Obama et Israël, les dix étapes du refroidissement

Le président américain entame aujourd'hui sa première visite officielle en Israël. En quatre ans, le locataire de la Maison Blanche est passé de l'espoir de paix à la résignation.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu (à gauche), et le président américain, Barack Obama, le 20 mai 2011 à Washington (Etats-Unis).
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu (à gauche), et le président américain, Barack Obama, le 20 mai 2011 à Washington (Etats-Unis). (JIM WATSON / AFP)

C'est les mains vides que Barack Obama arrive, mercredi 20 mars, en Israël. Comme le souligne Dominique Moïsi pour Les Echos, le président américain effectue cette première visite officielle dans l'Etat hébreu sans plan de paix. Sans grand enthousiasme non plus. Car depuis son arrivée à la Maison Blanche, les relations entre Jérusalem et son grand allié américain sont devenues glaciales. Retour sur les dix étapes de ce refroidissement.

1Le discours du Caire, le "Yes we can" du Proche-Orient

Le 4 juin 2009, cinq mois après le début de son premier mandat, Barack Obama expose au Caire, en Egypte, sa volonté de voir naître un Etat palestinien. "Nous devons en finir avec la colonisation [des territoires palestiniens]", lance également, sous les applaudissements, le nouveau locataire de la Maison Blanche, persuadé qu'il peut résoudre un conflit qui dure depuis plus de soixante-cinq ans. Dans la foulée, le gouvernement israélien réagit en rappelant que la sécurité de l'Etat hébreu primera toujours sur le reste.

2 L'époque des poignées de main

Trois mois plus tard à New York, les Etats-Unis accueillent un premier sommet réunissant le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Comme l'explique RFI, Barack Obama croit pouvoir réussir là où Clinton a échoué avec Arafat et Rabbin en 1993. Objectif : obtenir un futur plan de paix.

De gauche à droite, Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, Barack Obama, le président américain, et Mahmoud Abbas, le chef de l\'Autorité palestinienne. Une poignée de main survenue le 22 septembre 2009 à New York (Etats-Unis).
De gauche à droite, Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, Barack Obama, le président américain, et Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne. Une poignée de main survenue le 22 septembre 2009 à New York (Etats-Unis). (JIM WATSON / AFP)

3L'échec du gel de la colonisation

Pendant un an, les négociations se poursuivent et Israël accepte un gel de la colonisation des territoires palestiniens pendant dix mois. Mais sous la pression des partis ultra-orthodoxes, Benyamin Netanyahu refuse de prolonger ce gel à l'automne 2010. Barack Obama croit encore que le processus de paix peut être sauvé et soutient son grand allié, comme le détaillait alors Le Monde. Quelques mois plus tard, en février 2011, les Etats-Unis sont même forcés d'opposer leur veto à une résolution de l'ONU condamnant la colonisation israélienne. Une décision qui oblige la diplomatie américaine à se contredire et qui marquera le président américain.

4Le "printemps arabe", pomme de discorde

Au printemps 2011, les peuples des pays arabes s'embrasent, notamment en Egypte et en Syrie, pays frontaliers d'Israël. L'Etat hébreu craint les conséquences néfastes de ce "printemps arabe", susceptible de porter au pouvoir des islamistes hostiles aux Israéliens. Mais les Etats-Unis restent spectateurs du mouvement, encouragent la révolte et apportent même un soutien militaire en Libye.

Des manifestants libyens brandissant côte à côte le nouveau drapeau de la Libye et celui des Etats-Unis, le 31 mars 2011 à Benghazi (Libye).
Des manifestants libyens brandissant côte à côte le nouveau drapeau de la Libye et celui des Etats-Unis, le 31 mars 2011 à Benghazi (Libye). ( YOUSSEF BOUDLAL / REUTERS)

5L'impossible retour aux frontières de 1967

Dans le même temps, en mai 2011, Benyamin Netanyahu, en visite à Washington, est applaudi au Congrès américain. Le Premier ministre israélien s'y oppose publiquement à une position défendue une semaine auparavant par Barack Obama : revenir, en cas de création d'un Etat palestinien, aux frontières de 1967. Impossible pour Netanyahu qui juge ces frontières "indéfendables".

