Reprise de Mossoul : Paris engage ses Rafale pour exister dans le règlement du conflit

La France a annoncé vendredi 30 septembre l'envoi d'avions Rafale en vue de la bataille pour la reprise de Mossoul. Une manière d'avoir droit au chapitre lors du règlement politique du conflit, selon le général Vincent Desportes, enseignant à Sciences Po.

Un avion de combat Rafale sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, le 20 septembre 2016
Un avion de combat Rafale sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, le 20 septembre 2016 (ERIC FEFERBERG / AFP)

La bataille de Mossoul, en Irak, se prépare. La coalition internationale s'apprête à lancer une offensive afin de reprendre ce bastion aux djihadistes. La France a ainsi annoncé vendredi 30 septembre l'envoi de huit avions de combat Rafale depuis le porte-avions Charles-de-Gaulle. Le général Vincent Desportes, enseignant à Sciences Po, décrypte pour franceinfo les enjeux de cette participation française.

franceinfo : Que change l'utilisation du porte-avions Charles-de-Gaulle pour la coalition ?

Vincent Desportes : Parce qu'elle le pouvait, la France a décidé de tripler ses moyens de frappe. Jusque-là, elle menait une frappe par jour, ce qui était assez négligeable par rapport à l'ensemble de la coalition. Sa position restera celle d'un partenaire minoritaire, mais la France prend un peu plus d'importance. Elle aura donc un peu plus le droit à la parole au moment du règlement politique du conflit.

Quelle est la mission des avions Rafale ?

Ce sont avant tout des missions de reconnaissance et, seulement dans un second temps, des missions de frappe. Cette opération Chammal en Irak et en Syrie dure depuis deux ans. On ajoute des moyens. On va accroître le rythme des frappes. Mais on ne pourra le faire que pendant un mois, car le porte-avions Charles-de-Gaulle doit rentrer en France fin octobre.

Est-ce suffisant, une mission d'un mois ?

C'est bien de la mener mais cela ne change pas la donne sur le plan stratégique. Il est toujours possible de retarder la mise en réparation structurelle du porte-avions et de positionner en Jordanie les 26 ou 24 avions du Charles-de-Gaulle. Mais c'est compliqué techniquement et ça coûte cher. Dans ce cas précis, la France a utilisé le porte-avions pour poursuivre l'effort. Et je pense que c'est nécessaire. Il est très important que ce volume de frappes perdure si on veut exister dans le règlement politique et stratégique de ce conflit.

Daech se sert de la population irakienne comme bouclier humain. Comment éviter les bavures ?

C'est extrêmement difficile. Daech souhaite que chaque frappe de la coalition entraîne des dommages collatéraux. Avant de décider d'une frappe, il faut donc croiser et recroiser les renseignements, pour être sûr que la cible qui va être frappée n'est pas entourée de cibles civiles qui pourraient être touchées.

Comment coordonner les troupes au sol, qui sont composées de Kurdes, d'Irakiens, d'Iraniens ?

On ne prend une ville que par un engagement au sol. Tout combat en milieu urbain est extrêmement meurtrier. Regardez Alep... Il faudra des troupes au sol motivées et capables d'accepter des sacrifices importants, car ce sont elles qui reprendront la ville, soutenues par des troupes aériennes.

À Alep, en Syrie, les Russes et l'armée de Bachar el-Assad pilonnent les rebelles syriens. Est-ce contre-productif dans la lutte contre Daech ?

La situation en Syrie est extrêmement compliquée. Il y a de multiples factions ennemies ou amies. On voit bien que bombarder une ville ne signifie pas la prendre. Les troupes qui vont aller au combat au sol vont vivre un enfer.