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Moscou s'est résolu vendredi au départ de Mouammar Kadhafi en se posant en médiateur dans la crise

"La communauté mondiale ne le voit plus comme le leader libyen", a déclaré le président russe Dmitri Medvedev lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet de G8 de Deauville.Lors de ce sommet, la Russie a été soumise à une forte pression de la part des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France.
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Le président russe Dmitri Medvedev lors d'une conférence de presse à la fin du sommet du G8 le 27 mai 2011 à Deauville (AFP - DAMIEN MEYER)

"La communauté mondiale ne le voit plus comme le leader libyen", a déclaré le président russe Dmitri Medvedev lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet de G8 de Deauville.

Lors de ce sommet, la Russie a été soumise à une forte pression de la part des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France.

Traditionnellement opposée à toute ingérence, la Russie, jusque-là proche alliée de la Libye, a levé ses réticences à réclamer ouvertement le départ d'un chef d'Etat en fonctions. La déclaration du sommet du G8 reflète ce changement spectaculaire de posture en affirmant que Mouammar Kadhafi "n'a pas d'avenir dans une Libye libre et démocratique" et qu'"il doit partir".

"Bien entendu, nous avons besoin de l'aider à partir", a relevé le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov. "Notre mission est de trouver une formule acceptable par l'ensemble des parties pour obtenir un cessez-le-feu immédiat qui conduise à la fin des opérations militaires de la coalition."

Moscou a offert à ses partenaires du G8 de jouer les médiateurs pour hâter la fin du conflit entre l'Occident et Kadhafi. "J'ai offert notre médiation à nos partenaires", a indiqué le président russe Dmitri Medvedev. "Tout le monde pense que cela sera utile", a-t-il ajouté, en annonçant l'envoi imminent à Benghazi, fief des rebelles, d'un émissaire, le haut représentant russe pour l'Afrique Mikhaïl Margelov.

Engagés depuis le 19 mars dans une guerre qui ne devait à l'origine durer que quelques semaines, la France et la Grande-Bretagne, soutenues par les Etats-Unis, viennent de décider d'engager des hélicoptères dans les combats afin, espèrent-ils, de précipiter une victoire des opposants à Kadhafi face aux troupes libyennes.

Les Occidentaux ont "besoin de l'aide" du président russe Dmitri Medvedev vis-à-vis de la Libye, a noté le président français Nicolas Sarkozy, sans confirmer vouloir attribuer un rôle de médiateur à Moscou. "Il n'y a pas de médiation possible avec M. Kadhafi. Les soldats doivent rentrer dans les casernes et M. Kadhafi doit partir. On peut discuter des modalités du départ", a-t-il ajouté, une position reprise par le Premier ministre britannique David Cameron.

Nicolas Sarkozy a nié avoir "échangé " le soutien politique de son homologue russe Dmitri Medvedev sur la Libye contre la vente de porte-hélicoptères Mistral français à son pays. "On n'échange pas un BPC [bâtiment de projection et de commandement de type Mistral contre une position politique d'un grand pays comme la Russie", a-t-il assuré lors d'une conférence de presse. "Il n'y a pas d'accord caché (...), il n'y a pas de lien entre les deux dossiers", a-t-il insisté, rappelant que "au moment où on a conclu (sur la vente des Mistral), je ne pense pas que l'affaire libyenne était commencée."

De son côté, le régime libyen a indiqué vendredi qu'il n'était "pas concerné" par les décisions du sommet du G8. Il a précisé qu'il n'accepterait aucune initiative en dehors de l'Union africaine.

Les causes du revirement russe
La Russie s'était abstenue lors du vote à l'Onu de la résolution 1973 autorisant des frappes internationales contre Tripoli et refusait jusqu'à présent de soutenir les appels des Etats-Unis et de la France au départ du colonel Kadhafi. Selon un diplomate européen s'exprimant sous anonymat, le revirement russe sur la Libye s'explique par des Russes "énervés" qui "ont l'impression d'être tenus à l'écart des questions internationales que ce soit sur la Libye ou le processus de paix au Proche-Orient".

Rien sur la Syrie
Si les Russes ont lâché du lest sur la Libye, ils sont en revanche restés fermes pour éviter un traitement similaire à la Syrie, autre proche allié, et à son président Bachar Al Assad, sanctionné récemment par les Etats-Unis et l'Union européenne. "La situation syrienne est radicalement différente de la situation en Libye", a fait valoir Sergueï Riabkov. La perspective d'une action à l'Onu si la répression syrienne se poursuit a été gommée d'un projet de texte qui circulait au début du sommet de Deauville.

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