Réfugié irakien en France suspecté d'être un haut cadre de l'EI : "Il faut être méfiant", c'est "à la justice de mener son enquête"

Alain Rodier, directeur de recherche au sein du Centre Français de Recherche sur le Renseignement a réagi, vendredi 8 juin sur franceinfo à la mise en examen d'un Irakien réfugié en France, soupçonné d'avoir été un cadre dirigeant de l'Etat islamique.

L\'armée irakienne avance vers la ville de Tal Afar, dans Mossoul en Irak, le 23 août 2017. 
L'armée irakienne avance vers la ville de Tal Afar, dans Mossoul en Irak, le 23 août 2017.  (MURTAJA LATEEF / EPA)

Un Irakien réfugié en France et vivant dans le Calvados, soupçonné d'avoir été un cadre dirigeant de l'Etat islamique (EI), a été mis en examen le 9 mars 2018 et placé en détention provisoire par des juges antiterroristes parisiens. Il aurait participé “activement” au massacre de 1 700 militaires à Tikrit en 2014, mais il le dément.

Mieux vaut rester "méfiant", a commenté Alain Rodier, directeur de recherche au sein du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), vendredi 8 juin sur franceinfo, "maintenant c'est à la justice de mener son enquête parce qu'il y a plusieurs versions".

franceinfo : Pensez-vous que ce soit un cas isolé ?

Alain Rodier A ma connaissance, c'est une première, mais les services spécialisés peut-être ont déjà d'autres cas. Il faut d'abord être méfiant, maintenant c'est à la justice de mener son enquête parce qu'il y a plusieurs versions, il y a la version irakienne selon laquelle il est un cadre de Daech, un gouverneur de Samara, ce n'est pas n'importe quoi. Mais d'un autre côté lui nie tous les faits et il explique même qu'il a été un agent des services de renseignement américains, avant l'arrivée de Daech, qu'il a été emprisonné par le gouvernement irakien et que c'est au moment où Daech a conquis Tikrit qu'il a pu sortir de la prison et qu'il aurait à ce moment-là rejoint le Kurdistan. Donc il faut attendre un petit peu pour en savoir plus, savoir quelle est la bonne version. D'ailleurs, c'est un petit peu pour ça qu'il n'a pas été arrêté tout de suite. Je pense que d'abord les services de sécurité ont voulu vérifier ce qu'il faisait en France.

Ils l'ont surveillé tout en coopérant avec les renseignements ?

Là nous sommes dans un premier cadre, c'est-à-dire un cadre de coopération entre les services de renseignement, on voit bien que ça a fonctionné, c'est-à-dire que les services irakiens ont transmis à leurs homologues étrangers et en particulier français le signalement de cet individu - ils ont dû d'ailleurs en signaler également d'autres. Une fois qu'il a été "logé" comme on dit par les policiers, ils ne se sont pas précipités immédiatement pour l'arrêter, ils l'ont mis sous surveillance 24h/24. Il fallait voir quelles étaient ses intentions parce que le problème c'est : est-ce que c'est quelqu'un qui a quitté le théâtre de guerre parce qu'il a décidé de passer à une autre vie, ou est-ce que c'était un activiste qui se préparait à mener des opérations terroristes ? C'est la grande question pour la DGSI.

Les renseignements cherchent-ils des liens entre Daech et lui ?

Tout à fait. Il est évident que toutes ses relations ont certainement été épluchées, ses communications écoutées, de façon à en savoir un maximum sur cet individu. Et la décision de l'arrêter n'a été prise que quand Interpol a émis une liste rouge qui correspond en gros à un mandat d'amener pour toutes les polices qui sont membres d'Interpol ; à partir de là, il fallait effectivement l'arrêter parce qu'il allait savoir qu'il était dans le collimateur.