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Plusieurs milliers de Syriens étaient rassemblés samedi à Deraa pour les obsèques de manifestants tués la veille

Deux manifestants qui tentaient d'incendier la représentation locale du parti Baas de la ville de Lattaquié ont été tués par les forces de l'ordre, selon un militant syrien des droits de l'homme, interrogé par Reuters au Caire.Des milliers d'opposants au régime avaient déjà manifesté vendredi à Damas, Hama et Deraa. Une vingtaine ont été tués.
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Aux cris de "Deraa est la Syrie" des opposants ont manifesté, vendredi 25 mars 2011, à Damas près de la mosquée Omayades (PHOTO AFP / STR)

Deux manifestants qui tentaient d'incendier la représentation locale du parti Baas de la ville de Lattaquié ont été tués par les forces de l'ordre, selon un militant syrien des droits de l'homme, interrogé par Reuters au Caire.

Des milliers d'opposants au régime avaient déjà manifesté vendredi à Damas, Hama et Deraa. Une vingtaine ont été tués.

Le président syrien, Bachar al Assad, au pouvoir de depuis 11 ans, est confronté à la plus grande vague de contestation de son régime alors que les manifestations se sont étendues vendredi dans plusieurs villes du pays.

Tôt samedi, des mosquées de Deraa, épicentre de la contestation dans le sud du pays, ont annoncé le nom des "martyrs" dont les funérailles ont été organisées dans la journée. Sur une place du centre-ville, les employés municipaux ont balayé les restes d'une statue d'Hafez al Assad déboulonnée la veille par des manifestants.

Des obsèques aux allures de manifestation

S'inspirant des révolutions tunisienne et égyptienne qui ont fait tomber des régimes en place depuis des décennies, les dizaines de milliers de personnes qui ont participé aux obsèques de manifestants tués cette semaine ont scandé "Liberté" à l'issue des prières du vendredi.

La foule d'environ 3.000 personnes s'est dispersée sous une pluie de balles et de grenades lacrymogènes. Dans la soirée, une foule s'est de nouveau rassemblée sur la place principale de Deraa et a incendié un bâtiment public, ont rapporté des témoins.

Deraa est un bastion de la majorité sunnite du pays, qui dénonce le pouvoir et les richesses accumulées par une élite issue de la secte minoritaire chiite alaouite, à laquelle appartient le clan Assad.

Une vingtaine de morts vendredi
Des responsables hospitaliers, ont dénombré des dizaines de personnes tuées cette semaine près de Deraa et selon des témoignages, une vingtaine de protestataires ont été tués lors de la seule journée de vendredi.

Des manifestations ont eu lieu vendredi dans la capitale, Damas, et à Hama, plus au nord, théâtre d'une répression sanglante d'un soulèvement islamiste qui avait fait jusqu'à 20.000 morts sous le régime d'Hafez al Assad, le père de Bachar, en 1982.

Dans la ville de Sanamein, dans le sud du pays, des témoins ont rapporté que 20 personnes avaient été tuées lorsque des hommes armés ont ouvert le feu sur la foule rassemblée devant un bâtiment utilisé par les services de renseignements militaires.

Les autorités syriennes ont accusé des opposants armés de participer aux manifestations et ont estimé que l'usage de la force était justifié.

Assad lâche du lest, appel à la révolte sur Facebook
Le président Syrien a annoncé jeudi qu'il étudiait la levée de l'état d'urgence en Syrie, en vigueur depuis la prise de pouvoir du parti Baas en 1963. Bachar El-Assad a également promis une législation sur la liberté de la presse ainsi que sur le partis politiques. Des mesures anti-corruption ont également été promises.

Selon l'International Crisis Group, Assad pourrait faire de nouvelles concessions afin d'éviter une confrontation et lancer des réformes politiques et économiques.

En dépit de ces gestes d'apaisement, un appel à une "révolte populaire" samedi dans toutes les provinces syriennes a été posté sur Facebook.

Damas libère 260 détenus politiques
Les responsables syriens ont libéré plus de 250 détenus politiques pour tenter d'apaiser le mouvement de révolte. Dans ce climat de contestation, "les autorités ont libéré 260 détenus, en grande majorité des islamistes mais également 14 Kurdes, dans un geste qui s'inscrit dans le cadre des promesses qu'elles avaient annoncées récemment pour améliorer les libertés publiques en Syrie", a déclaré Abdel Karim Rihaoui, président de la Ligue syrienne de défense des droits de l'Homme, basée à Damas.

Il a appelé les responsables syriens à "compléter cette mesure en libérant les autres détenus politiques encore incarcérés".

Le régime a réprimé, parfois dans le sang, les islamistes qui contestaient son pouvoir et a arrêté de nombreux militants kurdes qui réclamaient des droits pour cette population qui vit au nord de la Syrie.

Mais le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), a cependant regretté que plusieurs personnes arrêtées lors des récentes manifestations contre le régime de Bachar al-Assad soient toujours détenues, comme le jeune étudiant et blogueur Ahmad Khadifi, arrêté le 23 mars, et le manifestant Mohammad Houriyé, interpellé le 15 mars.

Les autorités syriennes avaient annoncé jeudi des libérations.

La répression de manifestations a été condamnée par la communauté internationale. Face aux promesses de réformes des autorités syriennes, Washington a déclaré attendre "des actes" et condamné à nouveau les violences.

Maamoun al Homsi, fugure de l'opposition syrienne en exil, a exhorté vendredi la communauté internationale à intervenir pour mettre un terme "au massacre des civils".

Selon Amnesty International, la répression des manifestations a fait au moins 55 morts cette semaine en Syrie.

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