 

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6L'antagonisme Obama-Netanyahu révélé au grand jour

L'épisode de la critique des frontières de 1967 a révélé le manque de compatibilité entre le président américain et le Premier ministre israélien. Un autre épisode est venu le confirmer six mois plus tard, lors du G20 organisé en France. Le 3 novembre 2011, des journalistes captent une conversation privée entre Nicolas Sarkozy et Barack Obama. Le président français qualifie d'abord Benyamin Netanyahu de "menteur". Le président des Etats-Unis rétorque alors : "Tu en as marre de lui, mais moi, je dois traiter avec lui tous les jours."

Barack Obama et Nicolas Sarkozy, le 4 novembre 2011 à Cannes (Alpes-Maritimes), à l\'occasion du G20.
Barack Obama et Nicolas Sarkozy, le 4 novembre 2011 à Cannes (Alpes-Maritimes), à l'occasion du G20. (JEWEL SAMAD / AFP)

7La menace iranienne au centre du bras de fer

La polémique de la conversation avec Nicolas Sarkozy a été éteinte par la Maison Blanche qui, comme le détaille LCI, rappelle que les Etats-Unis partagent avec Israël des intérêts en matière de valeurs et de sécurité. En septembre 2012, Israël met cette solidarité à l'épreuve : l'Etat hébreu envisage des frappes préventives contre l'Iran, soupçonné de développer son arsenal nucléaire, et exige un soutien américain. A la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, Benyamin Netanyahu fait une démonstration remarquée, avant tout destinée à Washington.

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8 Le rabibochage électoral à l'œuvre

Si la menace iranienne a jalonné la campagne électorale victorieuse de Benyamin Netanyahu, Barack Obama ne s'est pas privé d'utiliser la défense d'Israël dans sa quête de réélection en 2012. L'occasion pour Benyamin Netanyahu d'accentuer les tensions avec le président sortant, en soutenant publiquement son adversaire républicain Mitt Romney. Barack Obama traite alors le Premier ministre israélien de "lâche" d'après Bloomberg (article en anglais). Mais il se met tout de même l'électorat juif dans la poche, en affirmant notamment devant les représentants de l'Aipac, influent lobby pro-israélien, qu'"Israël doit toujours avoir la possibilité de se défendre seul contre toute menace".

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9 La nouvelle "realpolitik" américaine

Au cours de son premier mandat, Barack Obama a instillé un changement diplomatique majeur. Avec Hillary Clinton comme secrétaire d'Etat, fini l'interventionnisme et le soutien inconditionnel aux alliés. Place à la négociation et à la distance. Une 'realpolitik' appliquée au Proche-Orient qui agace Israël sur la question iranienne. D'autant que John Kerry, successeur de Clinton, est un partisan du dialogue avec Téhéran. Et que le nouveau secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, n'est pas favorable aux positions de l'Etat hébreu.

Le secrétaire à la Défense américain Chuck Hagel, le 15 mars 2013 au siège du Pentagone, à Arlington (Virginie, Etats-Unis).
Le secrétaire à la Défense américain Chuck Hagel, le 15 mars 2013 au siège du Pentagone, à Arlington (Virginie, Etats-Unis). (WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

10En 2013, le réchauffement ?

C'est donc échaudé par des échecs, et accueilli sans enthousiasme par le Premier ministre israélien, que Barack Obama se rend à Jérusalem mercredi. Comme l'explique Le Figaro (article abonnés), le Proche-Orient n'est plus une priorité aussi brûlante pour les Etats-Unis. D'ailleurs, comme il l'a confié quelques jours auparavant, le président américain s'y rend avant tout "pour écouter".

Mais Barack Obama pourrait avoir tiré les leçons de ces quatre années glaciales. Les négociations israëlo-palestiniennes sont au point mort depuis presque trois ans. Et c'est peut-être une relance de ce processus de paix, moins ambitieuse mais plus efficace, que Barack Obama est venu proposer à Benyamin Netanyahu et à Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne. Comme l'explique Pascal Boniface pour Le Nouvel Observateur, ce serait une occasion rêvée de justifier son prix Nobel de la paix.