"Il y a une urgence humanitaire" en Syrie, s'alarme le médecin humanitaire Raphaël Pitti

"On ne peut pas rester indifférent à la souffrance de ces populations abandonnées", a-t-il affirmé sur franceinfo avant sa rencontre avec Emmanuel Macron mercredi après-midi.

Un camp situé dans le village de Khirbet al-Joz (Syrie), le 12 décembre 2019.
Un camp situé dans le village de Khirbet al-Joz (Syrie), le 12 décembre 2019. (AAREF WATAD / AFP)

Le médecin humanitaire Raphaël Pitti est reçu par Emmanuel Macron mercredi 8 janvier pour parler de la situation en Syrie. La semaine dernière il a envoyé une lettre, avec d’autres médecins, au président de la République.

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"Nous voulons dire qu'il y a une urgence humanitaire", a expliqué sur franceinfo Raphaël Pitti, qui est engagé en Syrie depuis 2012 et également responsable formation de l’Union des organisations de secours et soins médicaux France (UOSSM) et conseiller municipal délégué aux urgences sanitaires, sociales et humanitaires à Metz.

franceinfo : Qu'allez-vous dire à Emmanuel Macron ?

Raphaël Pitti : Tout le monde se détourne pour ne pas voir ce qu'il se passe. Nous, ONG, nous voulons dire qu'il y a une urgence humanitaire. On ne peut pas rester indifférent à la souffrance de ces populations abandonnées. 80% de cette population sont des femmes et des enfants qui sont en plein hiver et abandonnés. Je voudrais croire que ce n'est pas trop tard, que le président nous écoute. Nous voudrions que la France montre que nous sommes le pays qui défendons les droits de l'Homme. Il ne faut pas confondre action humanitaire et action politique.

Avez-vous eu du mal à obtenir ce rendez-vous ?

Oui cela a été un peu long. Je crois qu'il y a une volonté de dire que la Syrie c'est fini. Laissons faire, comme ça 100% du territoire sera occupé par la Russie et le régime et nous passerons à autre chose.

Quelle est la situation actuellement ?

Idlib est la dernière zone entre les mains des rebelles, ils sont environ 70 000, et en même temps c'était considérée comme une zone de désescalade de la violence. Dans toutes les zones reprises par le régime, on a toujours proposé aux populations de pouvoir se réfugier dans les zones d'Idlib sous contrôle de l'ONU. Toutes ces populations, environ deux millions de personnes sont dans cette zone, sont totalement prises en charge par l'ONU par la frontière turque. Mais c'est devenu une zone de violence, de guerre intense.

Pourquoi les choses ont-elles changé ?

Le régime a pris la décision avec les Russes de récupérer ces dernières zones de manière à être en position de dire qu'ils ont gagné la guerre, récupéré 100% du territoire syrien, donc ce n'est plus une zone de désescalade. On est dans une stratégie volontaire que l'on a toujours vue de la part des Russes. C'est-à-dire un, encercler, deux, bombarder de manière extrême. Tous les hôpitaux ont été bombardés dans cette région, 67 structures médicales ont été bombardées, un certain nombre de camps de réfugiés ont été bombardés. On arrive à la troisième phase, affamer les populations pour les faire céder. La Chine et la Russie ont refusé la résolution qui permettait de prolonger l'approvisionnement transfrontalier.