Nucléaire iranien : cinq questions sur la décision de Téhéran d'augmenter son niveau d'enrichissement d'uranium

Dimanche, l'Iran a annoncé une augmentation du niveau d'enrichissement de son uramnium. Une mesure pourtant interdite par l'accord de Vienne signé en 2015.

Le porte-parole de l\'Organisation iranienne de l\'énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, le porte-parole du gouvernement Ali Rabiei et le député Abbas Araghchi lors d\'une conférence de presse à Téhéran (Iran), le 7 juillet 2019.
Le porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, le porte-parole du gouvernement Ali Rabiei et le député Abbas Araghchi lors d'une conférence de presse à Téhéran (Iran), le 7 juillet 2019. (IRANIAN PRESIDENCY / AFP)

La tension monte encore d'un cran. L'Iran a annoncé, dimanche 7 juillet, une augmentation du niveau d'enrichissement de son uranium. La décision a rapidement été condamnée par la communauté internationale, la France souhaitant avant tout éviter une crise par la voie diplomatique. Que signifie cette décision de Téhéran ? Quels risques présente-t-elle ? Franceinfo répond à cinq questions. 

Qu'a annoncé l'Iran ?

"Dans quelques heures", l'Iran reprendra l'enrichissement de l'uranium "au-dessus de 3,67%", a déclaré dimanche matin le porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Behrouz Kamalvandi. L'Iran dépasse ainsi le plafond autorisé par l'accord de Vienne de 2015 sur ses activités nucléaires. Le porte-parole n'a pas donné d'indications sur le niveau auquel l'Iran compte désormais enrichir l'uranium 235.

La veille, un conseiller du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, avait toutefois précisé que les besoins du pays pour ses "activités pacifiques" correspondaient à de l'uranium enrichi à 5%, pour alimenter sa seule centrale électrique nucléaire, à Bouchehr, dans le sud-ouest de l'Iran. Le pays a également menacé de s'affranchir d'autres obligations dans "soixante jours".

Que signifie cette décision ?

C'est désormais certain : l'Iran a commencé à enrichir de l'uranium à un niveau prohibé. "Le régime pourrait aller à un niveau de 20% – le niveau qu’il atteignait avant l’accord de 2015 – pour le combustible du réacteur de recherche de Téhéran", note RFI. Cela reste toutefois loin des 90% nécessaires pour la fabrication d'une bombe atomique.

L'annonce de l'Iran est donc avant tout politique, pour les spécialistes de la question. "Les mesures qu’annoncent les Iraniens les font contrevenir à leurs engagements, mais elles n'indiquent pas la reprise d'un programme nucléaire militaire", analyse pour Le Monde Benjamin Hautecouverture, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Le "dialogue" est ainsi toujours possible, d'après le spécialiste.

Pourquoi l'Iran a-t-il pris cette décision ?

Cette annonce intervient dans un contexte de tension entre l'Iran et les Etats-Unis. En mai 2018, Washington a annoncé sa sortie de l'accord de Vienne, dans lequel l'Iran s'engageait à ne pas se doter de la bombe atomique et à limiter ses activités nucléaires en échange de la levée de sanctions internationales qui asphyxiaient son économie. Les Etats-Unis ont parallèlement rétabli les sanctions contre Téhéran, faisant fuir les entreprises étrangères qui étaient revenues en Iran et plombant son économie.

Riposte iranienne : le 8 mai dernier, un an tout juste après le retrait américain et face au durcissement des sanctions de Washington, Téhéran a annoncé s'affranchir de deux des engagements pris à Vienne. L'Iran avait assorti cette annonce d'un ultimatum donnant soixante jours à ses partenaires pour l'aider à contourner le blocus américain, sous peine de voir notamment l'Iran enrichir à plus de 3,67%. Ce nouveau développement survient donc sur fond de tensions exacerbées entre Washington et Téhéran, faisant craindre un embrasement dans la région du Golfe.

Comment réagit la communauté internationale ?

Dans deux communiqués séparés, Londres et Berlin ont réagi fermement en appelant Téhéran dans des termes similaires à revenir sur sa décision. Ils ont indiqué être en contact "avec les autres" parties concernées pour voir les suites à donner à la décision iranienne. 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a parlé d’un "développement très dangereux" de la part de l'Iran et a imploré ses "amis, les dirigeants français, allemand et britannique à imposer de dures sanctions".

De son côté, Donald Trump a mis en garde Téhéran : "L'Iran devrait être prudent, parce que vous enrichissez (l'uranium, ndlr) pour une raison, et je ne vais pas vous dire quelle est cette raison. Mais ce n'est pas bon" a déclaré le président américain devant la presse. 

La France a également condamné, dimanche, ces dernières annonces de l'Iran. L'Elysée a estimé qu'elles constituaient une violation de l'accord de 2015 mais veut encore croire à la possibilité d'éviter une crise. "Le président de la République s’est entendu avec son homologue iranien pour explorer d’ici au 15 juillet les conditions d’une reprise du dialogue entre toutes les parties", note la présidence dans un communiqué, soulignant la "nécessaire désescalade des tensions".

 Que peut-il se passer maintenant ?

La procédure est décrite dans l'accord de Vienne. Ce dernier prévoit un mécanisme de retour automatique de toutes les sanctions de l’ONU en cas de violation par Téhéran de ses obligations, appelé "snap-back". "Si un des Etats estime que l’Iran ne remplit pas ses obligations et que celui-ci ne fournit pas d’explication crédible, cet Etat pourra provoquer un vote du Conseil de sécurité sur un projet de résolution réaffirmant la levée des sanctions de l'ONU. En opposant son propre veto, il obtiendra alors à coup sûr le rétablissement des sanctions", expliquait en 2015 Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, au Monde.

Avant d'en arriver là, la procédure mise en place prévoit que chaque signataire de l'accord – à savoir la Russie, la Chine, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et auparavant les Etats-Unis – peut saisir une commission conjointe chargée de régler les différends sur sa mise en œuvre.

En cas de réponse jugée insatisfaisante de l’Iran, dans un délai maximum de 35 jours, chacun des autres signataires peut alors saisir le Conseil de sécurité de l'ONU et demander le retour des sanctions. Européens, Chinois et Russes cherchent, a priori, à régler l'affaire sans passer par le Conseil de sécurité, Téhéran ayant prévenu qu'un tel recours signifierait la mort de l'accord.