Loi du Talion, Star Trek et américanophilie : qui est le roi Abdallah II de Jordanie ?

La monarchie hachémite est plus que jamais dans le viseur de l'Etat islamique. L'occasion pour francetv info de vous en dire plus sur son monarque pris entre deux feux. 

Le roi Abdallah II de Jordanie, à Washington, le 3 février 2015.
Le roi Abdallah II de Jordanie, à Washington, le 3 février 2015. (SAMUEL CORUM / ANADOLU AGENCY)

Les images ont choqué la planète entière. Dans une vidéo publiée mardi 3 février, les jihadistes de l'État islamique ont mis en scène, d'une manière aussi inédite que terrible, la mise à mort du pilote de l'armée jordanienne qu'ils retenaient en otage depuis le 24 décembre. Maaz Al-Kassasbeh, 26 ans, y est brûlé vif dans une cage. Un bulldozer recouvre ensuite sa dépouille calcinée avec les décombre des bombardements de la coalition internationale, à laquelle participe la Jordanie.

Par là, le groupe Etat islamique défie directement le roi Abdallah II de Jordanie, qu'il accuse d'être "un valet des Américains". Celui-ci a promis une riposte "sévère". L'occasion pour francetv info de dresser le portrait de ce roi arabe, pris entre la pression américaine et le feu des jihadistes d'Irak et de Syrie.

Un roi pilote de chasse

Œil pour œil, dent pour dent. Après la mort de son soldat, la Jordanie a immédiatement répliqué en exécutant deux jihadistes détenus dans ses geôles, dont l'Irakienne Sajida Al-Rishawi dont l'Etat islamique réclamait la libération. Ainsi, le roi Abdallah II espère calmer la colère populaire qui a poussé des centaines de personnes à manifester dans les rues d'Amman la capitale. À Karak, fief de la puissante tribu de Maaz Al-Kassasbeh, un bâtiment administratif a été mis à sac après l'annonce de la mort du pilote.

Décidé à désamorcer la crise, le roi Abdallah II s'est rendu dans la ville endeuillée. Shemagh (le keffieh en damier rouge et blanc porté par les Jordaniens) sur la tête, il a présenté ses condoléances au père du pilote. Ce dernier lui a alors directement demandé de venger son fils et de "détruire" l'EI.

Le roi a confié vouloir prendre part personnellement aux attaques aériennes menées par l'armée jordanienne contre l'organisation de l'État Islamique, indique le DailyMail. Ce dernier a occupé de très nombreuses fonctions au sein de l'armée jordanienne, dont celle de pilote de chasse.

Devant plusieurs membres du Congrès américain, Abdallah II, cité par RFI, aurait déclaré que la seule chose qui arrêtera désormais la Jordanie dans sa lutte contre le groupe Etat islamique, c'est de manquer de cartouches et de carburant. Peu de risque au vu de ses principaux alliés : les Etats-Unis, seconds exportateurs mondiaux d'armement, et l'Arabie Saoudite, deuxième producteur d'or noir.

Un ami (un peu trop proche) de Washington

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Abdallah II, en 1999, Washington verse à Amman 900 millions de dollars par an, indique RFI. La Jordanie vit littéralement sous perfusion économique américaine. La quasi-totalité de l'arsenal militaire jordanien, des avions aux balles de fusil d'assaut, a aussi été fourni par la Maison-Blanche.

Avec Georges W. Bush puis Barack Obama, Abdallah II entretient des relations étroites. On se rappellera notamment de la réception en grande pompe du président américain dans le somptueux palais d'Amman, en mars 2013.

Le roi Abdallah II de Jordanie et Barack Obama à Amman, le 22 Mars 2013.
Le roi Abdallah II de Jordanie et Barack Obama à Amman, le 22 Mars 2013. (YOUSEF ALLAN / JORDANIAN ROYAL PALACE)

Cette proximité affichée avec les Etats-Unis vaut au roi de nombreuses critiques, tant de la part de certains de ses voisins moyen-orientaux que de sa propre population. "Ils accusent le roi Abdallah d'être un valet des Etats-Unis. La famille du pilote et une grande partie de la population qui accusent le gouvernement de ne pas avoir fait ce qu'il fallait pour libérer cet otage, sous la pression des Etats-Unis qui ne veulent pas que l'on négocie la libération des otages", explique à la RTBF Fabrice Balanche, directeur du groupe de recherches sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo).

Un fan de Star Trek

La romance américaine du roi Abdallah II commence alors qu'il n'est qu'un enfant. Anglophone avant d'être arabophone, le prince passe une partie de sa scolarité à la Deerfield Academy, un très prestigieux lycée du Massachusetts. Par la suite, il suivra des cours de relations internationales à l'université Georgetown. Il est, depuis cette époque, un grand fan de Star Trek. Trois ans avant son accession au trône, il joue même un (tout) petit rôle dans la série (en uniforme noir et vert).

Muet, il n'apparaît que quelques secondes à l'écran. Parce qu'il n'est pas membre de la Screen actor guild, un syndicat d'acteurs américains, il n'a le droit qu'à un rôle de figurant, indique le NY Daily News. Passionné, le roi a annoncé en 2011 la création d'un parc d'attractions dédié à la série de science-fiction. Estimé à 1,5 milliard de dollars, ce paradis du geek de 75 hectares au bord de la mer Rouge, devrait ouvrir ses portes en 2017, indique Le Soir.

Le roi Abdallah II de Jordanie est un habitué des médias. En 2013, il donne une interview à Jeffrey Goldberg, ami et journaliste pour The Atlantic, pendant qu'il pilote un hélicoptère de l'armée. Sa majesté n'y mâche pas ses mots. Il y qualifie notamment les chefs tribaux jordaniens de "dinosaures". Le Premier ministre turc de dirigeant autoritaire qui voit la démocratie "comme un bus" ; "une fois arrivé, il descend." Bachar Al-Assad ? Il n'est qu'un "provincial".

Un monarque contesté face au problème des réfugiés

Deux ans plus tard, les choses ont changé. La Jordanie compte aujourd'hui près de 750 000 réfugiés syriens, selon les chiffres de l'Agence des Nations Unis pour les réfugiés, auxquels s'ajoutent un grand nombre d'Irakiens qui affluent depuis 2003. En 2013, ils étaient 450 000, indique RFI

Gérer l'afflux de réfugiés, c'est là le principal défi qui attend le roi Abdallah II. Surtout que les casseroles de son aïeul sont encore dans toutes les mémoires. En 1971, le roi Hussein a réprimé dans le sang les tentatives de renversement de l'Organisation de libération de la Palestine fomentées sur son territoire, en bombardant des camps de réfugiés palestiniens. Le bilan est de 3 500 morts selon les sources jordaniennes et 10 000, selon les Palestiniens. Aujourd'hui, les Palestiniens sont majoritaires en Jordanie. La reine Rania, elle-même, est d'origine palestinienne.

Mais le pays peine à absorber ces nouveaux flux de réfugiés nés de la crise irako-syrienne, qui s'entassent dans les camps de fortune. Plongées dans la pauvreté la plus extrême, ces populations font un terreau idéal pour les jihadistes de l'État islamique. "Il y a des Jordaniens qui soutiennent l'EI, on a vu des manifestations à Amman avec les drapeaux noirs de l'Etat islamique", rappelle Fabrice Balanche. De son côté, Washington continue de faire de la Jordanie l'avant-poste de sa guerre contre les jihadistes.

Le roi Abdallah, lui, est plus que jamais pris entre l'enclume américaine et le marteau de la crise syrienne.