra [lié à Al-Qaïda] avait accepté de libérer 45 Casques bleus et un journaliste américain, alors que l'EI venait de tuer James Foley et Steven Sotloff, remarque Romain Caillet. Les groupes jihadistes risquent de se dire : 'Regardez ce qu'ils nous font quand on baisse la garde...'"

La partie émergée d'un réseau international ?

L'objectif de frapper l'Occident laisse peu de place au doute quand on découvre que Khorasan travaille à la fabrication de bombes, destinées, selon ABC News (en anglais), à détruire des avions de ligne. Ce serait la découverte, par les services de renseignement américain, des méthodes de fabrications d'explosifs impliquant Khorasan qui aurait motivé l'interdiction des appareils électroniques déchargés dans les avions à destination des Etats-Unis, en juillet.

Selon Nicholas Rasmussen, directeur adjoint du Centre américain de l'antiterrorisme,  "les efforts répétés de ce groupe à concevoir des engins explosifs pour détruire des avions américains démontre sa volonté de mener des attaques d'ampleur contre l'Occident, de connaître au mieux les procédures de sécurité occidentales et de multiplier les efforts pour s'adapter à ces procédures."

Il est pour l'heure impossible de connaître précisément la portée de la menace que représente un groupe comme Khorasan. Les Etats-Unis ont insisté sur le fait que ces jihadistes pourraient activer des cellules à l'intérieur des pays occidentaux, à l'image du jeune Australien abattu par la police, mardi soir dans la banlieue de Melbourne (Australie), comme le raconte Metronews

Plus préoccupant encore, d'autres groupes du même type sont potentiellement en train de s'organiser discrètement dans le chaos syrien: "Il y en a d'autres, c'est évident, estime Romain Caillet. Al-Qaïda compte frapper l'Occident. Mais il faut aussi désormais compter sur l'Etat islamique, qui appelle à tuer des Occidentaux partout dans le monde. Et il n'est pas impossible qu'un jour, ces groupes unissent leurs forces, au nom de la lutte contre la coalition internationale."